La légalisation du cannabis, plus qu’une faute, un crime !

Après un ensemble de décrets et de déclarations ministérielles, conçues plus ou moins subtilement aux fins d’une dépénalisation, puis d’une légalisation de l’usage du cannabis, puis bientôt de toutes les drogues, était déjà apparue (le 28 janvier 2014) au Sénat, une proposition de loi, émanant du groupe des écologistes (E. Benbassa et 10 autres signataires) « autorisant l’usage contrôlé du cannabis ». Sans recopier ce projet de loi résumons ses traits principaux :
Autorisation de la vente au détail et de l’usage, à des fins non thérapeutiques, de plantes de cannabis ou de produits du cannabis ; le monopole de la vente est réservé à l’état ; Pour rassurer les objecteurs il est dit : que les lieux de vente excluent la proximité de certains lieux ; que la publicité sera prohibée, que des précisions seront données sur les caractéristiques des enseignes des lieux de vente ; que le ministère de la santé indiquera les mentions qui devront figurer sur les paquets ; et enfn que « l’état organisera des campagnes d’information et de prévention des risques inhérents à l’usage de produits stupéfiants » et que la vente aux mineurs sera réprimée….

Cette proposition de loi n’est pas datée du 1er avril. Ce n’est pas, hélas, un canular grossier ; c’est le produit de la réflexion de onze sénateurs « verts », qui devraient l’être de honte. Il est vrai que prônant une régression économique, diffuser la drogue de la sottise, du rire bête, du renoncement, de la résignation, une telle loi servirait leur objectif.

Aucun effort n’avait été ménagé, au cours de ces derniers mois, pour planter le décor et créer l’ambiance ; citons pèle mêle :
– Le dépôt synchronisé en préfecture des statuts d’associations loi 1901 de « Cannabis social clubs » visant à institutionnaliser la culture et la vente de cannabis ;
– L’autorisation par la ministre de la santé et le premier ministre de l’ouverture d’une salle de shoots pour toxicomane, heureusement retoquée par le conseil d’état (mais ils sont bien décidés à revoir leur copie)
– La prise précipitée d’un décret par la ministre de la santé (malgré l’opposition exprimée tant par l’académie de médecine, que par l’académie de Pharmacie) autorisant le recours au cannabis en tant que médicament. Cet arrêté, rédigé d’une façon confinant à la cancrerie, a été suivi par l’examen, inhabituellement rapide, par l’agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui vient de valider l’autorisation de mise sur le marché d’un premier « médicament » le Sativex®.
– Une déclaration, complètement à contre emploi, du ministre de l’éducation nationale, se déclarant favorable à une législation plus libre du cannabis, alors que ses établissements d’éducation voient leurs performances ruinées (classement PISA), entre autres causes, par des élèves qui y accèdent, sous l’empire de cette drogue, dans un état incompatible avec une activité intellectuelle.

– Le grand retentissement donné à la légalisation du cannabis par l’Uruguay et deux états des U.S.A., contrastant avec la discrétion de violette sans parfum pour relater la marche arrière qu’opèrent, sur cette drogue, la Hollande et l’Espagne.
– Et puis une liberté de la presse, qui pour de nombreux journalistes se mue, au moins sur ce sujet, en dictature d’une pensée unique. Ils choisissent leurs sujets, ceux qu’ils interrogent, leurs questions et, enfin, sélectionnent dans les réponses ce qui arrange leurs présupposés et convictions. Ils ont sous la main une liste d’addictologues, (souvent autoproclamés, la discipline étant récente), ils les ont sélectionnés pour leur faire réciter les conclusions auxquelles ils veulent aboutir.
– Quand ces mêmes journalistes sont contraints d’annoncer, la mort dans l’âme, qu’un sondage a révélé qu’une majorité de français sont opposés à la dépénalisation du cannabis, cela devient « Les français ne sont pas, actuellement, favorables à la dépénalisation du cannabis » (sic) !

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Quand on ne tire pas de leçons du passé on hypothèque l’avenir.
Pourquoi la légalisation du cannabis serait criminelle

On doit rappeler ce qu’il en est, en France, des deux drogues licites que sont le tabac et l’alcool.
Le tabac concerne 13 millions au moins de sujets dépendants, dont un sur deux mourra d’une cause en relation avec sa consommation. Ce tabac tue 73.000 des nôtres chaque année, soit deux cents morts chaque jour,( là où la route n’en tue que 10 par jour). Quant à ceux qui survivent au tabac, ils ne vont pas très bien (artérite, angor, séquelles d’infarctus, d’accidents vasculaires cérébraux, bronchites chroniques, emphysème, broncho pneumopathie chronique obstructive…) ;
L’alcool recrute près de 4 millions d’alcoolo-dépendants, incapables de se passer un jour par semaine de toute boisson alcoolique. Six pour cent d’entre eux (« les alcooliques ») consomment, à eux seuls, un tiers de la production nationale d’alcool (soulignons au passage que si le conseil de modération qu’exprime discrètement l’industrie alcoolière, était suivi, cela réduirait d’un tiers son chiffre d’affaire). L’alcool tue chaque année 49.000 des nôtres et, là encore, ceux qui y survivent ne vont pas tous bien (enfants battus, femmes violentées, séquelles d’accidents routiers ou professionnels, marginalisation, cirrhose hépatique, cancers…).
Venons en au cannabis, son pouvoir d’accrochage est tel qu’en dépit de son statut illicite il est déjà parvenu à piéger 1.300.000 des nôtres (usagers réguliers, d’un joint tous les trois jours ce qui, eu égard à l’exceptionnelle persistance de la drogue (son THC) dans l’organisme, correspond à une imbibition permanente. Parmi eux 550.000 le fument de façon quotidienne ou multi quotidienne. Ils sont recrutés de plus en plus précocement (dès la 5ième au collège) ; or, plus tôt l’essayer c’est plus vite l’adopter et plus intensément se détériorer. La légalisation du cannabis accroitrait inévitablement le recrutement de ses consommateurs. Il tendrait au moins vers celui des alcoolo-dépendants, si ce n’est vers celui des tabaco-dépendants. Cette légalisation inciterait ceux que la loi dissuade à le consommer. Quant à ceux qui présentent un irrépressible besoin de transgression, elle les inciterait à situer la transgression au niveau de la cocaïne, des amphétamines, des produits de substitution de l’héroïne (méthadone, buprénorphine à haut dosage) pour arriver bien vite à l’héroïne.

