Rentrée des hommes politiques à Sainte-Clotilde

Grande vigilance, courage et discernement sont à adopter par les hommes politiques

C’est un rendez-vous important et un discours phare. Pourtant les médias ne s’y sont pas intéressés. Le 8 octobre 2013, la basilique Sainte-Clotilde, à Paris, à deux pas de l’Assemblée nationale, accueillait le cardinal André Vingt-Trois qui y a célébré la messe de rentrée pour les responsables politiques et les parlementaires. Dans son homélie, il a invité les politiques au courage, à la vigilance et au discernement afin d’avancer de manière juste et pour le bien commun. Chaque année, ses homélies sont l’occasion d’exprimer une réflexion de l’Eglise sur les enjeux des débats politiques prévisibles de l’année qui s’ouvre.


La solidarité nationale et les enfants :

Voici deux des trois thèmes particulièrement abordés par l’archevêque de Paris en ce début d’année parlementaire. « Les temps que nous vivons nous invitent à une plus grande vigilance dans plusieurs domaines dans lesquels le travail législatif est gravement impliqué. Le premier de tous est évidemment la manière de penser et de mettre en œuvre la solidarité nationale ». Ces mots ont une résonnance particulière en ces mois (ces années ?) particulièrement difficiles pour nombre de nos concitoyens. Nous sommes tous concernés par cette solidarité à établir et à vivre quotidiennement. « Il est normal que des orientations politiques divergent sur les moyens à promouvoir », a poursuivi l’archevêque avant de s’interroger et d’interpeller les politiques : « Est-il possible de progresser (…) sans reconnaître que la consommation ne peut pas être le seul levier du dynamisme économique et social ? Avons-nous assez de courage pour affronter cette réalité dans les débats électoraux ? ». Les mots sont clairs mais les oreilles et les cœurs sont-ils ouverts à les recevoir ? Seuls les mois à venir le diront.

Le cardinal Vingt-Trois a également tenu à s’arrêter sur le « sort réservé aux enfants dans notre société ». « Dans beaucoup des débats que nous avons connus au cours de l’année écoulée et qui reviendront dans les mois qui viennent, on dissimule à peine la tendance lourde qui consiste à considérer l’enfant exclusivement du point de vue des désirs de l’adulte qu’il est supposé satisfaire. On l’a vu dans l’exclusion du pôle paternel ou maternel lors du vote de la loi sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe ». Il a aussi tenu à redire que le repère commun dans notre société était « le respect de la dignité de toute personne humaine dont aucune ne devrait pouvoir imaginer qu’on dispose de sa vie en fonction de nos propres désirs, de nos sentiments ou de notre souffrance ». Notre société se réduirait-elle à une société de désirs et de sentiments et aurait-elle oublié l’Amour ?

Aider le Moyen-Orient

Dans la droite ligne du pape François, qui a déjà évoqué nos cœurs « anesthésiés », le cardinal Français a également rappelé que la responsabilité de l’Hexagone vis-à-vis des chrétiens du Moyen-Orient pouvait « s’exercer en accueillant largement les réfugiés ». Mais, à ses yeux, « elle doit surtout s’exercer par notre action diplomatique pour faire respecter les droits dans des pays où ils vivent depuis le début de l’ère chrétienne et leur permettre ainsi de rester paisiblement dans leur patrie ». Ces paroles font écho à la lecture du jour qui était tournée vers le commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Tout homme doit donc se sentir concerné par cet appel du cardinal vis-à-vis des chrétiens du Moyen-Orient, ces martyrs parfois inconnus persécutés quotidiennement.
Ainsi, dans cette homélie condensée et percutante, Monseigneur Vingt-Trois a assuré que malgré les terrains « nécessairement indécis et troublés de la vie publique », les politiques devaient « trouver un chemin pour la défense de la dignité et des droits de la personne humaine. En outre, à l’exemple de Marie, nous sommes invités à « remettre dans leur ordre logique les objectifs de notre conduite ».
Alors que la laïcité est un thème ancré dans le paysage français, mais dont une définition claire et objective est difficile à donner, l’archevêque de Paris a déploré que pour un certain nombre de nos contemporains, les religions soient « considérées comme des instances chargées de rappeler des principes moraux. Au nom de la laïcité, on accepte qu’elles se fassent entendre, mais sans aller jusqu’à prendre en compte leurs observations ». Et d’ajouter : les religions « seraient comme l’ornementation éthique de décisions qui n’intègrent pas réellement les références éthiques. » Les pistes sont données, l’heure de la rentrée a sonné. Confions cette année à saint Thomas More, le saint patron des responsables politiques.

Laurène de Beaulaincourt

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Rose de Sainte-Claire

Ancienne correspondante d'une agence de presse à Rome, spécialiste des religions et de l'Eglise catholique, Rose de Sainte-Claire est journaliste et collabore à Cyrano.net et à d'autres revues religieuses et profanes.