Imitation Game : l’énigme de l’homme

Il était une fois une histoire vraie, un conte de fée en prise avec la réalité horrifiante de la guerre. Il était une fois l’Histoire en marche, ou plutôt en réflexion, grâce à la ténacité et à l’ingéniosité d’un petit groupe de chercheurs en quête d’un déchiffrage salutaire. Il était une fois Enigma.

Cette machine a été utilisée par l’Allemagne lors de la Seconde Guerre Mondiale pour le codage des communications stratégiques au sein de l’armée transmises par ondes radiophoniques.

Une équipe de crypto-analystes britanniques, prenant la suite de travaux de recherche engagés par des services polonais, se sont battus contre le temps pour tenter de déchiffrer ces messages. À leur tête, Alan Turing, mathématicien et père fondateur de l’ordinateur qui a mis au point une machine de programmation pour déjouer les secrets d’Énigma. Homme de génie dont les choix de vie privé ont terni l’envergure publique qu’il méritait tant. À la sortie de la guerre, il est condamné à une castration chimique pour homosexualité, qui était alors considéré comme un crime, et se suicide peu de temps après en 1954. Il sera gracié à titre posthume par la reine d’Angleterre Élisabeth II en 2013.

C’est cette histoire aussi bouleversante que passionnante que Morten Tyldum s’est proposé de faire revivre dans son dernier biopic Imitation Game. C’est un véritable travail d’orfèvre, où toutes les pièces d’une romance basée sur des faits réels sont parfaitement ajustées. La grande épopée de l’Histoire parfois écrasante rejoint l’intimité d’un groupe, isolé dans une bulle à Bletchley Park à quelques 80 kms de Londres. Loin de la fureur des bombes, on entend pourtant la clameur du front qui arrive jusque dans l’antre de ces chercheurs, et le décompte du nombre d’Alliés tués qui cogne à la même allure que leurs battements de cœur.

Imitation Game est également une magnifique peinture psychologique de personnalités aussi originales que touchantes. D’un côté Alan Turing, marginal victimisé durant son enfance, devenu adulte asocial, et qui recouvre sa misanthropie d’un voile d’arrogance détestablement adorable ! Toute la complexité du personnage est merveilleusement rendue par l’acteur Benedict Cumberbatch, auquel répond avec autant de brio Keira Knightley dans la peau d’une jeune femme moderne bridée par les conventions sociales de son époque. Voilà deux esprits aussi libres que talentueux et qui se comprennent à demi-mot. Au-delà du secret des machines, ce film évoque également l’énigme des êtres.

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Estelle de Beaucé

Etudiante en master de politique publique à l'Université College London