Pour la fin des scandales médiatiques

Alors que France 2 accorde une émission sur la vie d’Anne Sinclair, la presse évoque les liaisons adultères de son ancien conjoint, Dominique Strauss-Kahn. La vie cède place aux frasques, qui font bien plus d’audience. La vie se résume alors à ce qui est connu et ce qui choque. L’être humain n’existe que par la capacité de faire parler. Or, rien n’attire plus l’attention aujourd’hui que la sexualité. L’intime inspire et se dévoile en place publique. Il s’agit d’oublier l’être au profit de ce qu’il fait au cœur de sa vie privée. Ce point met en valeur le voyeurisme d’une société où l’individu n’existe plus que par le scandale.

Il faut créer un scandale pour révéler son existence. Le plus simple est alors de dévoiler la part censée être secrète d’un être. En somme, il s’agit d’abaisser des barrières pour exister. Les exemples sont nombreux et dépassent le cas de Dominique Strauss-Kahn, tant et si bien qu’il est nécessaire de se demander d’où vient ce mélange entre vie privée et vie publique ainsi que ce qui donne naissance au scandale. Le scandale est ce qui « paraît incompréhensible, pose problème à la conscience et pose problème à la foi » (Trésor de la Langue Française). Il s’agit d’agir directement sur la conscience d’autrui. Le danger de la mise en valeur perpétuelle des scandales est donc de modifier la conscience. Le fait de voir des scandales se répéter sans relâchent peut créer une norme. L’incompréhensible devient une habitude et glisse alors insidieusement au cœur de la norme.

 

Il s’agit d’agir directement sur la conscience d’autrui. Le danger de la mise en valeur perpétuelle des scandales est donc de modifier la conscience. Le fait de voir des scandales se répéter sans relâchent peut créer une norme. L’incompréhensible devient une habitude et glisse alors insidieusement au cœur de la norme.

Mêler le privé au public tend à valoriser la normalisation du scandale au profit du chiffre. Cependant, le scandale ne serait pas si dangereux sans la mondanité. Par l’attachement au monde et le goût de la vie mondaine, l’être n’existe que par ce qui est visible de lui. Le scandale étant intrinsèquement visible, l’homme n’existe alors que par lui. Le Bien et le Beau disparaissent et cèdent place à l’image conçue par et pour la société. L’exemple connu mais négligé est celui de la Révolution Française. L’histoire scolaire met en scène une libération du peuple faite par le peuple et occulte tout à fait la Terreur sanglante et ses crimes ou encore le fait que cette Révolution ne soit pas le fruit du peuple, mais d’une élite qui rêve de grandeur. Le Roi est alors celui dont le comportement serait scandaleux, étouffant son peuple sous de lourds impôts notamment, impôts qui sont, d’un point de vue statistique, moins élevés qu’ils ne le sont à ce jour. L’image du Bien n’est plus réfléchie, elle est dictée par des préjugés communs qui se sont propagés dans le monde.

 

C’est qu’il est plus simple de montrer le laid que le Beau. Petit à petit, le désir de Beau s’efface alors au profit du laid.

Le scandale est donc le fruit de la mondanité et d’un désir d’appartenir au monde. Pour ce faire, pour marquer les esprits, certains exposent la partie de leur être la plus intime et la moins valorisante. Il faut alors se demander pourquoi le scandale attire plus que le Bien, pourquoi le laid suscite plus de tentations que le Beau. C’est qu’il est plus simple de montrer le laid que le Beau. Petit à petit, le désir de Beau s’efface alors au profit du laid. Et puis il est toujours plus avantageux et simple de mettre en avant la laideur de l’autre que sa propre beauté, et donc de diffuser le mal par rapport au Bien.

Le scandale vient révéler une part de l’homme qui tend à être cachée ou dépassée. Mais il est également le fruit d’un désir de reconnaissance par le monde. Il vient occulter le Bien présent au cœur de l’homme et tort lui-même sa propre définition. Qui, en effet, définirait le scandale comme le suggère le Trésor de la Langue Française, un problème posé à la conscience et à la foi ? Les notions de conscience et de foi sont occultées de celle de scandale et ce point est ostensible en chacun, croyant ou athée. La foi n’étant pas la Foi, elle comprend tout ce qui tient de la fides,  c’est à dire de l’engagement, elle est présente en chacun. Cet engagement n’est pas que celui du croyant : chaque jour, l’homme tend à s’engager, à donner une certaine valeur à sa parole. L’homme de « bonne foi » est celui qui respecte ses engagements. Tendre, par mondanité, à exister par le scandale est oublier l’importance de l’engagement et du courage nécessaire à celui qui tient parole. Il appartient à chacun de mettre en valeur ce courage plus que le scandale, à laisser de côté la laideur pour révéler le Beau. À l’image du Cid, que le cœur cède place au scandale, puisque « le courage est une des qualités qui suppose le plus de grandeur d’âme ».

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Marie-Claire Berthier

Etudiante en français, grec et latin à l'université Paris Ouest Nanterre