Fra Angelico, l’art au service de la foi

Une vie consacrée à l’Église et à l’art

On ne sait rien de la jeunesse de Guido di Piero (ou di Pietro), véritable nom de Fra Angelico. Sa date de naissance elle-même est incertaine : autour de l’année 1400. Il est né près du château de Vicchio, dans le Mugello, vallée située à une trentaine de kilomètres de Florence. Pour les dix sept premières années de sa vie, il n’existe aucun document et on ignore donc qui étaient ses parents. Un document de 1417 mentionne déjà son activité de peintre. Fin 1417, il entre au couvent San Domenico de Fiesole appartenant à l’ordre des Dominicains où il sera rebaptisé Fra Giovanni (Frère Jean). Au cours de la période 1422-1426, il est très lié avec le prieur (supérieur de la communauté religieuse) du couvent, Antonino Pierozzi (1389-1459) qui devint par la suite archevêque de Florence puis sanctifié sous le nom de saint Antonin. Fra Giovanni est ordonné prêtre en 1427. Quant au surnom de Fra Angelico, on le trouve peu après sa mort dans certains documents, mais il n’est pas prouvé qu’il lui ait été attribué de son vivant.

Jusqu’à 1438, l’activité artistique de Fra Angelico sera intense et il peindra un grand nombre de retables d’églises. Simultanément, en 1432 et 1433, il assume les responsabilités de vicaire au couvent San Domenico de Fiesole. En 1438, Fra Angelico quitte Fiesole pour s’installer à Florence. C’est en effet à cette date que commence la restauration des bâtiments du couvent San Marco de Florence sous l’impulsion et avec le financement de Cosme de Médicis (1389-1464), dit Cosme L’Ancien. Les travaux de rénovation sont dirigés par l’architecte Michelozzo (1396-1472) qui emprunte largement aux conceptions architecturales de Brunelleschi (1377-1446). C’est dans cet ensemble architectural que Fra Angelico réalise l’un des plus émouvant cycles de fresques de l’histoire de l’art : (un exemple : L’Annonciation). Il y travaille longuement, peut-être jusqu’à 1450. Fra Angelico réalisera également le grand retable de l’église du couvent de San Marco.
En 1445, le pape Eugène IV (1383-1447) fait appel à Fra Angelico pour décorer la chapelle du Sacrement du Vatican. Fra Angelico poursuivra sa carrière artistique à Orvieto (fresques de la voûte de la cathédrale) puis au Vatican (fresques de la chapelle Nicoline : l’ordination de saint Laurent). Il retourne au couvent de Fiesole pour occuper la charge de prieur de 1450 à 1452. Il revient à Rome en 1453-1454 et y meurt en 1455.

 

Un coloriste d’exception

Vasari signale que Fra Angelico commence par la miniature : Vierge de la Miséricorde avec frères agenouillés (1424).

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« On voit de la main de Fra Giovanni dans son couvent de San Marco, à Florence, plusieurs livres de chœur ornés de miniatures si belles qu’on ne saurait imaginer mieux, et il en laissa de semblables à San Domenico da Fiesole, exécutées avec un soin incroyable. Il est vrai qu’il fut aidé dans ce travail par un frère, plus âgé que lui, qui était également miniaturiste et peintre très habile. » (*)
Outre les miniatures, son œuvre comporte surtout des retables et des fresques. La réalisation des cycles de fresques est un travail d’équipe sous la direction et l’inspiration de Fra Angelico.
Concernant l’art de Fra Angelico, l’interprétation de Vasari domina jusqu’au 19e siècle :
« Il avait pour coutume de ne jamais retoucher ou repasser ses peintures ; il les faisait telles qu’elles venaient du premier coup, croyant, disait-il, que telle était la volonté de Dieu. On assure qu’il n’aurait jamais touché à ses pinceaux sans s’être mis auparavant en oraison. Il ne représenta jamais le Sauveur sur la Croix sans que ses joues fussent baignées de larmes ; aussi reconnaît-on dans les visages et les attitudes de ses personnages la sincérité de sa foi dans la religion chrétienne. » (*)

Ainsi, l’œuvre venait d’un saint homme qui était l’intermédiaire de la divinité. Son travail reflétait nécessairement « la volonté de Dieu » et l’émotion artistique provenait de la foi chrétienne.
Bien évidemment, cette manière de voir a évolué aujourd’hui. La peinture de Fra Angelico n’est certes pas séparable du contexte religieux de l’époque et, pour le peintre, il s’agit bien d’une sorte de prédication par l’image. Sa dimension spirituelle demeure aujourd’hui un élément primordial pour tout observateur. Mais son art constitue aussi pour l’historien une transition entre le Moyen Âge et la Renaissance. Les architectures qu’il représente s’inspirent beaucoup de l’Antiquité, caractéristique de la Renaissance, mais il est très réticent en ce qui concerne la perspective. Masaccio ou Filippo Lippi, ses contemporains, ont beaucoup plus de maîtrise dans ce domaine. Les compositions de Fra Angelico conservent ainsi quelque chose du charme naïf du gothique. Il innove cependant hardiment dans l’utilisation de la couleur et de la lumière. Il n’utilise pas le clair-obscur mais juxtapose des couleurs vives, provoquant ainsi des contrastes faisant jaillir la luminosité (Le couronnement de la Vierge, Musée du Louvre, 1434-35). Foi, naïveté, couleurs et lumière : cela s’appelle aussi poésie.

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(*) Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes (édition 1555)

 

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Patrick Aulnas

Diplômé d’études supérieures de droit public, ancien professeur agrégé d’économie-gestion, Patrick Aulnas est aujourd'hui retraité. Il s'intéresse désormais à la peinture. Site internet : www.rivagedeboheme.fr