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FRAC : entre pétitions et mission parlementaire

FRAC : entre pétitions et mission parlementaire

Contre les Fracs, les pétitions s’étendent : après celle du peintre Frank Longelin, co-créateur du site FACE À L’ART,  demandant au FRAC du Nord-Pas de Calais de changer sa politique d’acquisition, voici celle de l’artiste M art’in lancée à l’encontre du Frac de Bretagne.

L’artiste, installée sur place, a pu observer le jeu de l’institution « avec les associations à la botte, largement subventionnées, [qui] phagocytent tous les lieux convenables pour étaler leurs petits business ». Les autres artistes s’échinent alors à exposer en dehors du système  et en arrivent à des expositions semi clandestines qui prennent la clé des champs comme le relate le dernier livre d’Aude de Kerros : L’Imposture de lArt contemporain (pages 228-229).

On y lit aussi combien la situation bretonne est ubuesque. Le conseil général des Côtes d’Armor avait décidé de prendre une mesure en faveur des « artistes non agréés par les FRAC » : salarier un « référent culturel », chargé de s’occuper des artistes au RSA. S’occuper ne veut pas dire les aider au même titre que les élus du système, mais assurer une présence, distribuer de bonnes paroles, montrer que l’administration est bonne fille et qu’elle n’oublie personne. Une forme d’assistanat social en lieu et place d’une vraie politique culturelle locale. Or le malheureux « référent culturel » se rend compte du rôle qu’on lui fait jouer, de la situation calamiteuse des artistes qu’il est censé appuyer, alors qu’il ne dispose d’aucun moyen et surtout pas de budget : il va sombrer dans la dépression non sans avoir obtenu, avec difficultés, que les couloirs des maisons départementales servent de cimaises improvisées et dérisoires…

Que penser, dans ce contexte, de la mission d’information sur le marché de l’art qui va plancher jusqu’à juin à l’Assemblée nationale ? Avec pour président Michel Herbillon (LR) et Sophie Dessus (PS) pour rapporteur, 14 députés entendent mener « une importante série d’auditions », pour comprendre le « déclin de la place de Paris » et « la situation préoccupante » du marché de l’art contemporain français ; s’interroger sur « le développement de pratiques spéculatives, (…) sur la transparence du marché de l’art et le lien possible avec des pratiques de blanchiment ». Se déplaceront-ils en province pour rencontrer d’autres interlocuteurs que ceux appointés par les réseaux bureaucratiques et financiers comme le Cipac ? S’agit-il d’une vraie prise de conscience ? La composition de cette mission (avec, sur 14 participants, 10 députés apparentés à la majorité présidentielle) pourrait laisser croire qu’il s’agit d’une opération cosmétique destinée à couvrir les comportements des responsables d’aujourd’hui alors que… 2017 est en vue (?). Bref, pas d’enthousiasme naïf, attendons ce énième rapport. Le déclin de la France sur la scène internationale est bien connu depuis le rapport Quemin de 2001, commandé par le ministère des affaires étrangères.

Ces pétitions ne sont finalement que le dernier signe d’un profond malaise du monde culturel et artistique français, malaise que le milieu politique dirigeant (quel que soit son étiquette) a toujours voulu ignorer, préférant l’auto-satisfaction et remédiant, bien souvent, au dirigisme par encore plus de dirigisme… Seront-elles entendues ?

 

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A propos de Christine Sourgins

Christine Sourgins
Titulaire d'une maîtrise d'histoire et diplômée de l'Ecole du Louvre (muséologie), Christine Sourgins, historienne de l’art, a été conférencière au musée du Louvre et a travaillé aux services pédagogiques des musées de la Ville de Paris. Spécialiste de l'art contemporain, elle exerce des responsabilités pédagogiques et culturelles en milieu associatif et collabore aux revues Conflits actuels, Liberté politique, Catholica, Verso, Les Lettres françaises. Elle est l'auteur des «Mirages de l'art contemporain» (La Table ronde). http://www.sourgins.fr/