Découvrez Tigran Hamasyan, pianiste et étonnant compositeur

En France ces jours-ci, Tigran Hamasyan dont l’inspiration s’enracine rien moins qu’aux pieds bibliques du Mont Ararat est un jeune compositeur et interprète étonnant. Comme Aristote observait le monde pour en parler avec des mots de philosophe, Tigran observe et parle avec le langage du musicien.

Pour son improvisation, Tigran Hamasyan utilise le contenu mélodique basé sur la musique arménienne et crée le contenu harmonique qui, au lieu d’être les harmonies classiques mineures- majeures, est basé sur les modes arméniens appliqués au piano. « Quand j’improvise j’utilise le vocabulaire musical qui vient d’Arménie », dit-il, « mais j’ai appris l’art de l’improvisation à travers le be-bop. »
The Ancient Observer est un album poignant axé sur l’art de l’observation. « C’est quelque chose que les humains pratiquent depuis des siècles, parfois même de façon subliminale », explique Tigran. « Il est particulièrement intéressant maintenant en 2016. C’est le sentiment de l’éternel éternel et impermanent contre le présent éternel et l’éphémère.

Le concert qu’il nous a été donné d’entendre à la Chapelle Corneille de Rouen confirme la réputation du musicien. Du haut niveau qui a séduit la salle pour deux rappels. Un vrai talent d’interprète et de compositeur. Un voyage au cœur de l’âme contemplative assurément ; des profondeurs arméniennes aux élévations de l’improvisation. Et pourtant le ravissement ne fut pas un dépaysement. Tout nous est connu et en même temps tout semble neuf. Tigran Hamasyan tisse la nouveauté de fils qu’on aurait cru effilochés à force d’avoir servi. Les schémas de chaque styles musicaux se reconnaissent bien mais se fondent, se muent, se brodent, apparaissent, s’effacent puis ressurgissent tout au long d’ostinati qui assurent la charpente et l’unité de la composition comme de la soirée.

Un grand pianiste, un merveilleux (subjuguant même) merle siffleur et un maître des ondes autant que de l’improvisation. Voilà pour le talent réel et transcendant du jeune arménien qui puise forme et inspiration dans la musique de ses racines. Pour autant, la grande unité resserrée autour de l’ostinato (ou semblables variantes) donne, malgré la grande diversité, une impression de lassitude en fin de concert. Et si les deux bis furent amplement mérités et applaudis, on finît par apprécier de retrouver une ligne mélodique simple pour nous tirer d’une certaine osmose hypnotique.

Une belle musique, simple dans sa forme, complexe, sans boursoufflures, dans son écriture unifiée. Une dominante aquatique portée par un merveilleux perlé du doigté et rehaussée d’une succession de brisures harmoniques toujours équilibrée. Pour qui ne parvient pas à comprendre ou suivre le tissage de style qui se succèdent, se chevauchent ou se superposent, il suffit de suivre les mouvements du corps du pianiste qui nous révèle la véritable ligne d’horizon de l’œuvre.

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