Quand la démocratie représentative ne représente plus rien, il reste….

Puisque le confinement est propice à la réflexion, nous vous proposons cet article paru le 7 novembre 2014

La crise politique actuelle nous invite à une réflexion de fond qui confine rien moins qu’à une remise en cause. Quand un président ne représente plus que quelques pourcents dans les sondages, quand l’Assemblée Nationale est désavouée par ceux-là-même qui l’ont élue, quand les régions et départements sont tenues par une majorité renversée, qui ces élus représentent-ils réellement ?

Nos démocraties, à la différence des régimes antiques qui pourtant nous servent de référence idéalisée, sont des systèmes représentatifs et non directs. Notre participation au pouvoir est déléguée. Nous ne décidons pas de nos lois directement, mais nous élisons des représentants pour voter ces lois. Or la crise de la majorité actuelle révèle combien ce système représentatif est anti démocratique. Sur la question du mariage dit pour tous, la plupart des électeurs de Monsieur Hollande disent ne pas l’avoir élu pour cela. Lui, faisant la sourde oreille estime avoir reçu caution de l’ensemble de son programme. Cet exemple national peut être démultiplié à l’échelon local.

 La crise de la majorité actuelle révèle combien ce système représentatif est anti démocratique.

Nous pouvons avoir voté pour un candidat, parce qu’il se rapproche de nos convictions. Mais il en diffère sur certains points, plus ou moins essentiels. Cet élu représente-t-il réellement celui qui l’a mandaté lorsqu’il vote en contradiction avec ce qu’aurait voté son électeur dans une démocratie directe ? Il peut même arriver que ce représentant du peuple ─ qui ne représente déjà que ceux qui ont voté pour lui ─ ne prête sa voix qu’à une minorité de son propre électorat. Quelle est alors la légitimité de cette nouvelle loi passée par une succession de tamis toujours plus fins ? La réalité est que le système représentatif de nos démocraties, sanctuarise une oligarchie d’élus donnant au peuple l’illusion démocratique. Certes, le peuple peut sanctionner les élus en ne votant plus pour eux. Mais ce souverain aux mains liés ne pourra faire autrement que de déléguer à un autre oligarque son pouvoir. Or ce système représentatif consacre la déchéance de la souveraineté populaire, laissant la réalité du pouvoir aux élus et aux lobbys, faisant pressions sur ces derniers.

Quelle est alors la légitimité de cette nouvelle loi passée par une succession de tamis toujours plus fins ?

La démocratie représentative est finalement la nourriture même de l’hydre lobbyiste qui se trouve être, sinon de jure, du moins de facto, le détenteur de la réalité du pouvoir. Quel que soit le lobby, qu’il soit dénommé comme tel ou sous la forme de la pression médiatique, de chantages divers, il exerce des pressions sur les représentants d’un peuple mis à l’écart. Parce que le lobby pharmaceutique fait pression sur une poignée de députés, des lois de bioéthiques leurs ouvrent les voies de la manipulation génétique, le tout dans la plus grande légalité, puisque ces élus représentent le peuple souverain.

Au nom de cette souveraineté du peuple, un petit nombre d’oligarques en vient à conduire le pays contre la volonté même du peuple et ce en toute impunité, parce que la loi (votée par de semblables oligarques) non seulement les protège, mais les consacre. Ils sont la voix du peuple. Cette voix est sanctuarisée, alors même que le peuple souverain est muselé.

Qu’à l’issue de la Révolution Française on ait eu besoin de représentants pour converger vers la capitale, peut s’entendre. Comment faire voter tout le peuple d’un pays si grand, en même temps au même endroit, comme autrefois sur la Pnyx à Athènes (où ne votaient que les citoyens effectivement présents) ? Mais aujourd’hui les technologies modernes ne justifient plus cette confiscation, par une caste, du pouvoir du peuple. On rétorquera que le peule n’est pas assez formé, en des matières si compliquées, pour décider de toute chose. Certes, mais pour parcourir les couloirs de nos assemblées, je ne suis pas certain que nos représentants soient plus épargnés par cette ignorance crasse. En outre, cela conduirait, très certainement, à une énorme simplification législative et, en définitive, à une plus grande liberté de ce pauvre peuple bêlant que nos chers représentants, maintiennent bien artificiellement dans sa grégarité.

Le quinquennat Hollande, révèle, de façon peut- être salvatrice, les limites extrêmes d’un système qui confisque le pouvoir pour se maintenir lui-même. A l’heure où il est de bon ton de discréditer les politiques, voulant leur substituer de vertueux héros issus de la société civile, peut-être serait-il bon de redonner la politique à la société civile qui en a été privée. Car cette ligne Maginot entre société civile et politique est une aporie et une illusion qui oublie que tout acte civil est politique et que tout ce qui touche ce « vivre ensemble » est politique.

La distance actuelle entre les réalisations d’une majorité qui ne représente plus guère qu’elle-même, et les aspirations du peuple est la plus éclatante dénonciation de l’illusion démocratique de notre sacrosainte République, prétendue pourtant une et indivisible.

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre