La Hollandie vue d’Aristote….

Une polémique a ému un temps les milieux autorisés. Aristote était-il bien l’auteur de ces fameuses Constitutions d’Athènes ? Si l’habitude, dans l’école péripatéticienne, fut le travail collectif et si les recherches sur l’histoire de ces constitutions furent, très certainement, menées par les élèves du précepteur d’Alexandre le Grand, il semble bien qu’il soit, effectivement, le rédacteur final de ce texte dont nous vous proposons ici une lecture …choisie.
Bien que le philosophe soit très critique sur le système démocratique en soi, auquel il préférant le gouvernement de type aristocratique, il nous livre, cependant, une analyse historique de l’évolution démocratique athénienne.
Et … Il est saisissant de voir qu’en mettant quelques noms au goût du jour, la VIème République n’a rien à envier à la onzième constitution athénienne…
« A la suite de ces changements (apportés par Clisthène aux lois de Solon) la constitution devint bien plus favorable au peuple que ne l’était celle de Solon. (…) Clisthène en établit de nouvelles pour gagner la foule. (…) » Mais pour aller plus loin, « pendant trois ans on frappa d’ostracisme les amis des tyrans en vue de qui la loi avait été établie. » Ceci afin de protéger la démocratie. Ou plus exqctement le pouvoir de ceux qui gouvernaient « dans l’intérêt du peuple »
« Puis, comme l’État prenait plus d’audace et que beaucoup d’argent était réuni, Aristide conseilla aux Athéniens de se saisir de l’hégémonie (c’est-à-dire de maintenir sur les autres cité une domination) et de descendre de la campagne pour habiter la ville ; ils trouveraient tous de quoi vivre, les uns en allant en expédition, les autres en faisant le service de garnison, les autres en s’occupant des affaires de l’État et c’est ainsi qu’ils conserveraient l’hégémonie. Les Athéniens se laissèrent persuader, prirent en main l’empire et agirent plus despotiquement à l’égard de leurs alliés. (…) Et ils donnèrent à la foule les moyens de vivre facilement (…) car les tribus, les taxes et les alliés nourrissaient plus de 20 000 hommes. »
« Comme la foule augmentait, Ephialtès (…) devint chef du parti démocratique et s’attaque au conseil de l’Aréopage (vieux reste de pouvoir aristocratique encore prestigieuse). Tout d’abord il fit disparaitre beaucoup d’Aréopagites en leur intentant des procès au sujet de leur administration. Puis (…) il enleva au conseil toutes les fonctions surajoutées qui lui donnait la garde de la constitution et les remis, les aux 500, les autres au peuple et aux tribunaux. »
« Ce fut Périclès qui le premier donna une indemnité aux tribunaux, pour rivaliser de popularité avec la richesse de Cimon. En effet, Cimon (chef du parti des gens en vue, c’est-à-dire les riches, qui avait une fortune princière, d’abord s’acquit magnifiquement des liturgies publiques (charges publiques assumées par les riches) et de plus entretenait beaucoup de gens de son dème (commune) (…) En outre, aucune de ses propriétés n’avaient de clôture afin que qui voulait pût profiter des fruits. Périclès, dont la fortune ne pouvait subvenir à de telles largesses (…) reçut le conseil de distribuer aux gens du peuple ce qui lui appartenait, puisque sa fortune personnelle était insuffisante ; et il institua une indemnité pour les juges. C’est à partir de ce moment, à en croire les plaintes de certains, que tout a été plus mal, parce que les premiers venus mettaient plus d’empressement que les honnêtes gens à se présenter au tirage au sort. C’est aussi après que commença la corruption des juges. »
« C’est alors pour la première fois que le parti démocratique pris un chef qui n’avait pas bonne réputation pari les honnêtes gens. (..) Après la mort de Périclès, le chef des gens en vue fut Nicias (…) ; celui du parti démocratique fut Cléon (..) qui parait le plus avoir corrompu le peuple par ses comportements et qui le premier cria à la tribune y employa des injures et parla tout en se débraillant. (…) Après eux le chef de l’opposition (donc des riches) fut Théramène (…) ; celui du parti démocratique Cléophon (…) qui fut le premier à donner la diobélie (…) (deux oboles pour participer aux fêtes) puis Callicratès de Paiania le renversa en promettant, le premier, d’ajouter une obole aux deux autres. D’ailleurs on les condamna tous deux à mort plus tard ; car la foule, même si elle s’est laissée tromper, à l’habitude de détester ensuite ceux qui l’ont incité à faire quelque chose de mal. A partir de Cléophon, ceux qui ont obtenu la direction du parti populaire ont été, sans interruption, ceux qui voulaient le plus montrer de l’audace et de la complaisance pour la foule en ne regardant que le moment présent. »

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Cyril Brun

Cyril Brun

Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).