Faust de Goethe à Berlioz, de Goethe à Gounod, 2/2

Première partie ici…

C’est bien parce qu’il reconnait que tout cela est sa faute que Faust veut la retrouver et réparer. Mais si pour Berlioz, le triomphe du diable est clair, puisqu’il échange une âme contre une autre, chez Gounod, ce n’est pas par la puissance du diable que Marguerite est sauvée, mais par la puissance du Christ ressuscité, comme le chante le chœur d’apothéose finale. C’est par sa prière (unie à celle de Marguerite) et donc son repentir que Faust obtient de Dieu le salut de Marguerite et non en se sacrifiant. Le pacte que Faust a fait avec Méphistophélès est signé au début de l’œuvre, non à la fin comme chez Berlioz. Ce que voulait Faust était pour lui, la jeunesse, pour notamment, posséder Marguerite. Que le repentir de Faust vis-à-vis de Marguerite le sauve ou non est une autre affaire qui ne concerne pas l’histoire de Marguerite. Marguerite, ici doit également son salut à sa prière, c’est-à-dire à son repentir. Ce n’est pas la première fois qu’on la voit se tourner vers Dieu.

 

L’œuvre de Berlioz n’est pas un opéra, mais une légende dramatique. Celle de Gounod est résolument un opéra. Si l’orchestre est central chez Berlioz, les airs sont importants chez Gounod et cet opéra regorge d’airs célèbres.  Il nous plonge certes dans un univers mythique et surnaturel d’abord, puis mythologique au final, mais il s’inscrit dans le plus ordinaire quotidien des hommes. Une kermesse, des soldats qui partent et reviennent de la guerre, une vie de famille. D’ailleurs, dans l’œuvre de Goethe, c’est bien le chant des buveurs qui retient Faust désabusé. La vie humaine est ainsi faite qu’elle est entre deux mondes ! Celui de la terre bien concret et quotidien et celui de l’esprit tiraillé entre diverses puissances en vue de l’ultime victoire.  Et il est intéressant de voir que chez Goethe, la victoire de l’un ou de l’autre n’est pas acquise d’avance puisqu’il réécrit son œuvre. Tandis que chez Berlioz, la fin est inéluctable. Si pour Gounod, Faust semble avoir déjà perdu son combat dès le premier acte, Marguerite est bien celle pour qui rien n’est joué et c’est bien elle que Méphistophélès cherche à prendre. C’est donc bien à elle que le spectateur est invité à s’identifier dans ce combat pour l’ultime victoire. Combat résolument plein d’espérance puisque jusqu’à la dernière minute, le Christ peut l’emporter. Mais nous sommes également invités à nous identifier à Faust et ses tentations, ses désirs égoïstes qui conduisent marguerite à la mort. Ne sommes-nous pas également Méphistophélès lorsque nous tentons de capter les autres à notre profit, ou que nous sommes instruments du diable, par nos tromperies, nos manipulations et nos mensonges.

Delacroix Faust

 

En fait Faust, Marguerite et Méphistophélès, représentent dramatiquement trois faces de l’être humain. Trois faces peu glorieuses, ou fragiles auxquelles il ne faudrait pas oublier d’ajouter, celle bien pâle du jeune valentin, représentant tout de même l’honneur. En quelque sorte le chevalier blanc qui sommeille en nous, mais qui se trouve peut-être être le plus fragile et le plus absent. Il ne s’agit pas de faire de Faust une œuvre psychosomatique, mais cet opéra pourrait bien être une illustration du dialogue intérieur de chacun de nous face à la tentation, au désir. En même temps que ce dialogue intérieur, Gounod, comme Berlioz, nous en présente de façon complémentaire, les enjeux et les issues. Fatale et humaine pour Berlioz, ouvertes et divine pour Gounod.

Commentaires

commentaire