On remarquera que ce sont les mêmes qui, ne s’étant jamais investis dans la prévention, veulent légaliser le cannabis, ainsi d’ailleurs que les autres drogues, et qui prônent l’ouverture des salles de shoots pour les héroïnomanes. Cherchez l’erreur ou plutôt trouvez l’enchaînement diabolique, de la déconstruction et de l’anéantissement sociétal auxquels ils s’appliquent.

C’est le moment de contredire leur antienne, « le cannabis lui ne tue pas ». Cette formule nécessaire à leur stratégie, est dramatiquement fausse et partant criminelle, puisqu’elle ouvre la voie à la diffusion de cette drogue.

Le cannabis peut tuer. Il peut le faire sur la route, où l’étude « Stupéfiants et Accidents Mortels de la route », établissait qu’utilisé seul il était responsable de plus de 300 morts par an et qu’associé à l’alcool il multipliait par 14 le risque d’accident mortel.
Le cannabis après avoir donné à son utilisateur l’impression qu’il développait des effets antidépresseurs, incite le dépressif à en user et bientôt à en abuser, son effet s’amenuise puis disparait et la dépression réapparait bien plus vive que primitivement, comportant alors, en embuscade, un risque suicidaire. Le docteur Marie Choquet a relié, au moins pour partie, l’accroissement de la suicidalité des jeunes à l’accroissement de leur consommation de cannabis. Le risque suicidaire existe aussi chez celui/celle qui, sous l’influence du cannabis, a tout raté : amitiés, études, travail, famille… et qui, le réalisant, est saisi par l’envie d’en finir avec la vie. Rappelons les 200.000 tentatives de suicide accueillies chaque année par les urgences hospitalières dont, hélas, 11.000 sont couronnées du succès des couronnes mortuaires ; suicides qui, pour un certain nombre d’entre eux, portent l’empreinte des addictions.

Le cannabis, par ses effets désinhibiteurs, conduit à des prises de risques et à des comportements auto ou hétéro-agressifs. Sa responsabilité est souvent en cause dans des crimes inexplicables, que la presse révèle en omettant souvent de relater la consommation de cannabis qui les accompagnait. Le cannabis incite à des rapports sexuels non protégés, qui peuvent transmettre des hépatites graves ou encore le SIDA (qui reste toujours mortel).
Le cannabis a d’étroites relations avec la schizophrénie, or 10% des schizophrènes meurent de mort violente ; c’est souvent sous l’empire du cannabis qu’ils peuvent se livrer à des agressions.
Le cannabis incite à la consommation d’autres drogues (escalade et polytoxicomanies) et quand son consommateur va vers les morphiniques il peut s’exposer à leurs « overdoses ».

Le cannabis ajoute à la toxicité du tabac, en produisant 6 à 8 fois plus de goudrons, cancérigènes pour la gorge et l’appareil respiratoire.
Le cannabis incite à la consommation d’alcool. La société arabo-musulmane qui s’est développée dans des régions où le chanvre indien pousse facilement a mis un interdit très fort sur l’alcool. Notre pays qui macère dans l’alcool n’a pas de place pour accueillir en sus le cannabis.
Le cannabis apparaît en troisième rang des causes de déclenchement d’infarctus du myocarde. Il est incriminé dans la survenue d’accidents vasculaires cérébraux chez les sujets jeunes, ainsi que dans la survenue précoce d’artérites.

Le cannabis a des effets malencontreux sur le cours de la grossesse et sur le bébé qui en naitra (quatre femmes sur cinq qui fument tabac et cannabis sont incapables d’arrêter leur consommation quand elles deviennent enceintes).
Le cannabis est incriminé dans la survenue d’une variété agressive de cancers du testicule (le germinome non séminome).

Ce projet de loi soit porte la marque de l’ignorance de tous ces méfaits du cannabis, ce qui n’est pas acceptable de la part d’élus de la nation appointés pour légiférer en connaissance de cause, ou bien c’est en connaissance de cause qu’ils ont émis ces propositions, alors halte au feu ! Empêchons ces dangereux irresponsables de poursuivre leur scandaleuse agression sanitaire.

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Jean Costentin

Jean Costentin

Pharmacologue réputé et membre des Académies de Médecine et de Pharmacie, Jean Costentin préside le Centre national de Prévention, d’Etudes et de Recherche sur les Toxicomanies (CNPERT). Il a dans sa carrière dirigé l’unité de neuropsychopharmacologie du CNRS (1984-2008), ainsi que l’unité de neurobiologie clinique du CHU de Rouen (1999-2011), ville où il a également longtemps enseigné comme professeur à la faculté de médecine et de pharmacie. Spécialiste des addictions, Il est l'auteur de "Halte au cannabis !" (Odile Jacob, 2006) et "Les Médicaments du cerveau" (Odile Jacob, 1993).