Le jour le plus court

Une chose est sûre : le changement au gouvernement, ce n’est pas tout à fait pour maintenant. L’annonce de la nomination de Manuel Valls à Matignon aura fait effet durant… un jour. Et puis, pour l’essentiel, on reprend les mêmes et on continue. A l’effarement succède très vite l’indignation, remplacée par le découragement. Il n’a donc rien compris ? Comment peut-il à ce point mépriser une nouvelle fois le peuple, après ce signal on ne peut plus explicite qu’ont été les élections municipales ? Tient-il donc à rester le président le plus impopulaire de la Cinquième République, faute d’autre record à décrocher ?

A dire vrai, ne faudrait-il pas plutôt se demander si c’est nous qui nous obstinons à ne pas vouloir comprendre ? Car les choses sont en réalité fort simples. Nos dirigeants ont une culture politique strictement machiavélienne. Ce qui signifie qu’ils réduisent la politique à une technique de pouvoir, de la prise de celui-ci à sa conservation. Toute approche morale de la question est donc hors de propos, et l’on ne saurait invoquer un quelconque bien commun. Il s’agit seulement de maintenir un équilibre entre les différentes forces qui s’exercent sur la présidence, afin de sauvegarder celle-ci et son cortège de privilèges. Une fois donc satisfait le rite de l’adresse au peuple, que l’on a forcément compris, on passera aux choses sérieuses et on satisfera ainsi un électorat dorénavant en attente d’un certain ordre, en nommant à Matignon celui qui à gauche peut répondre le mieux à cette attente. Puis on satisfera les professeurs de l’école publique, en même temps que la gauche du parti, en nommant à l’Education Nationale M. Hamon, sans doute la copie idéologique la plus conforme à M. Peillon que l’on pouvait trouver. Puis les radicaux de gauche en gardant Mme Taubira à la justice – c’est que, si électoralement les radicaux sont quantité négligeable, dans les loges ils comptent. Et ainsi de suite.
Il n’y a là rien de nouveau, c’est vrai. Ce qu’apporte Hollande toutefois, c’est qu’une fois de plus, les circonstances aidant, il dévoile les ficelles du métier, et de façon un peu trop visible. Les habits du premier secrétaire du parti, et de la synthèse, lui collent décidément trop à la peau. Tant et si bien que jamais sans doute on avait eu l’impression si forte d’avoir un chef de parti à la tête du pays. Régressant de manière encore plus visible à une Quatrième République dans laquelle le président aurait eu du pouvoir, et même presque tout le pouvoir, mais dans la dépendance vis-à-vis de ceux qui, réellement, l’ont fait élire, Hollande joue la logique d’appareil sans tenir compte du peuple de la manière la plus ouverte. Il contribue ainsi à saper encore un peu plus les institutions de la Cinquième, qui suppose le rapport du président au peuple, et donc à précipiter le pays dans une aventure qui devient chaque jour plus évidente, chaque jour plus proche.

La « Valls illusion » n’aura duré qu’un jour, un faux jour d’espoir peut-être pour certains. Il est assuré que rien de bon ne saurait surgir de ce remaniement. Seulement, le roi est plus nu que jamais, et ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Mais au-delà des personnes, il faudra bien parvenir à accepter que si nous voulons un renouveau, ce sont les principes mêmes de la politique qu’il faut changer, en acceptant de déposer Machiavel du trône.

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Guilhem Golfin

Guilhem Golfin

Docteur en philosophie, Guilhem Golfin est enseignant en lycée à Paris. Il s'intéresse tout particulièrement aux questions d'éducation, dans le cadre d'institutions telles que l'Institut éthique et politique Montalembert, dont il est directeur du comité scientifique, et la Fondation pour l’École.