Liberté scolaire, la concurrence ne peut que servir la vérité

Liberté scolaire, la concurrence ne peut que servir la vérité

Comme chaque ministre Monsieur Blanquer s’attaque au « Mammouth ». C’est d’autant plus louable que la tâche est, on le sait, dangereuse pour qui s’y attèle. Pourtant, comme ses prédécesseurs, le ministre cherche plus à récupérer le système qu’à le réformer, malgré les effets d’annonces. L’enjeu pour lui est de faire cette machine à uniformiser l’instrument de la propagande d’Etat, qu’il faut comprendre à la lumière des lignes tracées par Vincent Peillon. Il faut dire que l’outil s’y prête. Il a d’ailleurs été conçu pour cela par Napoléon Ier et jalousement préservé depuis deux siècles, y compris par les libéraux au pouvoir après lui. Unifier la nation dans une seule et même pensée, qu’elle soit catholique d’abord ou anticléricale ensuite, était bien le but du monopole du « système universitaire » mis en place en 1806/08. Une telle conception de l’unité se nourrit de deux travers : d’une part la peur de la différence et le manque de confiance en ses propres convictions et d’autre part une vision erronée du rôle de l’État.

C’est parce qu’elle est fondée sur la crainte que cette vision exclut la liberté. Car la Vérité ne craint pas la liberté. Si on est obligé d’imposer par la force ses convictions, c’est, soit parce que celles-ci ne sont pas fondées (c’est l’argument d’autorité du sénateur J.-P. Michel sur le mariage pour tous par exemple), soit parce que ceux qui les promeuvent ne parviennent pas à en rendre compte. Or la liberté qui consiste précisément à chercher la vérité en est aussi une garantie. Une garantie, mais également une exigence, qui elle-même est une garantie. Car pour défendre la vérité, il faut la chercher et surtout accepter de se laisser façonner et dérouter par elle. Chercher la vérité, c’est accepter de se déposséder de ses certitudes, de ses vérités et se laisser apprivoiser par ce que l’on contemple et découvre. Or pour cela, il faut être libre. Libre de ses peurs, libre de ses chaînes. Aussi, la liberté scolaire qui repose sur la liberté de conscience ne peut-elle qu’être un gage de vérité. En effet, dans la mesure où la vérité est le chemin de la réussite et de l’épanouissement, la véritable concurrence entre les établissements scolaires se fera autour de la vérité. C’est, du reste tout le combat du père de la liberté scolaire Charles de Montalembert.

Vérité et liberté vont de pair. Qui craint la vérité réduit la liberté. La vérité rend libre, mais la liberté conduit à la vérité. Or la vérité doit susciter une adhésion libre que garantit, justement, la conscience. Une conscience libre et éduquée, précisément par une vérité passée au crible de la liberté. C’est pourquoi la liberté scolaire est fondée sur la liberté de conscience. Aller contre la liberté scolaire en imposant une pensée unique, c’est aller contre la liberté de conscience. Mais c’est aussi empêcher l’adhésion à la vérité et ainsi déconnecter vérité et liberté. Or cette déconnexion conduit à une perversion de la vérité, dans la mesure où celle-ci n’est plus soumise au crible de l’intelligence critique. Sans l’émulation que crée la liberté, la quête de la vérité se dilue dans le nihilisme ou le relativisme. Or, sans la quête de la vérité et cette adhésion libre de l’intelligence, c’est la croissance même du monde qui se trouve ralentie, c’est la dignité même de l’homme qui se trouve abaissée, réduite au niveau d’un bestial conditionnement. Imposer la pensée unique par le refus de la liberté scolaire, c’est condamner l’homme au déterminisme de la pensée unique.

En outre, l’État n’est pas là pour éduquer, mais pour favoriser l’instruction qui doit nourrir la quête du Vrai et du Bien. C’est aux parents qu’il revient d’éduquer non à l’État. L’État doit, en vertu du principe de subsidiarité, aider les parents à ouvrir leurs enfants à cette quête du vrai, dans le respect des consciences et cela passe précisément par cette concurrence de la liberté scolaire.

article publié il y a trois ans

Photo M-J.FREY-RESERVOIRPHOTO

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est journaliste du vin, critique gastronomique, historien, philosophe et ancien chef d'orchestre Diplômé de maitrise du vin, il est dégustateur et formateur, journaliste et critique gastronomique pour plusieurs magasines ou sites. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique, rédiger un guide oenotouristique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il a été directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il en est le directeur de la rédaction. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre