L’avortement, un droit fondamental?

Il y a 40 ans était promulguée la loi Veil dépénalisant l’avortement. Damien Thomas se penche sur l’argumentaire qui défend cette pratique. 

L’avortement est en passe de devenir aussi sacré que le Coran. On ne peut plus le remettre en question et moins encore tenter d’empêcher les femmes d’avorter. Pourtant, une Française sur trois a déjà vécu un avortement, c’est-à-dire environ dix millions de personnes dans ce pays. Alors qu’on voudrait faire passer l’avortement pour un phénomène aux conséquences épidermiques et plus, alors qu’il vient d’être défini comme un droit fondamental, il est bon de s’extraire du débat sur la souffrance des femmes ayant vécu ce traumatisme, aussi bien celle qui au yeux du monde justifie leur choix en amont, que celle qu’elles vivent seules en aval, pour réfléchir au fond du problème.

Trois arguments massue sous-tendent l’entièreté de l’argumentaire des « pro-choix ». Je propose de les passer en revue ensemble.

« L’embryon n’est pas un être humain »

 À cette assertion simpliste, j’apporte une réponse simple. Si l’embryon n’était pas un être humain, il ne serait pas nécessaire d’avorter. En effet, quelle est la finalité de l’avortement, si ce n’est d’empêcher qu’un enfant vienne au monde ? Cela, tous l’acceptent, est bien le cœur du débat.

Et bien je le répète : si l’embryon n’était pas un être humain, il n’y aurait pas « besoin » d’avorter. Puisque l’avortement vise à éviter la naissance d’un être humain, ce ne peut être qu’un être humain qu’il supprime, aussi vrai qu’aucun être vivant connu ne change de nature au cours de son existence. De forme, seulement. Ainsi, la chenille devient papillon. La chenille est-elle un papillon ? Si je tue une chenille, est-ce-que je tue un papillon ? La question n’est pas là ; que je tue une chenille ou un papillon, je tue un animal.

Pour l’être humain, il en va de même. L’embryon, comme la personne déjà née, sont tous deux des êtres humains. Sous deux formes différentes, à deux étapes différentes de leur développement, mais l’identité constitutive de leur être est identique. Rien de ce qui est dans l’univers ne change de nature au cours de son existence. D’état, pas de nature.

  L’embryon, comme la personne déjà née, sont tous deux des êtres humains. Sous deux formes différentes, à deux étapes différentes de leur développement, mais l’identité constitutive de leur être est identique. Rien de ce qui est dans l’univers ne change de nature au cours de son existence. D’état, pas de nature.

« Il n’y a pas de projet parental sur cet enfant ; il ne sera jamais heureux »

Cet argument est à séparer en deux parties, en posant préalablement un constat simple. Si, comme développé plus haut, l’embryon est un être humain, il jouit des mêmes droits que tous les êtres humains, dont celui du respect de sa vie et celui de la protection physique.

Ainsi, la partie « il n’y a pas de projet parental sur cet enfant » est aisément écartée. Le projet parental importe peu : les droits de cet enfants sont les mêmes, aussi complets et de même niveau, que ceux de ses parents. Leur projet parental, ou l’absence de ce projet, ne sont donc pas constitutifs de sa nature humaine et ne peuvent déterminer son droit à la vie ou l’absence de ce droit. Ce qui revient à dire que la vie de leurs enfants n’appartient pas aux parents. Soutenir le contraire serait revenir à l’esclavage, puisqu’une partie de l’humanité aurait pouvoir de vie et de mort sur une autre, pouvoir de définir sa valeur en fonction de son désir, tout-puissant puisque dominant.

La deuxième partie, « il ne sera jamais heureux », renvoie à une conception socio-économique du bonheur. Ce qu’on dit lorsqu’on affirme cela, c’est que les conditions socio-économiques dans lesquelles cet enfant va naître nous semblent tellement défavorables qu’il vaudrait mieux qu’il ne naisse pas. Il est à noter que les standards dans ce domaine ont énormément évolué depuis un siècle, avec une conception revue fortement à la hausse des minimas acceptables. Mais dans ces conditions et au vu de ces fluctuations, comment définir quelles sont les conditions favorables ? Quel niveau de revenu, quelle stabilité familiale pour avoir le droit de naitre ? Quels critères retenir ? Et puis, que faire de ces milliers de chômeurs, de SDF, de malades incurables, d’habitants des bidonvilles ? Leurs conditions socio-économiques ne sont-elles pas déplorables ?

« il ne sera jamais heureux », renvoie à une conception socio-économique du bonheur.

