Schubert le mélancolique

Tous les Franz sont-ils voués à une triste vie ? Ou peut-être est-ce un trait des artistes en général ? Reste que ce compositeur-là n’a pas fait semblant d’être malheureux.

Difficile en effet de briller lorsqu’on cumule petitesse de taille, largeur de ventre, myopie, calvitie partielle, célibat endurcit et amitiés intéressées. Sans exagération, il est l’un des rares compositeurs à porter toutes ces croix en compensation de son seul génie. On se prend donc de compassion pour le pauvre homme en découvrant les plaisirs terrestres après lesquels il courrait de guerre lasse. Sans bornes ni complaisance, il s’adonne à la boisson et aux consommations charnelles qui lui offrent quelques illusions d’une vie où il est moins sot, plus beau.

Inutile aussi de vous parler de son introspection, elle est encore plus lamentable. Outre ces tares dont chacun le savait affublé, lui se voyait mauvais artiste et piètre compositeur. N’osant même se comparer au grand Paganini dont la lumière rayonnait depuis l’Italie, et effleurant à peine jusque dans ses rêves, l’idée d’approcher le géant Beethoven qu’il avait croisé un jour dans les rues de Viennes. Il poussera l’humilité à se persuader qu’il n’est qu’un fil invisible entre la création –divine- et la partition. Rien ne vient de lui, tout est déjà écrit.

Le voilà donc condamné au malheur d’une vie peu gâtée d’une part, et à une composition qu’il considère populaire –expert des Lieder qu’il est- d’autre part. Quelle tristesse ! Mais Franz n’a pas le tempérament emporté des musiciens russes, en bon autrichien il est plutôt du genre élégiaque. Son romantisme à lui, c’est une douce nostalgie, une timide et tendre déclaration d’amour, une « communion ayant un goût de fleur, une façon d’un peu se respirer le cœur». Chacune de ses musiques, un peu comme Dvorak plus tard, racontent une histoire sur le chemin duquel on se prend à rêver, le temps d’un soupir.  Son spleen est si contagieux qu’en un frisson notre âme languit, réminiscence probablement inconsciente d’une perpétuelle dédicace à son arlésienne de toujours: la belle Thérèse Grob.

Chacune de ses musiques, un peu comme Dvorak plus tard, racontent une histoire sur le chemin duquel on se prend à rêver, le temps d’un soupir.

Je lui trouve finalement beaucoup de traits communs à notre bon Cyrano. Ce n’est certes pas un bagarreur, ni un gascon rancunier. Il n’en veut même pas à Dieu de sa triste fortune. Mais l’art –de la poésie et de l’épée pour l’un, de la portée et de l’ivresse pour l’autre – fournira aux deux un exutoire propice à l’expression de leur amour blessé. Schubert lui n’a pas le panache : il a la mélancolie.

 

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Henri lacôte

Etudiant en Master 2 entrepreneuriat à Dauphine.