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Qu’est-ce que le paysage en peinture ?

Qu’est-ce que le paysage en peinture ?

Chacun se représente aisément aujourd’hui une composition paysagère. Pourtant la notion de paysage en peinture est récente. Elle apparaît seulement au XVIe siècle. Pendant longtemps, le rapport à la nature était tel qu’une approche esthétique n’était pas possible. Tout au plus pouvait-on utiliser des ornementations végétales dans les palais ou tombeaux. La peinture de paysage se développe du XVIe au XIXe siècle avec pour objectifs le Beau et le Vrai. Il s’agit en effet de restituer une image de la nature qui soit aussi fidèle que possible mais en l’idéalisant, conformément aux attentes des commanditaires et aux règles académiques. Seul ce qui est ressenti comme beau mérite alors de figurer sur un tableau, le reste doit être éliminé.

Le paysage, un genre apparu tardivement

Il existait dans la Grèce antique de grands portraitistes comme Zeuxis ou Appelle. Mais le paysage n’était pas à cette époque un genre pictural autonome. Il pouvait servir d’arrière-plan ou d’élément décoratif mais ne constituait pas en lui-même un sujet. Ce statut accessoire du paysage se poursuivra jusqu’au XVIe siècle en Occident. Apparaissent alors en Flandre des artistes qui réduisent la place des personnages à peu de chose dans la composition. Le peintre anversois Joachim Patinir (v. 1485-1524) est considéré comme l’un des inventeurs du paysage au début du XVIe siècle. Ses paysages comportent toujours des figures associées à un épisode religieux, par exemple Paysage avec saint Jérôme (1515-1519). Mais saint Jérôme étant relégué dans un coin du tableau, l’observateur perçoit immédiatement que l’ambition du peintre est de lui offrir un vaste paysage panoramique que les historiens qualifieront de paysage-monde.

La peinture historique, mythologique ou religieuse reste cependant le genre noble qui permet de consacrer un grand artiste, le paysage n’étant qu’un genre accessoire selon la classification académique des genres établie au XVIIe siècle. De très grands paysagistes comme Claude Lorrain doivent ainsi parsemer leurs tableaux de scènes mythologiques ou religieuses secondaires pour appartenir à l’élite de la peinture de l’époque : Le jugement de Pâris (1645-46).

Il faut attendre le 19e siècle pour que le paysage s’affirme comme un genre pictural dominant. Au paysage réaliste des peintres anglais ou des français de l’École de Barbizon succèdera le paysage impressionniste. Aujourd’hui encore, le paysage reste un genre pictural mais les classifications rigoureuses du passé ont perdu de leur pertinence du fait de la totale liberté créative. La non figuration, la remise en cause du cloisonnement traditionnel des disciplines artistiques (peinture, sculpture, etc.) conduisent à une édulcoration des frontières entre les genres.

Qu’est-ce que l’art du paysage ?

La nature a longtemps été perçue comme une création divine pouvant offrir des récompenses (la nourriture par exemple) mais comportant des menaces. Les hommes d’hier devaient lutter quotidiennement avec les phénomènes naturels pour survivre. Une telle approche ne permettait pas de disposer de la distanciation suffisante pour considérer la nature d’un point de vue esthétique. L’évolution, très progressive, commence à la fin du Moyen Âge et se poursuit à la Renaissance. Le paysage apparaît comme genre pictural autonome au XVIe siècle lorsque des artistes choisissent de représenter dans l’espace limité du tableau une portion de nature considérée dans sa dimension esthétique. L’objectif n’est pas nécessairement la fidélité au modèle naturel. Bien au contraire, il s’agira d’abord de magnifier la nature, de la rendre encore plus belle en représentation qu’en réalité. Cette approche première est tout à fait spontanée et logique à partir du moment où le paysage représenté doit être une œuvre d’art : à l’époque de la Renaissance l’objectif fondamental de l’œuvre d’art était la recherche de la beauté.
Beaucoup plus tard, au cours du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle, apparaîtront des préoccupations de vérité : le paysage doit restituer fidèlement sur la toile les images que perçoit le système optique humain. L’apparition de la photographie éloignera les artistes de cette recherche. La rupture impressionniste dans la seconde moitié du XIXe siècle conduit à traiter le paysage pictural comme la restitution des émotions ou impressions que procure la contemplation de la nature.

A partir de ce moment, l’art du paysage s’autonomise par rapport à son objet. Il n’est plus question de transposer une portion de nature sur une surface plane, de « faire ressemblant », mais de créer une image entièrement nouvelle qui a pour ambition de communiquer les émotions, impressions, sensations de l’artiste. Que ressent l’artiste face à la nature ? Comment la perçoit-il ? Le travail de l’artiste ne consiste plus à atteindre une capacité technique de restitution selon des normes académiques préétablies, mais à affiner son approche émotive du réel pour la communiquer aux observateurs de l’œuvre. Même l’hyperréalisme contemporain obéit à cette nouvelle définition puisqu’il propose une représentation qui se veut plus réaliste que ne pourrait l’être une photographie. Cela signifie tout simplement que le peintre subjectivise une photographie pour infléchir la représentation vers ce qu’il ressent comme primordial.

L’art du paysage consiste donc à restituer une image de notre cadre de vie avec une ambition esthétique. L’image obtenue peut tendre vers l’objectivation ou revendiquer une pure subjectivité. L’objectivité correspond à ce que le système optique humain capte de son environnement. La subjectivité consiste à représenter la vision particulière d’un artiste qui peut aller jusqu’à une interprétation très éloignée de ce que produirait une photographie. Mais, par définition, si l’on évoque un art du paysage, l’élément primordial est la dimension esthétique. Cet aspect esthétique fluctue selon les époques de l’histoire. La sensibilité paysagère évolue parce que l’homme appartient d’abord à son époque et que chaque époque produit des normes de représentation explicites ou latentes auxquelles tout artiste est astreint.

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A propos de Patrick Aulnas

Diplômé d’études supérieures de droit public, ancien professeur agrégé d’économie-gestion, Patrick Aulnas est aujourd'hui retraité. Il s'intéresse désormais à la peinture. Site internet : www.rivagedeboheme.fr