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Du féminisme à la négation de la femme ou un portrait manqué

Du féminisme à la négation de la femme ou un portrait manqué

Chaque 8 mars, le monde, c’est à dire certains pays qui se désignent comme étant le monde, vit la « journée de la Femme ». Le nom même de cette journée est à questionner. « La Femme ». L’emploi de l’article défini évoque une définition déterminée. Le statut de « la Femme » est arrêté par avance. Mais qui peut définir « la Femme » ? De plus, l’utilisation du singulier est particulièrement maladroite. Il est impossible de dire « la femme » sans nier l’individualité de chaque femme. Dire qu’une femme au foyer des beaux quartiers est semblable à une ouvrière indienne revient à nier que ces femmes n’ont pas la même vie, le même vécu, et surtout, qu’elles ne sont pas un seul et même être.

Par la négation des différences entre chaque femme, mise en valeur par certains en disant que chaque femme est femme avant tout et qu’il ne faut prendre en compte que cela, il est aisé d’oublier que chaque femme est un individu. En soi, il n’est pas de plus grande agression faite aux femmes et il ne se trouve aucune raison de créer un groupe en omettant les spécificités qui en compose chaque membre. Il n’est pas de plus grand outrage fait aux femmes que la négation de leur être. Il y a autant de femmes que de façon d’être une femme, et le nier ne peut changer cette réalité.

Pourquoi et comment relier une Lucrèce, une Ninon de Lenclos, une Marie Curie ou une Thérèse ? Par le simple statut de femme et donc par cette même identité sexuelle qui est remise en question par ceux qui perpétuent cette « journée de la femme » ?

Les femmes n’ont pas à être regroupées, rassemblées, et surtout mise en valeur une journée par an. Beaucoup me répondront alors qu’il s’agit de désigner le quotidien de nombreuses femmes dans les pays du Tiers-Monde ou dans certains pays du Moyen-Orient ou d’Asie. Bien entendu, la sélection à la naissance, le défaut de liberté d’aller et venir et le statut de mineur sont, entre autres, à dénoncer. Mais choisir de réagir une fois par an est tout de même le signe d’une hypocrisie tacite qui est acceptée. Si quelqu’un veut agir pour améliorer la qualité de vie de certaines femmes, qu’il le fasse chaque jour et non une fois  par an.

De même, qui peut agir au même instant sur toute la terre ? Ne serait-il pas plus judicieux de prendre le temps d’accorder un regard à chaque condition de vie ? Aujourd’hui, certains pays, dont nous faisons partie, mettent en valeur le 8 mars leur désir de voir leur façon de penser au sujet des femmes se répandre dans le monde. À nouveau, cette action est d’une violence terrible. Chacun de ces pays devrait songer à regarder sa propre situation et verrait que les femmes étaient peut-être plus libres et épanouies il y a 200 ans qu’elles ne le sont aujourd’hui. Il est étonnant que des personnes ayant pour maxime « on ne nait pas femme, on le devient » ne se pose pas la question de la voie choisie pour devenir femme, ou imposent leur propre voie. Si un groupe, tel que Osez le Féminisme ou encore Ni Putes, Ni Soumises impose sa vision de la féminité et de la condition féminine à d’autres femmes, elles privent leurs semblables de leur liberté de penser, et il s’agit du point le plus important.

Peut-on à la fois nier l’individualité des femmes, les différences de conditions de vie entre les différentes femmes ou encore la liberté de penser des femmes tout en disant défendre « la femme » ? Que cette journée factice, faite pour donner un semblant de bonne conscience, les esprits s’éveillent et cessent de laisser un lobby « féministe » penser pour eux.

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A propos de Marie-Claire Berthier

Etudiante en français, grec et latin à l'université Paris Ouest Nanterre