Le retour en France de la peine de mort ?

Si vous en doutiez encore, la décision prise vendredi 20 juin dernier par le Conseil d’état pour le cas Vincent Lambert confirme ce que beaucoup pressentaient : une immixtion croissante de l’état dans des domaines réservés dont la médecine.

Cette affaire était devenue le symbole du débat sur l’euthanasie. Vincent Lambert est un homme de 38 ans devenu tétraplégique depuis un accident de voiture survenu en 2008, qui l’a plongé dans un état dit végétatif, c’est-à-dire dans un état de veille sans véritable activité consciente décelable. Il est capable de respirer sans aide et de s’éveiller, sourire, dormir ou pleurer, selon le rapport des trois experts en neurosciences chargés d’évaluer son état. Néanmoins il reste alimenté par sonde et ce rapport a également noté une « dégradation de son état de conscience » jugée définitive.

 

C’est cet état de dépendance qui a poussé l’équipe médicale, son épouse et une partie de ses frères et sœurs, à réclamer un arrêt des soins, le condamnant à une mort certaine.

C’est cet état de dépendance qui a poussé l’équipe médicale, son épouse et une partie de ses frères et sœurs, à réclamer un arrêt des soins, le condamnant à une mort certaine. Ses parents, eux, sont fermement opposés à cet acte d’euthanasie passive. Un véritable drame familial, chargé de pathos – idéal pour les promoteurs de l’euthanasie.

Le rapporteur d’état a donc décidé de trancher en requérant l’arrêt de l’hydratation et alimentation de Vincent Lambert et ainsi sa mort – de faim ou soif, chacun sa notion d’une mort « digne ». Cette décision se fonde sur le refus de l’acharnement thérapeutique. Une position plus que discutable, puisque le patient ne se trouve pas en fin de vie – c’est là un distinguo clef: comme l’expliquait Denys Pellerin, auteur du rapport de l’Académie nationale de médecine sur la fin de vie : « Que la personne soit un peu ou pas consciente, qu’elle ait un peu ou pas de vie relationnelle, elle est en vie ». La fourniture de besoins vitaux, manger, boire, n’est donc pas constitutif de l’acharnement thérapeutique – auquel cas il faudrait se poser la question aussi pour les nouveau-nés ! Un avis qui, de plus, va à l’encontre des recommandations des experts, que ce soit l’Académie nationale de médecine ou le Comité consultatif d’éthique. Il est d’ailleurs à noter que les diagnostics sont très difficiles à porter, concernant le degré de conscience des états végétatifs, comme l’illustre cet article : http://www.slate.fr/story/13501/23-ans-dans-un-coma-qui-n%E2%80%99en-etait-pas-un.

 

La fourniture de besoins vitaux, manger, boire, n’est donc pas constitutif de l’acharnement thérapeutique – auquel cas il faudrait se poser la question aussi pour les nouveau-nés !

Ainsi, dorénavant, la justice va pouvoir statuer de la vie ou la mort de certains en toute impunité quel que soit l’avis médical donné, en décidant de l’intérêt que représente une personne. Cette position est le reflet d’une société qui refuse la dépendance et la fragilité de l’homme et démontre un basculement vers l’utilitarisme. Finalement, le Conseil d’état dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : les handicapés nous dérangent, la maladie et la dépendance ne font pas bien dans le paysage… Mais après tout, ce n’est pas grave, il y a toujours la coupe du monde pour nous distraire !

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Anne-Laure Debaecker

Anne-Laure Debaecker

Diplômée en management des organisations culturelles à l'Université de Paris-Dauphine, Anne-Laure Debaecker est journaliste. Elle collabore en particulier au Figaro et à Cyrano.