Le sauvetage de la démocratie bafouée

« Ainsi font les petites marionnettes, trois petits tours et puis s’en vont ». Ce qui s’avérait être une inoffensive berceuse enfantine pourrait bien s’apparenter aujourd’hui au titre d’une nouvelle pièce shakespearienne. Affligeante réalité, presque risible si elle n’en était pas tragique, du sort des citoyens dans nos démocraties modernes, mais qui n’ont de démocratiques que le nom. « Le moins pire des régimes » selon Churchill a pris les allures d’un théâtre de Guignol dans lequel nos dirigeants tirent les ficelles et tiennent le cordon de la bourse. Oui, vraiment, Guignol n’a qu’à bien se tenir, à moins que ce ne soient nous les Guignols, nous les dindons de la force que l’on pourchasse non pas à bâtons rompus, mais à carottes bien tranchées ! On nous appâte et gagne notre confiance par quelques discours bien tournés, élaborés par une fine équipe de communicants rodés au marketing politique ; par quelques accords internationaux de coopération économique ou de respect des droits de l’Homme.

L’erreur est humaine, difficilement blâmable en soi, après tout, « qui ne tente rien n’a rien ». Mais c’est sa sœur jumelle qui est véritablement répréhensible, et qui porte le doux nom d’inertie… mais qui s’avère parfois être le pur synonyme de « non assistance à personne en danger ». La démocratie est en danger, elle est bafouée au quotidien et ses citoyens restent de marbre, passant tranquillement leur chemin, la laissant agoniser sur le bord de la chaussée, piétinée par des politiciens sans foi ni loi, qui nous font miroiter des lendemains meilleurs alors même qu’ils transforment le présent en cauchemar éveillé. Poutine et des opposants atteints d’une « suicidite » aigue, Obama et une prison de non-droit qui n’a toujours pas fermé ses portes à Guantanamo, Goodluck Jonathan (Président du Nigeria, ndlr) et le lynchage du président de la Banque Centrale après avoir questionné le Trésor public sur la disparition de 20 milliards de dollars de revenus pétroliers.

Où sont passés les citoyens ? Plus de deux cents ans après la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, force est de constater que ces droits resteront lettre morte si nous ne défendons pas avant tout l’idée de Devoirs du Citoyen, le premier d’entre eux étant de protéger la démocratie. Pour plus d’inspiration, il serait bon de retourner vers l’un des pères fondateurs de la démocratie participative, Tocqueville. Parti à la conquête de l’Amérique du Nord, il serait surpris que l’un des plus beaux exemples d’association civile a vu le jour en Amérique du Sud, et plus précisément en Colombie. Dans un pays ravagé par la guerre civile, une terre d’espoir a surgi au milieu d’une zone de non-droit grâce à la persévérance et au courage de « pionniers de la paix ». La communauté de San José de Apartado s’est placée sous l’égide du droit international en s’érigeant comme zone humanitaire, déclarant son autonomie vis-à-vis des groupes paramilitaires et de la guérilla. Face à l’incapacité du précédent gouvernement Uribe et actuel gouvernement Santos, les paysans de San José de Apartado ont engagé à leur manière un processus de paix, résistants, l’humanité aux poings, et les baïonnettes définitivement enterrées. La communauté a fêté son 17ème anniversaire le 23 mars dernier, et continue de fortifier le principe de neutralité. La communauté a su recréer un savoir-gouverner à taille humaine. Le modèle d’autosuffisance agricole a été consolidé par la création d’une Université Agricole où chacun apporte son savoir–faire, les uns partageant leur connaissance de la culture du café en échange d’un cours sur la technique de l’exploitation rizicole. Le seul visa d’entrée est l’adhésion aux valeurs de pacifisme et de solidarité.

Dans nos sociétés démocratiques où la violence des armes a laissé place à la violence des mots, la communauté de San José nous rappelle combien la liberté vaut la peine d’être défendue, pacifiquement, mais non moins intensément. A l’action, citoyens !

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Estelle de Beaucé

Etudiante en master de politique publique à l'Université College London