La commémoration du 1025e anniversaire du baptême de la Rus’

    A la fin du mois de juillet dernier, le patriarcat de Moscou a fêté solennellement le 1025e anniversaire du baptême de la Rus’ . Cette commémoration a eu lieu à Kiev , Minsk et Moscou. Le patriarche de Moscou a invité pour l’occasion les primats de toutes les autres Eglises orthodoxes qui sont venus pour la plupart ou se sont fait représenter. Cet événement revêt une grande importance à plus d’un titre.

    Tout d’abord parce qu’il manifeste l’unité de l’Eglise orthodoxe. On sait que celle-ci n’a pas d’autorité centrale qui dirigerait l’ensemble de cette Eglise. Son organisation repose sur deux principes : la conciliarité et la primauté. Dans chaque région, souvent chaque nation ou pays maintenant, les différents évêques réunis en concile , représentent l’autorité suprême dans leur contrée. Et ces évêques élisent un primat, en général évêque de la capitale, qui devient le premier d’entre eux tout en restant premier parmi des égaux. De même les primats ont entre eux un ordre de préséance. Et le premier parmi eux (là aussi parmi des égaux) est historiquement le patriarche de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) car Constantinople était la ville où résidait l’empereur. Il existe une quinzaine de telles Eglises dites autocéphales car elles ont leur propre tête. Mais toutes ensemble elles sont l’Eglise Orthodoxe. Il est donc important de manifester périodiquement cette unité par de telles rencontres.

    Cet événement témoigne aussi de la renaissance de l’Eglise dans les territoires précédemment communistes de l’Europe de l’Est. En particulier l’Eglise russe a connu une résurrection quasi miraculeuse, si l’on pense à toutes les tentations à laquelle elle aurait pu céder par manque de chrétiens ayant l’expérience de la vie en Eglise. En vérité on peut dire, suivant l’adage antique, que l’Eglise se (re)construit sur le sang des martyrs car ils furent nombreux durant la période soviétique.

    Mais si dans cette partie du monde les circonstances s’adoucissent pour les orthodoxes, il n’en est pas de même partout et en particulier au Moyen Orient. Ce qui fut, un peu prématurément, appelé le printemps arabe a souvent tourné en de véritables guerres civiles entre différents clans et tendances religieuses musulmanes. Dans ce chaos, les orthodoxes des patriarcats d’Antioche et de Jérusalem, comme les autres chrétiens de ces pays, se sont trouvés isolés … Comme ils sont en outre, par principe, loyaux envers les pouvoirs en place, ils sont devenus la cible facile de tous les belligérants. Ils sont de plus abandonnés par leurs protecteurs historiques comme la France et d’autres pays ouest européens. La Russie en était aussi en raison de l’important flux de pèlerins qui visitait la terre sainte avant la révolution. Ce flux s’est bien sûr complètement tari après la révolution de 1917. Mais il a tendance à reprendre. Tous ces facteurs contribuent à rendre les orthodoxes russes sensibles aux souffrances des chrétiens, souffrances qu’ils ont eux mêmes endurées naguère. C’est ce qui explique, qu’à l’occasion de ces festivités, une adresse aux grandes puissances du G20, qui devait se réunir à Saint Petersbourg, ait été transmise à travers le président russe. Cette déclaration appelle les grands à se préoccuper davantage des massacres de chrétiens partout dans le monde.

    Enfin, cet appel peut être rapproché de la lettre adressée au Président des Etats Unis par le pape François qui se préoccupe des mêmes questions. On voit apparaître un certain renforcement de la collaboration entre l’Eglise catholique et les Eglises orthodoxes dans le domaine de la défense des valeurs chrétiennes dans le monde. Le relèvement de l’Eglise de Russie contribue à ce renforcement, qui espérons le, n’en est qu’a ses débuts.

    Seraphin Rehbinder, président de l’association Orthodoxie Locale de Tradition Russe (OLTR), grand amateur de théologie.

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Séraphin Rehbinder

Président de l'association Orthodoxie Locale de Tradition Russe (OLTR), grand amateur de théologie.