Si, elles le sont. Mais si l’avortement est légitimé au titre des conditions socio-économiques, et étant donné que l’embryon jouit des mêmes droits que les personnes déjà nées, on doit également pouvoir supprimer les personnes déjà nées qui ne remplissent pas les critères requis. Fini les handicapés, incapables de montrer qu’ils sont heureux, fini les dépressifs, les malades mentaux, les pauvres. Simple question de logique : si, tout en ayant conscience de la dignité d’être humain de l’embryon, on légitime sa suppression pour motif socio-économique, il n’y a aucune raison de ne pas légitimer celle des « ratés » de ce monde.

On le voit, si l’on pratique l’eugénisme avant la naissance, on doit également le pratiquer après, par souci de cohérence. On en arrive donc à un eugénisme d’Etat, pré- et post-natal, au nom d’une certaine conception de l’humain. Cela porte un nom : le nazisme.

« La pratique de l’avortement a toujours existé, il faut en prendre acte et l’encadrer »

Cette affirmation positiviste, actuellement massivement utilisée dans divers domaines, est celle qui a amené la loi Veil à être votée. Elle permet, selon ses partisans, de coller à la réalité de la société, de faire converger la loi avec un certain sens de l’histoire. C’est ignorer qu’on ne peut encadrer une pratique liée à la suppression de vies humaines sans les encadrer toutes. En effet, puisque l’embryon est pleinement humain et qu’il jouit des mêmes droits que les personnes nées, si on encadre la pratique de l’avortement – alors reconnue comme la mise à mort d’un être humain, on doit également encadrer celles de l’homicide, du meurtre et de l’assassinat qui ont, l’histoire nous en est témoin, existé de tous temps et dans toutes les civilisations.

On ne peut encadrer une pratique liée à la suppression de vies humaines sans les encadrer toutes.

Or, nous le savons, encadrer et légitimer la pratique du meurtre ou de l’assassinat serait profondément injuste et constitutif d’une rupture majeure dans la conception que nous avons de la société. Cette rupture mènerait au désordre le plus total et, à terme, à la chute de la société qui la tolérerait.

À l’instar du meurtre, l’avortement existera toujours. Face à cette réalité, l’Etat dispose de deux choix. Soit il encadre sa pratique, et renonce par là-même à agir en Etat de droit, respectueux des droits fondamentaux de chaque individu, soit il met en œuvre les deux principes fondamentaux de la justice que sont la prévention et la répression. Cette deuxième solution se rapprocherait du type de gestion que l’Etat privilégie actuellement concernant la problématique du meurtre : essayer d’en limiter au maximum le nombre.

La prévention devrait reposer principalement sur quatre piliers : l’éducation affective et sexuelle responsable, afin d’éviter autant que faire se peut les grossesses d’adolescentes ; l’aide matérielle et financière aux femmes enceintes en difficulté et à leur famille ; le développement de structures d’accueil nombreuses et bien équipées, au sein desquelles les mères en état de grandes détresse puissent être accompagnées et hébergées ; et la facilitation de l’adoption, pour les cas ou les mères ou les parents ne peuvent subvenir aux besoins de l’enfant après sa naissance. Ce dernier point ne devrait pas être trop compliqué à mettre en œuvre, vu les listes d’attente considérables auxquelles doivent faire face les couples désireux d’adopter.

La répression devrait principalement concerner les médecins avorteurs, qui encourraient une radiation de l’Ordre. Les femmes ayant eu recours à l’avortement se verraient systématiquement proposer une assistance psychologique et seraient invitées à suivre un cycle de reconstruction de leur identité encadré par des médecins, des psychologues, des sages-femmes et … des  enfants.

Si dix millions de femmes ont eu recours au moins une fois à l’avortement rien qu’en France, je ne vous ferai pas l’insulte de vous donner l’estimation la plus minimaliste du nombre d’enfants qui n’ont jamais vu le jour. Le vieillissement de la population, une fatalité ?

On ne peut soutenir l’avortement qu’en apportant du crédit à l’une des trois affirmations traitées ci-dessus. On ne peut donc y être favorable qu’en niant les lois de la nature, en favorisant l’esclavage et le nazisme ou en bafouant l’Etat de droit. Un jour viendra où l’humanité reconnaîtra le génocide de l’avortement et où la question qui prévaudra, comme au lendemain de la Shoah, sera : qu’avons-nous fait pour empêcher ça ? Que n’avons-nous pas fait ?

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Damien Thomas

Fier belge féru de France, Fidèle défenseur de la famille, de l'enfance, Frondeur favorable au Roi, à ses façons, Farouche et cyranesque fanfaron, Damien Thomas, contributeur régulier de Cyrano.net, nous fait découvrir son amour immodéré de la politique, des arts et de la culture.