« Faîtes l’Europe, pas la guerre »: la dégringolade des moeurs aux élections européennes

Le parti Europe Ecologie les Verts a récemment fait les frais de sa propre campagne de communication pour les élections européennes. En effet, le slogan «Donnons vie à l’Europe » inscrit sur des emballages de préservatifs, a rapidement provoqué un « buzz négatif » et suscité les moqueries des internautes en raison de son caractère contradictoire, à l’instar de l’UMP en 2012 avec le slogan « Nous avons tant de choses à faire ensemble… ».

                       

Cet abaissement du débat en dessous de la ceinture revient régulièrement en politique, où la forte abstention des jeunes en fait une cible privilégiée, qu’on tente de séduire (du latin seducere, « détourner du droit chemin »…) par l’humour ou par des arguments plus ou moins en rapport avec l’enjeu. La montée des arguments à connotation sexuelle se fait particulièrement sentir lors des élections européennes, où l’abstention atteint des niveaux record (près de 60% en 2009) et par  laquelle seuls 24 % des français se disent « très intéressés ». Mais ce désintéressement, ce recours à des arguments absurdes ainsi que l’omniprésence du Leitmotiv «construisons une autre Europe» sont en réalité symptomatiques d’un scepticisme, voire d’une méfiance vis-à-vis d’une construction européenne qui  ne fonctionne pas, qui est en panne, qui semble avoir échoué, en un mot: qui capote…

Cette idée d’utiliser la libido attribuée aux jeunes à des fins électorales n’est néanmoins pas nouvelle. En 2009 en effet, le Parlement des Jeunes Européens (association soutenue par la Commission Européenne et le gouvernement) avait lancé sa campagne « Choisissez selon vos désirs » où se mêlaient informations sur le vote et slogans et images très suggestives, destinées à attirer les jeunes.

 

Cette même année 2009, le Mouvement des Jeunes Socialistes de Haute-Loire avait eu l’idée, pour encourager les jeunes réticents à voter de faire un clip appelé  « Fais-moi l’Europe ». Principe : comparer la manière dont le PS et l’UMP font l’Europe, en comparant les partis à des hommes et le peuple à une femme faisant l’amour. Si le clip reste bien entendu uniquement suggestif, il n’en n’a pas moins suscité une vive émotion, obligeant le PS à s’excuser et à ce démarquer de ce clip. «Ce qui me gêne, avait alors déclaré le porte-parole du MJS, c’est qu’on peut avoir l’impression que cette vidéo résume l’UE avec un message primaire du type: ‘L’Europe baise les Français’. Et ce n’est pas du tout celui qu’on veut faire passer»… En effet, si la France donne chaque année environ 22 milliards d’euros au budget de l’UE, elle n’en récupère que 13,2. Autrement dit, la France perd chaque année 9 milliards d’euros que l’Union européenne redistribue soit à ses fonctionnaires, soit à d’autres pays membres. Difficile dans ce cas de ne pas sentir poindre une arnaque et de ne pas se sentir… laisé.

Car enfin, quel est l’objectif réel de cet argument ? On constate qu’il n’est pas spécifique à la France et qu’il est utilisé systématiquement lorsque les défenseurs de l’Union Européenne sous sa forme actuelle sont en difficulté, comme ce fut le cas en 2008 lors de l’adoption du traité de Lisbonne en Irlande. Un premier référendum s’était soldé par un non au traité en question et il avait fallu en organiser un deuxième en 2009.

 

« Agrandissez vos capacités /  Augmentez vos perspectives votez OUI à Lisbonne»

Cet argument n’est-il pas justement là pour contourner l’incapacité des partis politiques à défendre la construction européenne telle que l’UE l’a envisagée ? Car il n’y a pas de meilleure exemple de démontrer ce que beaucoup pensent déjà : l’UE, même à travers ses défenseurs conservateurs, a perverti l’idée d’Europe, telle que l’ont envisagé ses pères fondateurs, majoritairement démocrates-chrétiens (Alcide de Gasperi, Paul-Henri Spaak, Jean Monnet etc…).

C’est en effet de cette tendance politique qu’est récemment venu le coup de semonce : à la question «Dans dix semaines ont lieu les élections européennes. Qu’est-ce que vous avez envie de dire aux électeurs ? », Joseph Daul, président du Parti Conservateur Européen (qui regroupe notamment l’UMP française,  la CDU allemande et le PP espagnol) et président du premier groupe du parlement a fait cette réponse fort surprenante :

« Quand j’ai des groupes de jeunes visiteurs (au Parlement europeen) qui me disent que l’Europe ne sert a rien (…), je leur dis qu’a leur age, a 18 ans, quand je voulais aller a Kehl (une ville frontaliere de Strasbourg, ou il vivait, NDLR) pour voir les films pornos qui etaient interdits en France, il fallait parfois deux heures et demie pour passer la douane ! On arrivait au cinema et le film etait termine ! Quand on leur explique des choses comme ca, aux jeunes, ils voient tout de suite a quoi sert l’Europe.»

Qu’aurait pensé le père de l’Europe, Robert Schuman, qui fait depuis 1991 l’objet d’un procès en béatification par l’Eglise catholique, en lisant cette réponse ?

Mais plus intéressant que ce que dit M. Daul, dont l’anecdote est rendue caduque par l’existence d’internet, il y a surtout ce qu’il ne dit pas. Monsieur Daul aurait pu dire que la libre circulation des capitaux, des personnes et des biens est bonne pour notre bien-être, notre portefeuille ou notre industrie, mais s’il ne le dit pas, c’est qu’il sait bien que tout cela n’est pas vrai. M. Daul sait bien qu’avec les difficultés éprouvées par l’Italie et l’Espagne pour protéger leurs frontières et avec l’ouverture à la Roumanie et la Bulgarie, l’UE semble moins crédible sur le plan migratoire. Difficile de convaincre un entrepreneur français que son entreprise, où le salaire minimal est de 1426€, sera compétitive face à l’entreprise roumaine contre laquelle il n’est pas protégé et où le salaire minimal est de 114 € mensuels. Difficile enfin de convaincre les jeunes qu’en décidant de faire du libre échange avec l’Ukraine, où le coût du travail est 14 fois moins élevé, l’UE leur fournira un travail.

On comprend mieux : ce qui paraît être une erreur de communication serait plutôt un moyen de masquer (passez-moi le mot) l’impuissance de M. Daul à défendre son bilan qui est aussi celui de l’UE depuis plusieurs années…

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Gabriel de Feydeau

Etudiant en droit à l'université Panthéon-Assas