Les Nymphéas, une promenade paisible au fil de l’eau

En plein cœur de Paris,  face à la Seine, se dresse l’orangerie des Tuileries. Ce bâtiment construit en 1853 pour abriter les orangers du palais, connut bien des destinations. Jusqu’en  1920, date à laquelle, le peintre impressionniste Claude Monet, élit ce lieu pour accueillir une partie de son œuvre : le cycle des Nymphéas. Suivez le guide !

Claude Monet, ne pouvait rêver mieux comme endroit pour abriter quelques-unes de ses magnifiques œuvres. Au lendemain de l’armistice de 1918, il choisit comme symbole de paix, de faire don de certaines de ses toiles à la France. Celles-ci seront installées à l’orangerie en 1927, peu de temps après sa mort. Nous devons ici une fière chandelle à Clémenceau, grand ami du peintre. Sans lui, il n’est pas du tout sûr, que nous puissions aujourd’hui, admirer ces peintures à l’orangerie.

Monet a travaillé une trentaine d’années, de la fin des années 1890 à sa mort en 1926, pour nous offrir le cycle des Nymphéas, environ 250 tableaux. Cette œuvre est directement inspirée de son jardin. Il crée une superbe pièce d’eau chez lui, à Giverny en Normandie.  Il y met des plantes aquatiques, et exotiques. Ce décor créé de toute pièce est sa source d’inspiration.

Vers 1918, Claude Monet devient presque aveugle, et souhaite arrêter de peindre. Georges Clémenceau le sermonne, lui rappelant sa très généreuse donation à la France, il n’a donc pas le droit de renoncer. Monet, finit par se faire opérer de la cataracte, retrouve sa vue et termine son impressionnante réalisation.

nympheas4

En effet, lorsque vous entrez dans les salles de l’orangerie dédiées au cycle des Nymphéas, vous êtes saisis par l’immensité des toiles. 2 salles comportant chacune 4 peintures immenses. Toutes de dimensions différentes, mais toutes gigantesques. Malgré cette impression de grandeur, c’est une douceur, une paix qui émane des peintures. Peut-être que la forme des salles est partie prenante et permet cette atmosphère paisible. Le peintre a souhaité 2 salles en forme d’ellipse, ce qui fut réalisé. Il voulait par cette forme, symboliser l’infini. Claude Monet désirait rendre compte du temps qui passe, qui passe … à l’infini ! Le jour qui amène à la nuit, qui amène elle-même le jour, …. le temps qui s’écoule…

Aucune explication n’est imposée : le peintre désirait laisser chaque visiteur admirer et comprendre seul la peinture. L’art voulu par Monet fait appel à nos sens. Chacun peut se perdre dans ces grands tableaux et s’inventer une histoire, un doux rêve. Le cycle des Nymphéas, paysages d’eau, de nymphéas (nénuphars), de saules, de reflets, de nuages, … doit donner pour le peintre « l’illusion d’un tout sans fin, d’une onde sans horizon et sans rivage ».

Ces toiles sont à admirer de loin, puis de près, vous y verrez des aspects différents. Parfois, il semble ardu de se repérer. Sommes-nous sur la berge, est-ce les nénuphars que nous apercevons ? ou est-ce leur reflet dans l’eau ? Où est la limite entre le tronc du saule et l’eau ? De loin, les réponses semblent évidentes, mais lorsque nous nous approchons, plus rien n’est certain.

Les feuilles des arbres bougent devant nous, le doux bruit du vent se fait entendre. N’hésitons pas à nous asseoir un moment pour profiter de ce calme ambiant et de la beauté des paysages nous entourant.

Dans L’Eau et les Rêves (1942) , Gaston  Bachelard décrit très bien cette impression de puissance onirique : « Devant l’eau profonde, tu choisis ta vision ; tu peux voir à ton gré le fond immobile ou le courant, la rive ou l’infini ; tu as le droit ambigu de voir et de ne pas voir. »

nympheas2

Aujourd’hui, les visiteurs affluent au musée de l’orangerie pour admirer l’œuvre de Claude Monet. Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Après l’ouverture en 1927, le public boude les salles des Nymphéas. L’impressionnisme n’est pas en vogue à cette époque. C’est plutôt la période du cubisme, du surréalisme, du fauvisme… A chaque époque ses lubies !

Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que Monet et son cycle des Nymphéas intéressent à nouveau,  grâce … aux Américains !!

Le MOMA, Museum of Modern Art de New York, acquiert en effet une de ces grandes toiles en 1955. En outre, l’Américain, Clément Greenberg, considère Claude Monet (caractérisé alors comme un représentant d’un impressionnisme tardif), comme l’auteur d’une révolution picturale, matrice de l’abstraction américaine, il va même jusqu’à parler de filiation ! Monet a amorcé l’art abstrait, la peinture décentrée, « ou aucune partie du tableau n’exerce de primauté sur l’autre ». Depuis, le cycle des Nymphéas ne cesse de passionner, d’attirer les visiteurs.

Les critiques de cette œuvre gigantesque, unique, ont été nombreuses et dans tous les sens. Nous pouvons lire des critiques très négatives. Mais a contrario, d’autres se sont totalement extasiés.

Ainsi Proust, écrivain impressionniste, décrit délicieusement dans Du côté de chez Swann les tableaux de Claude Monet : « (…) dans les petits étangs que forme la Vivonne, de véritables jardins de Nymphéas (…) ça et là, à la surface, rougissant comme une fraise une fleur de nymphéas au cœur écarlate, blanc sur les bords. Plus loin, les fleurs plus nombreuses étaient plus pâles, moins lisses, plus grenues, plus plissées, et disposées par le hasard en enroulements si gracieux qu’on croyait voir flotter à la dérive, comme après l’effeuillement mélancolique d’une fête galante, des roses mousseuses en guirlandes dénouées… « .

Ou encore, retenons le mot d’André Masson, peintre surréaliste du XXe siècle : Les Nymphéas, « véritable Sixtine de l’impressionnisme » : plutôt sympa comme comparaison !

Commentaires

commentaire