Tribune – La Doctrine sociale de l’Eglise une valeur anthropologique sûre à dépoussiérer

J’ai coutume de commencer mes conférences ou mes cours sur la Doctrine sociale de l’Eglise en constatant le handicap avec lequel partent les hérauts de cette pensée économique originale. En effet, l’expression datée, est un véritable repoussoir. Le mot doctrine fait peur aux gens dits de gauche, le mot social aux gens dits de droite et le mot Eglise à tous les autres. Alors on s’échine à trouver d’autres expressions moins agressives ou plus modernes. Pouvons-nous simplement résumer en disant que l’Evangile est une force de proposition pour l’économie, la finance et le social ? Je vais en tout cas prendre ce parti, comme je le fais depuis maintenant 14 ans.
Qu’il existe un corps de doctrine catholique sur l’économie et la société est un fait qui ne doit pas pour autant réduire l’influence de cette pensée à un corpus auquel recourir comme le célèbre bottin des médecins. Loin s’en faut ! L’apport de l’Evangile au monde économique n’est pas un ensemble de recettes ni de préceptes, mais un esprit (voire un Esprit). Je dirais même volontiers que c’est une vertu, au sens le plus classique du terme de reflexe, de seconde peau. C’est au final une grille d’analyse qui repose sur deux piliers essentiels : la finalité (vers où voulons-nous que nous conduisent l’économie et la finance ?) et la vérité anthropologique (qui est l’homme véritablement ?)
La vérité de l’Homme nous dit aussi ce qui le rendra heureux et donc nous donne les grandes lignes de ce à quoi le monde économique doit contribuer. Les propositions en cohérence avec l’anthropologie peuvent être multiples et évoluer au fil des âges, puisqu’elles sont les moyens d’un moment pour atteindre une même finalité : le bonheur de l’Homme.
Et c’est bien en tant que moyen et non comme fin que l’économie concourt au bien de l’Homme. Toute la question est donc de savoir ce qui va rendre l’Homme heureux, épanoui et respecter sa dignité. La question ultime n’est finalement autre que : Qui est l’Homme ?
C’est bien une vision de l’Homme, une vision anthropologique authentique qu’il faut promouvoir. Une vision éprouvée au feu du réel et non du virtuel recomposé. Tel est l’enjeu de taille de notre époque. A l’heure du transhumanisme, du post-humanisme et du relativisme disons de confort (qui consiste à renoncer à se poser la question du « qui suis-je »), la vraie problématique est de poser qu’il existe une vérité sur l’Homme.
Mais comment faire ? A mon sens, il faut commencer par poser la cohérence propre à la vision chrétienne de l’Homme. Tout ce que nous disons de l’Homme est cohérent, complémentaire, sans contradiction, bref sans faille. Mais si ce pas est absolument nécessaire et condition sine qua non, à l’heure du relativisme et du doute il ne suffit pas. Il faut également démontrer en quoi les contrepropositions portées par d’autres visions anthropologiques ne sont pas cohérentes. Il faut mettre le doigt sur les défauts de la cuirasse. Bref, il faut argumenter, démontrer et prouver.
Ceux qui ne partagent pas ma conviction qu’il existe une vérité profonde et unique sur la personne humaine me trouveront bien présomptueux voire fermé et intolérant. Au contraire, plus je suis amené à argumenter plus se renforce ce visage humain universel et donc le chemin de son bonheur et de son bien-être. Plus encore grandit en moi le désir de le partager et de le faire connaître.
Pour autant, vision universelle de l’Homme ne veut pas dire clonage et déterminisme. Précisément c’est là que réside la richesse de cette vision chrétienne. Nous partageons une même humanité, mais nous sommes libres de l’exprimer selon notre propre vérité. Cela ne veut pas dire à chacun sa vérité. Cela signifie que ce qu’est la nature humaine réelle, nous la mettons en musique comme nous le souhaitons. Avec le risque de nous tromper, de nous blesser, de nous abimer, il est vrai.
Mais une personne humaine blessée n’en est pas moins humaine et n’en garde pas moins en elle cette vérité propre commune à tout le genre humain. Le nier c’est courir le risque de mettre un pansement sur une jambe de bois et de s’inventer un bonheur illusoire qui ne nous comblera jamais.
Mon souhait n’est pas de contraindre le genre humain à rentrer dans des cases, mais de contribuer à éclairer un peu ces vérités profondes. Laissant ainsi chacun libre d’en user selon son choix. Je ne suis ni Dieu ni censeur. Les choix éclairés sont propres à chacun. Mais précisément, pour choisir en liberté, il faut connaître en vérité.
Tel est me semble-t-il l’enjeu anthropologique d’un Evangile force de proposition. Non pas constituer un corpus législatif, mais éclairer le discernement afin que de plus en plus de femme et d’homme puissent être convaincus qu’une véroté sur l’Homme existe et que cette vérité est la clef du bonheur.
On n’impose pas le bonheur, on l’offre.

Cyril Brun

Consultant Anthropos

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre