The Voice : la voix avant la star

Quand un télé-crochet musical venu des Pays-Bas cherche à faire découvrir de véritables talents.

J’ai aimé The Voice. J’entends déjà crier au scandale, à la télé-poubelle — surtout TF1, ce concentré de bons sentiments et de désinformation. Je suis plutôt d’accord, et pourtant je n’ai pas loupé une émission The Voice — et même The Voice Kids, adaptation pour les enfants — depuis deux ans, et pire encore, j’étais le plus souvent accompagné par certains de mes frères et même par mes parents !

En deux mots, pour ceux qui ne connaissent pas cette émission, c’est un concours de chant télévisé en plusieurs étapes dont la première diffère des autres concours genre Nouvelle Star et autre Star Academy. En effet, on l’appelle « audition à l’aveugle » : le candidat chante alors que le jury (composé de quatre coaches) lui tourne le dos pour ne pas se baser sur le physique mais uniquement sur la voix. Une fois convaincu par la voix, un coach appuie sur un buzzer et son siège se retourne. Si plusieurs coaches sont retournés à la fin de la prestation, le candidat en choisit un qui sera son professeur jusqu’à son élimination, sinon il repart. Une fois atteint un certain nombre de « talents » dans les quatre équipes, on passe à l’étape suivante. La suite du concours est assez classique dans l’ensemble, je ne m’éterniserais pas dessus outre mesure. Plusieurs stade de la compétition se succèdent : « battles » à l’intérieur de chaque équipe puis émissions en direct jusqu’à la finale où un talent et son coach seront récompensés.

Je le dis tout de suite, si TF1 est apparemment capable de nous présenter quelque chose de bien, ça reste du TF1 : surproduction, du kitsch et des ballons roses en forme de coeur à tout bout de chant, instants émotions garantis, présentatrice niaise en décolletés plongeants, promotions plus ou moins discrètes de l’homosexualité et autres, pubs régulières seront de la partie ! Et pourtant, malgré cette enveloppe crasseuse, plusieurs choses m’ont plues, touchées même parfois.

D’abord, contrairement aux autres émissions de ce style, les candidats sont avant tout formés à bien chanter avant d’être formés à être des stars. On le voit d’ailleurs rien que dans les titres : «The Voice, la plus belle VOIX de France» contre «Nouvelle STAR » et «STAR Academy» par exemple. Vous trouverez peut-être la nuance un peu poussée, elle est pourtant de taille : pour être une star aujourd’hui, pas forcément besoin d’un talent particulier — un physique vendeur, un bon communiquant et des ordinateurs suffiront.

 Les candidats sont avant tout formés à bien chanter avant d’être formés à être des stars

Ces « coaching » se font donc d’abord sur la voix plus que sur l’attitude et le physique, même si ça aura bien évidemment son importance aussi. Il y a également une culture de l’excellence, ce dont on ne peut pas se plaindre dans le monde d’aujourd’hui. Si les candidats ont dès le départ un talent évident et que l’on ne peut nier même si l’on n’aime pas, les différents coaches pousseront toujours les chanteurs au maximum de leurs capacités, parfois ignorées par les candidats eux-mêmes. Une véritable culture de l’excellence donc, mais aussi une réelle humanité : un talent écarté sera toujours encouragé, recevra des conseils pour s’améliorer, contrairement aux autres émissions où le jury s’évertue parfois à écraser les candidats qui ne trouvent pas grâce à leurs yeux. D’où également une passionnante évolution de chaque talent au cours de l’émission.

Également, les coaches sauront parfois miser sur la simplicité plutôt que sur la performance vocale permanente : encore un bon point, la technique étant mise au service de la chanson, et non l’inverse. Il sera donc courant de voir un coach demander à son talent des prouesses techniques poussées, et la fois d’après lui imposer une petite voix discrète quand la chanson l’impose.

La diversité des styles musicaux est aussi intéressante : on trouvera un paquet de musiques commerciales, mais également du lyrique, du rock à l’ancienne, des musiques étrangères, traditionnelles, folkloriques, du jazz au reggae en passant par le gospel et le Rythm and Blues, etc… Une chanson que l’on n’aime pas en général pourra cette fois-ci nous plaire, étant donné la façon dont elle sera présentée, chantée, jouée… Oui, jouée, puisque les talents sont accompagnés par des musiciens — et non par des bandes-sons comme la plupart du temps —, rajoutant encore un petit peu à l’humanité de la chose. Et ces musiciens sont également un réel plaisir pour les oreilles et les yeux.

Enfin, on découvrira des stars oubliées et des chanteuses pour gamines de 12 ans bientôt 15, que l’on pensait soit morts soit dont on préfèrerait oublier qu’ils sont bien vivants, aider les candidats à évoluer à l’aide du culture musicale étonnante, d’une sensibilité touchante, d’une voix impressionnante et d’une oreille dont on voit qu’elle n’écoute pas que du Booba, Sexion D’Assaut ou la Fouine. Et on sera également rassurés de voir qu’une chaîne de télévision peut encore aujourd’hui nous présenter quelque chose de beau. Et tout ça, ça fait du bien !

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