« Laïcité, quelle place pour les chrétiens dans le débat public ? »

    Il a fêté ses 130 ans ! Le quotidien la Croix vient de souffler toutes ses bougies. Et pour cela, il a convié, le 4 octobre dernier, deux invités en particulier autour d’une rencontre-débat au Collège des Bernardins. Ce furent Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur en charge des cultes et le Cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris. Ces deux hommes ont essayé de réfléchir sur la laïcité et sur la place des chrétiens dans le débat public. Retour sur quelques-unes de leurs paroles qui méritent d’être entendues, appliquées et « passées » à nos compatriotes. Dominique Quinio, directrice du quotidien, a en effet rappelé que les journalistes étaient des « passeurs ».


    Les deux faces de la laïcité

    saint pierrede rome

    D’entrée de jeu, Monseigneur Vingt-Trois a osé affirmer que l’usage du mot « laïcité » ne recouvrait « pas nécessairement toujours la même réalité ni la même intention ». On se doute alors que le ministre et le cardinal n’auront naturellement pas la même définition.
    Pour l’archevêque de Paris, la laïcité concerne, de manière assez évidente, le respect de « l’ordre public » et la « paix civile ». Et d’espérer ne pas arriver à « une vision de l’Etat absorbant toute la réalité sociale et instrumentalisant la religion au service d’une politique ». La laïcité de l’Etat et la laïcité de la société ne doivent pas être confondues. Puis il a expliqué les deux faces, qui selon lui, entourent la laïcité. La face est ouverte si on la voit comme « condition nécessaire à la liberté de conscience et de religion, et la condition pour éduquer à un véritable respect des religions ». En revanche, la face de la laïcité est fermée si elle est « la négation du fait religieux comme réalité sociale ». Puis, Monseigneur Vingt-Trois pousse son argumentation jusqu’à affirmer que « la laïcité du silence sur le fait religieux est le premier pas vers des fanatismes qui ne sont plus intégrés dans une lecture rationnelle de l’existence ».

    Un mirage ?

    Face à cette argumentation, Manuel Valls a essayé d’assurer que la République laïque n’ignorait pas les religions et a souhaité que l’incompréhension sur la laïcité soit levée. Il a donc souhaité faire un effort de clarification : « la laïcité est la liberté de croire ou ne pas croire ». Voici la fameuse liberté. Monseigneur Vingt-Trois a mis en garde contre le fait qu’être libre reviendrait à « être protégé de toute influence ». « Est-on jamais protégé de toute influence ? a t-il poursuivi, avant de déplorer que l’école républicaine serait le sanctuaire de cette liberté sous vide, dont on nous fait miroiter le mirage ». « Faut-il comprendre qu’il faudrait soustraire l’enfant aux influences de sa famille pour en faire un enfant conforme à une vision étatique de l’homme ? », a lancé le cardinal. Sa question tombe à pic alors que le gouvernement actuel cherche à tout prix à gommer tout ce qui peut différencier les personnes : milieu socio-professionnel, éducation et maintenant sexe ! En somme, c’est une négation totale de la réalité. Or, la différence n’est pas à voir comme une « adversité » mais comme une « composition positive de la richesse de la société ».

    Notre société égalitariste ne chercherait-elle pas à « éradiquer ou du moins à occulter les références d’une tradition judéo-chrétienne pour développer une vision plus neutre et supposée plus universelle » ? C’est ce que craint l’archevêque de Paris, d’autant que pour Monsieur Valls, « on est d’abord français et citoyens, pas définis par notre religion ». Et de poursuivre : « la laïcité à la française n’est pas une religion républicaine, elle est un principe juridique qui permet un dialogue apaisé ». Le voilà donc en contradiction avec Vincent Peillon qui rêve d’une religion républicaine ! Des membres du même gouvernement sont donc différents ! Messieurs, il faut gommer ces différences, vous qui cherchez à les effacer partout chez les autres ! Charité bien ordonnée commence par soi-même ! Et, si la liberté d’expression est si chère à Manuel Valls, pourquoi emmenez-vous systématiquement les Veilleurs au poste de police alors qu’ils s’expriment pacifiquement ? Entre les mots et la réalité, il y a un grand écart ! Alors, lorsque Manuel Valls assure que les chrétiens ont une place dans le débat public et qu’ils ont simplement à s’en « saisir », on se demande juste si nous vivons dans le même pays !

    Laurène de Beaulaincourt

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Rose de Sainte-Claire

Ancienne correspondante d'une agence de presse à Rome, spécialiste des religions et de l'Eglise catholique, Rose de Sainte-Claire est journaliste et collabore à Cyrano.net et à d'autres revues religieuses et profanes.