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Downton Abbey : nostalgie anglaise…

Downton Abbey : nostalgie anglaise…

Série télévisée britannique créée par Julian Fellowes, Downton Abbey est diffusée depuis  au Royaume-Uni et en Irlande. Au Royaume de sa Très Gracieuse Majesté, des millions de fans ont attendu la sixième saison, diffusée depuis le mois de septembre. L’intrigue y est, cette année encore, particulièrement réussie. Retour sur un phénomène de société.

Beaucoup d’entre vous sans doute connaissent déjà Downton Abbey, cette série télévisée so british qui fait un tabac outre-manche, et qui en Gaule aussi connaît un succès grandissant…

So british…. Voilà de quoi nous émerveiller, nous qui regrettons, comme meilleurs ennemis de la perfide Albion, de ne pas admirer plus souvent sur l’étrange lucarne, ou au cinéma, ces délicieux morceaux choisis qui nous feront découvrir ce que nous ne comprenons pas et continuons pourtant toujours d’admirer : je veux parler de l’âme anglaise…

Ici, ce n’est pas l’Angleterre rock de Good Morning England ou les facéties burlesques des Monty Python, mais une vivante plongée, à l’aube du XXe siècle, dans un monde qui lentement se meut.

Downton Abbey, à la télévisio220px-Highclere_Castlen (ou sur internet pour beaucoup), nous révèle à travers les histoires entremêlées d’une famille de la grande aristocratie britannique, les Crawley, et de leurs domestiques, ce qui fit une partie de la lustre de notre vieille Europe : un art de vivre aujourd’hui oublié, où la noblesse vivait entre dîners et parties de chasse, cultivant l’honneur, soignant sa fortune et son rang, soucieuse du bien commun et de ses pauvres, sûre de son bon droit et de sa grandeur. Et dans cet air de supériorité que dissimule de rares élégances, quelle classe, quel chic ! Maîtres d’hôtel et valets de pied, femmes de chambre, cuisinière, chauffeur ne sont pas en reste et cultivent eux aussi un art de vivre, où malgré le labeur, chaque chose a sa place et chaque personne son rang.

A la table des Crawley comme de leurs domestiques, hôtes et convives sont rompus aux manières et en toute circonstance leurs sentiments apparaissent voilés, chaque petite mesquinerie étant, pour l’enchantement du téléspectateur, transfigurée par le brillant éclat de leur conversation. Il y a dans les salons ou à l’office une forme de politesse fine, qui permet, sous un gant de velours ou un sourire entendu, bien des hypocrisies.

Et pourtant, tout au long des épisodes, comme les domestiques de la maison Crawley, nous nous attachons petit à petit aux maîtres, et, comme les maîtres, nous nous attachons finalement aux domestiques. Dans ses qualités et ses défauts, c’est une famille unie qui respire avec nous… et qui grandit ! Je me suis surpris à apercevoir dans Dowton Abbey une morale que n’aurait pas renié la comtesse de Ségur. Lord Grantham y incarne la figure noble du père, et nous trouvons dans les aventures à rebondissements des héros autant d’occasions de mesurer combien le Bien est, malgré les embûches, un chemin de vie.

Oh, nous sommes ici évidemment bien loin d’un monde idyllique… et si un voyage dans le passé est une plaisante aventure, je ne saurais conseiller un retour en arrière. Mais nous pouvons quand même y regarder …

Car si la beauté et l’harmonie, du langage, de la conversation étaient eux-mêmes chemins d’élévation, d’honneur, de noblesse ? Alors, à notre époque d’amitié facebook et de course effréne, où nous perdons en survolant sur nos iphones jusque le sens des mots, où les objets préfabriqués ont remplacé le lent travail  de l’artisan, que pourrons nous garder de cette petite série, ?

Deux choses : tout d’abord, un délicieux divertissement, qui nous plonge dans un chatoyant univers, calme et tranquille, surprenant, protecteur, suranné, mais également prequ’anti-proustien, car ici, c’est l’honneur qui à la fin l’emporte sur l’angoisse et la fausseté des hommes. Une sorte de conte de fées haletant et paisible qui nous éblouit de ses mille feux. Et qui, soit dit en passant, sonne bien plus juste que nos productions historiques, elles qui en France caricaturent souvent un monde que nous ne savons plus restituer, parce qu’il n’existe plus. Et puis une nostalgie… Cette pointe de grandeur, ce supplément d’âme que nous nes saurions aujourd’hui rattraper, tant l’idée de noblesse, celle des princes et des humbles, me paraît éloignée de l’utopie républicaine d’un homme nivelé par l’égalité, sans distinction, et finalement sans vertu.

 

 

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A propos de Grégoire Renaud

Grégoire Renaud
Ingénieur de formation, Grégoire Renaud s'est investi ces dernières années dans le monde associatif. Président et fondateur du site Cyrano.net, il est passionné par les voyages, la littérature, l'histoire et la poésie.