La République est laïque, mais de quoi parle-t-on vraiment ?

    La république est laïque. Voilà ce qui trône désormais dans tous les établissements scolaires publics de France et de Navarre. Des quinze points de la charte appliquant la laïcité à l’école de la République, aucun n’explicite réellement ce qu’est la république, moins encore la république française et pas d’avantage ce qu’est en soi la laïcité. C’eut été pourtant intéressant de savoir vraiment de quoi nous parlons, dans le lieu même où il s’agit d’apprendre à discerner et à devenir un homme libre. La circulaire qui accompagne la dite charte est tout aussi silencieuse. Or, affirmer que la république est laïque c’est avancer une généralité qui pourtant ne va pas de soi.

    A Rome la république n’était pas laïque. Elle l’était si peu que la question et la distinction ne se posait même pas. Aussi avant d’asséner des vérités convient-il de les démontrer. N’est-ce pas le b.a.-ba de l’éducation ? L’article 1 pose, il est vrai, des bases. La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Mais de quelle république parlons-nous ? Celle de Rome fondée sur une citoyenneté juridique excluant les femmes et octroyant des droits inégaux ? Celle d’Union Soviétique qui choisit le primat de la société sur la personne humaine ? Celle de certains pays arabes qui refusent les non musulmans ? De quelle république parlons-nous ? De quelles valeurs nous recommandons-nous si souvent ? Indivisible ? Laïque ? Démocratique ? Sociale ? Mais que mettons-nous derrières tous ces grands mots ?

    Très vite la Charte nous éclaire. Article 6, la laïcité protège de tout prosélytisme et de toute pression qui empêcheraient les élèves de faire leurs choix. Et pourtant l’article 7, affirme que la même laïcité assure l’accès à une culture commune et partagée, étant entendu à l’article 13 que nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’école. Autrement dit, la laïcité de cette république consiste à façonner les élèves selon les valeurs imposées du régime. Et pour ce faire, tout signe qui trahirait cette uniformisation de la pensée est à proscrire. Il s’agit bien d’un régime totalitaire qui veut former les consciences selon ses propres valeurs. Régime totalitaire socialiste, puisque le projet de société uniforme prévaut sur la personne et la singularité. Ainsi l’article 8 est-il très clair, la laïcité permet l’exercice de la liberté d’expression dans le respect des valeurs de la république. En d’autres termes, il est interdit d’exprimer autre chose que ce que la république souhaite que vous pensiez, il est interdit d’avoir accès à autre chose que la culture commune et partagée. C’est le retour de l’Index.

    L’article 10 est explicite sur la mission imputée désormais à l’école. Il ne s’agit plus de dispenser un savoir, qui permettrait à l’élève d’être libre, mais bel et bien de « transmettre aux élèves le sens et la valeur de la laïcité ». Ainsi, si la laïcité garantit, selon l’article 3, la liberté de conscience, il s’agit d’une conscience formatée par la République. Mais liberté de conscience ne semble pas aller de pair avec objection de conscience, puisque l’article 11 fait obligation au personnel de transmettre ces seules valeurs de la république et que l’article 13 interdit de s’opposer ou de refuser l’endoctrinement. C’est probablement ce que l’article 2 appelle la neutralité de l’Etat, à l’image certainement du ministre, auteur de cette charte, qui entend bien « refonder l’école de la République ». Autant dire qu’il souhaite transformer l’éducation nationale en outil de propagande, dont sont exclus les parents qui ne sont jamais cités, ni dans la circulaire, ni dans la charte sauf au paragraphe « diffusion », où les parents se voient imposer cette charte qu’ils ne peuvent remettre en cause ni contester. Les parents ne sont plus désormais, et c’est très officiel, maîtres de l’éducation de leurs enfants. L’Education Nationale devient l’organe privilégié de diffusion de la pensée unique de la république socialiste.

    Nous évoluons en démocratie, certes, mais dans la version maoïste de son exercice, les écoles devenant ni plus ni moins que des centres de rééducation de la pensée, d’où sont proscrits toutes références contraire au système. Le christianisme est bien entendu le premier visé, comme le souhaitait Vincent Peillon dans son livre, regrettant l’inachèvement de la révolution française. En fait de neutralité, la République socialiste laïque à la française est en train d’inventer une nouvelle religion, celle de la laïcité avec ses grands-messes, son clergé et son temple dont les écoles sont l’annexe et le passage obligé.

    L’éducation à la liberté se fait dans la confrontation des différences, parce que la vérité, indispensable à la liberté, résiste toujours à l’épreuve du temps. C’est bien la peur des grands-prêtres de la laïcité. Ils savent pertinemment que leur idéologie ne tient pas face à cette confrontation. Voilà pourquoi, il faut éradiquer la différence et formater les jeunes esprits. Cette charte est un nouveau pas dangereux pour la liberté et pour la démocratie dans un pays qui, depuis un an, est entre les mains d’un régime totalitaire, intransigeant et hypocrite. Comme leurs aînés d’Europe de l’Est en leur temps, ils utilisent l’habit de la démocratie et de la liberté comme une nasse qui se resserre à mesure qu’on se débat.

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre