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La France de demain se construit depuis hier

La France de demain se construit depuis hier

Deux mondes semblent s’affronter. Un monde jeune, moderne, tourné vers l’avenir, comme le voudrait l’inéluctable sens de l’histoire et un monde dit ancien, vieillot, fripé et en décomposition se tournent le dos. C’est en tout cas ce que donne à croire l’état des lieux, un peu rapidement brossé. Pourtant, à y regarder de plus près la situation est loin d’être si binaire que cela. Incontestablement, une nouvelle civilisation tend à supplanter l’ancienne fondée sur l’héritage judeo-chrétien et helléno-latin, lui-même fortement inspiré des civilisations mésopotamiennes. D’une certaine façon, il y a bien un sens de l’Histoire. Mais à la différence de cette nouvelle époque, l’histoire tend à déployer l’existant que chaque époque féconde de son apport propre. Depuis deux siècles, le sens de l’histoire se veut rupture et non continuité. Et ainsi le monde dit nouveau est-il en rejet du monde voulu comme ancien. Mais ce monde pâtit de sa défaillance originelle et là sera son talon d’Achille. Refusant le passé qui l’a engendré, il se condamne à nier le réel et à fuir dans le virtuel, sciant ainsi la branche sur laquelle il n’est plus même assis. Il est du reste remarquable de constater que ce monde est sur la défensive constante, au point d’avoir sombré dans le totalitarisme idéologique dont l’arme principale est l’abrutissement des masses. Deux mouvements se conjuguent poussant cette civilisation vers sa propre fin : la dictature intellectuelle et l’illusion virtuelle. La première vise, d’une part, à faire oublier le passé par différentes méthodes dont le mépris et la réécriture de l’Histoire ne sont qu’un des aspects et, d’autre part, à imposer dans les esprits l’illusion d’un monde nouveau, créé ex nihilo. La seconde, appuyée sur la première, a pour but d’enfermer l’homme dans une bulle coupée du passé comme du futur et surtout du réel qui ne sera jamais que le seul présent. Le virtuel n’est pas seulement la dématérialisation informatique, mais surtout le décor d’un théâtre d’ombres dont nous sommes les marionnettes priées de ne pas quitter l’espace étroit et contrôlé de la scène. Mais le réel ne peut indéfiniment être nié et revient toujours comme le boomerang destructeur. Aussi, ce monde nouveau, en réalité, n’existe pas et tente d’imposer une civilisation par nature éphémère. Son effondrement est inéluctablement inscrit dans son code génétique. C’est plutôt une bonne nouvelle, même si les dégâts humains et spirituels seront considérables. Ils le sont déjà, du reste. Il suffit de regarder l’effondrement intellectuel, le moral globalement en berne des êtres humains et la détresse collective du monde. Ce n’est pas parce que les ordinateurs démultiplient la puissance analytique et logique que les niveaux culturel et de sagesse de l’humanité ont progressé.

En face, ou plutôt, en dessous, étouffé, un monde qui n’a de vieux que l’image que l’illusionniste voudrait lui donner. Pourtant, ce monde, bâti par des millénaires de transmission et de sagesse humaine, est le seul en prise sur le réel. Il n’est pas forcément le meilleur des mondes, mais à la différence du virtuel qui peine à s’imposer, lui, il est. Aussi, dans l’effondrement de la fuite en avant qu’un faux progrès tente d’imposer, ne resteront que les fondations, même mises à mal et ruinées, de ce monde hérité d’âge en âge. Alors, face à la déferlante « virtualiste » qui se débat comme un fauve blessé que pouvons-nous faire ? La prendre de front est impossible. Le rouleau compresseur à des moyens que nous n’avons pas. En revanche, une résistance culturelle est tout à fait possible. Il nous faut devenir, nous et nos enfants, des « conservatoires de la culture ». Des conservatoires pour transmettre et pour continuer à faire vivre. Il ne s’agit pas de figer l’Histoire, mais de lui donner corps pour que, par nous, elle habite le présent, comme ce fut le cas de générations en générations. Lorsque la chape virtuelle et mortifère craquera, ne resteront debout que ceux qui auront été forgés par la culture, la richesse de ce monde aujourd’hui refoulé, parce que ce seront les seuls à avoir construit dans le réel. L’hydre moderniste veut distiller son venin dans les esprits, les cœurs et les âmes ? Il y a quinze ans nous pouvions encore lutter face à face, mais aujourd’hui le raz de marée est incontrôlable. Nous ne pouvons que fortifier nos enfants, nos proches et nous-mêmes. Ils seront les piliers de la reconstruction de demain. En revanche, si nous négligeons de consolider ces fondations à venir, alors oui, le monde ancien, lui aussi, sera emporté dans la déflagration illusionniste. Se former, se cultiver n’est pas une option, c’est une nécessité vitale. C’est pourquoi Cyrnao.net, vous propose ses pages culturelles. Mais ce n’est là qu’une petite goutte d’eau, parmi d’autres.

Notre illustration « Le déjeuner d’huitres » – Jean-François de Troy – Château de Chantilly

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).