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Claude Guéant, des idées pour réformer

Claude Guéant, des idées pour réformer

Des idées pour réformer : les quatre axes de Claude Guéant

Mardi soir, à la Brasserie Jenny, Claude Guéant, avec convivialité et bonhommie, répondait, entre deux bouchées de choucroute, aux questions que lui posaient les quelques 70 convives de la Droite Libre et de l’Institut Montalembert.

La thématique principale, suggérée par le président du mouvement libéral conservateur, le préfet Pierre Monzani n’était autre que la sempiternelle question : « Comment pratiquer la réforme dans notre pays ? ».

Car la réforme de l’État est loin d’être en France une aspiration nouvelle. Sans remonter jusqu’à l’Ancien Régime, le ministère de la Fonction publique est officiellement en charge de la Réforme de l’Etat depuis … 1947 ! C’est dire si nous avons depuis longtemps conscience de la nécessité de transformer notre pays !

Claude Guéant, après avoir précisé que la tâche était ample, choisit de développer quatre axes. Nous supposons que ces choix reflètent ce qui semble le plus important aux yeux de l’ancien ministre de l’intérieur, ou ce qui lui paraissait le plus en phase avec son auditoire.

Deux remarques au passage : tout d’abord, le constat sans appel que pendant les cinq ans où l’équipe Sarkozy était au pouvoir, ce programme n’ait jamais été mis en œuvre, ensuite, le regret que les quatre axes défendus par Claude Guéant, aussi pertinents soient-ils, ne restent jamais qu’au niveau de simples mesures techniques.

Nous nous aimerions en effet, que nos responsables politiques finissent un jour par prendre de la hauteur (ou s’inscrire dans plus de profondeur) et nous parlent, non plus recettes de cuisine, mais sens, culture, civilisation et soyons fous, anthropologie !

Cependant, une pointe de profondeur et même d’âme dans le regard du ministre de Nicolas Sarkozy, s’est très nettement ressentie lorsqu’il a répondu, sans aucun détour et fermement, qu’il demanderait l’abrogation de la Loi Taubira. En confiant ses propres exemples de vie familiale, il liait enfin la politique à une vision de l’homme. Et tout à coup, le discours politique s’enveloppa de noblesse !

Voici néanmoins, pour ceux qui sont assoiffés de technique et de pragmatisme, les grands points que voudrait mettre en avant l’ancien conseiller du président Sarkozy, en cas de victoire de ce dernier aux prochaines présidentielles.

Accepter la mondialisation

Pour Claude Guéant, la mondialisation ne doit pas être considérée comme une concurrence déloyale, mais un appel à mieux tirer notre épingle du jeu, entendons être compétitifs sur nos services et nos produits. Dans cette perspective, les efforts devraient être portés, pour l’ancien ministre, sur l’innovation et la recherche (cultiver l’excellence ; favoriser les investissements d’avenir). Compétitifs sur les prix passe par une réduction du coût du travail, mais aussi par la réduction de la dépense publique (donc moins d’impôts et de charges).

Et l’ancien énarque de remarquer au passage que la dépense publique n’est pas moins vertueuse que la dépense privée, entendons, les investissements privés peuvent tout à fait produire d’aussi bons fruits que la dépense publique. Voilà qui plaira aux libéraux et autres partisans d’un redimensionnement du rôle de l’Etat dans l’économie !

Repenser la sphère publique.

Au fil de son discours, un maître mot de Claude Guéant semble apparaître : « moins de poids de l’Etat ». Les missions de l’Etat ont changé (l’aménagement du territoire n’est plus la même chose aujourd’hui que dans les années 60 par exemple). Avec lucidité,Claude Guéant, affirme qu’aujourd’hui, ce sont les entreprises qui font la croissance. Corolaire immédiat, l’Etat doit cesser de vouloir tout faire. Il doit donc se recentrer sur ses deux vocations principales : faire fonctionner les services publics et créer, pour le tissu économique, un environnement favorable (avec notamment un code du travail moins tyrannique). Bousculant certains « acquis », Claude Guéant affirme avec conviction que les effectifs de la Fonction publique ne sont pas immuables et que le statut du fonctionnaire constitue un handicap pour la société. Le coût abyssal des retraites ou l’impossible évolution des postes dans l’Education nationale (par exemple, concernant les disciplines dont certains professeurs ont été engagés à 25 ans pour des métiers qui n’existent plus). Quant à la fonction publique territoriale, il faudrait aussi la reconsidérer, tout comme les innombrables échelons administratifs prohibitifs pour maintes activités. Dans le même souffle, il invite à repenser les implications commune-intercommunalité (du fait de nombreux doublons). Cela suppose également que la carte des communes est à revoir en distinguant l’échelon d’identité de l’échelon de gestion.

Sauvegarder l’identité nationale.

Pour l’ancien locataire de la place Beauvau, il s’agit de rassembler les Français autour de certains principes qui font le « pacte républicain ». Nous aurions apprécié que Claude Guéant nous en donne l’exacte définition… Est-ce là le même que celui de Vincent Peillon ou Christiane Taubira ? Probablement pas, puisque Claude Guéant insiste sur quelques valeurs phare : respect des personnes, égalité homme-femme, solidarité, laïcité. En exigeant des nouveaux venus qu’ils adhèrent à ces valeurs, l’ancien ministre précise que l’intégration fonctionne davantage quand il y a moins de monde à intégrer.

Ici, derrière ce troisième axe, semblent se dessiner quelques soubassements idéologiques qui mettent en lumière une certaine vision de la civilisation. Mais il reste à comprendre quel sens ont pour M. Guéant les mots égalité, personne ou encore solidarité. Question pas si accessoire, quand on sait combien la déclinaison de ces concepts fourre-tout peut fonder une politique.

Réformer l’Europe.

L’Europe est une réalité essentielle que personne ne peut nier, Mais comment l’aborder quand nos concitoyens n’y adhèrent plus ? Comment redonner confiance à sa destinée ? Pour Claude Guéant, réaffirmons d’abord les principes essentiels européens : c’est là que commence la discussion ! Visons-nous une Europe des peuples ou une fédération ? M. Guéant penche pour l’Union des nations. Quelles sont les limites de l’Europe ? Point d’Ukraine ni de Turquie ! Bref pour l’ancien élève de Science Po et de l’ENA, il faut une Europe incarnée et simplifiée, pour plus de légitimité démocratique, sans craindre l’idée d’une Europe à géométrie variable. Mais avant tout, redonner foi en l’Europe avec de grands programmes (recherche, grands ouvrages …) et revoir le principe de subsidiarité ! Là encore, il va falloir discuter des termes ! Qu’entendons-nous par … subsidiarité ?

En un mot, dans un discours argumenté, Claude Guéant, devenu par ailleurs conseiller économique d’un groupe minier, a plaidé pour un programme non dénué d’intérêt, mais qui pose la question de fond… sur quoi est-il fondé ?

Une question reste donc en suspens, quelle est le socle des valeurs (concrètes et non rhétoriques ou médiatiques) qui nous garantira qu’un programme politique est bon pour l’Homme ? Car en définitive, la politique ne doit pas chercher à soulager des bobos passagers, mais à donner aux êtres humains que nous sommes les conditions d’un bonheur durable et structurant !

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