Il Viaggio a Reims, où la Restauration vue par Rossini

L’anniversaire du Sacre de Charles X, le 29 mai 1825, nous donne l’occasion de parler d’un opéra bien peu connu du maître italien. C’est pourtant peut-être l’un de ses meilleurs, Le voyage à Reims.

L’hôtel du Lys d’or (la réponse à notre grand jeu) est le sous-titre, en même temps que le lieu où se déroule cet opéra donné cinq fois seulement par le compositeur, Il viaggio a Reims. Oh certes, vous en reconnaitrez bien des passages, car, fidèle à lui-même, Rossini en a repris çà et là nombre de passages à succès. Inspiré d’un roman de Madame de Staël, Corinne, dont l’une des héroïnes de l’opéra porte le nom, cette œuvre est une gageure tant il faut de très bons et si complets premiers rôles. Pas moins de dix-huit premiers rôles pour tenir lieu de solistes et de chœur

Le 16 septembre 1824, le comte d’Artois, succède à son frère Louis XVIII sous le nom de Charles X. Il a 66 ans. Jamais roi n’est monté si âgé sur le trône de saint Louis. Il ne sera sacré que le 29 mai 1825 en la cathédrale de Reims. Dernier roi de France, dernier roi sacré, il est contraint d’abdiquer en 1830 au profit de son petit-fils le duc de Bordeaux, plus connu sous le nom de Comte de Chambord. En dix jours, le duc d’Orléans l’évince et crée la branche orléaniste, usurpatrice de l’hôtel du Lys dont il ne sera pas le roi. Louis-Philippe, roi des Français s’inscrira dans la tradition de la révolution bourgeoise, bien loin de l’esprit que campe en quelques jours seulement Giacomo Rossini, lorsqu’il créé son opéra le 19 juin 1825.
S’il est vrai que le Voyage à Reims est une œuvre de circonstance et qu’il fallait une histoire prétexte dans le style rossinien pour évoquer l’événement royal, l’œuvre n’en est pas pour autant une banale farce pour passer le temps. Rossini et Luigi Balocchi ont saisi l’occasion burlesque de caricaturer certains comportements tellement… humains. C’est bien là qu’aujourd’hui encore cette œuvre garde tout son intérêt. Ne reconnaît-on pas toutes les caricatures nationales ? Les différentes faces de l’amour, profond, versatile, volage, charnel, ne sont-elles toujours pas les mêmes ? Les caprices futiles des femmes ont-ils changé ? Les attitudes goujats du Français à l’affût d’une conquête nous sont-ils si étrangères ? La fausse pudeur masquée des femmes du monde n’a-t-elle pas gardé toute sa fraicheur ? Tel est ce tableau si pathétiquement et pourtant si humoristiquement humain que nous livre ce moment unique, croqué par un étranger bien attaché à la France, entendons…. l’hôtel du Lys d’or, à savoir le roi.
A voir et revoir …..

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Cyril Brun

Cyril Brun

Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).