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Pour en finir avec l’homo economicus

Pour en finir avec l’homo economicus

Considérer l’humanité sous des appellations toutes plus ou moins labellisées est un exercice récurrent. Qu’il s’agisse des métaphores du type “l’homme est un loup pour l’homme”, “l’homme cet animal politique” ou du célèbre homo economicus, nous ne sommes pas au bout des innovations conceptuelles.

Le point commun de ces concepts sociologiques repose sur l’esprit calculateur, égoïste et rationnel qui prend le dessus lors des choix et arbitrages individuels. L’homo economicus est un être de maximisations ;  maximisations financières (gagner plus en dépensant moins) ou maxismisations utilitaristes (gagner plus en travaillant moins, préférer les tomates aux fraises…).

Ces constats scientifiques, porteurs d’idées nouvelles ont nourri la pensée positiviste des économistes néoclassiques du XIXe et en premier lieu celle de Léon Walras et Vilfredo Pareto, pères de l’école de Lausanne. Ils sont aujourd’hui la première entrée en matière pour permettre au jeune étudiant en économie de se familiariser avec la nature humaine. L’homo economicus établit le constat que l’homme est égoïste, cupide et dont les aspirations les plus élémentaires sont traitées par l’absurde. Une telle théorie économique a son sens lorsque les individus se partagent un même panier de biens et qu’ils sont issus d’une même condition. Ainsi, l’anticipation des aspirations utilitaires de la population permet un approvisionnement de l’offre pour répondre à cette demande maîtrisée. A cela, le jeune étudiant est chargé d’y remédier en offrant à cet individu chimérique l’assouvissement de ses désirs et ainsi de lui montrer le chemin de sa satisfaction. Cet individu porte en lui une formule, celle de son utilité et c’est en la dérivant qu’elle révèle son visage.

Chacun est aujourd’hui en mesure de formuler la critique d’un tel modèle. Cet être n’existe pas et n’existera jamais car la complexité même de l’environnement et la multiplicité des choix entravent une véritable prise de décision “optimale”, autrement dit les individus ont une “rationalité limitée” (Herbert Simon). Il s’agit bien là d’une reductio ad absurdum. Un tel débat s’opère à la marge et porte sur des concepts finements élaborés dans les ouvrages les plus sérieux. Pour autant, cette théorie n’est pas sans conséquence sur notre vie sociale et éclaire bien des évènements actuels.

La crise financière de 2008 et son cortège d’analyses n’a pas manqué d’illustrer la cupidité mondialisée d’hommes réfugiés derrière la poursuite rationnelle de leurs intérêts. Les questions d’éthiques font surface et les aspirations à une vie plus authentique naissent au sein de la jeunesse. Briser l’empire de l’homo economicus dans nos vies. Serait-ce un programme intellectuel ambitieux ? A chacun d’en juger mais il peut libérer une énergie que l’homo economicus a voulu brimer par son relativisme.

Où peut-on voir cet homo economicus à l’oeuvre sinon lors de grands débats touchant au plus intime de la nature humaine. La loi portant sur le mariage des personnes de même sexe vient servir cette conception de l’homme utilitariste et vient maximiser l’utilité sociale sous contrainte, convaincue de sa rationnalité. Souvenons-nous de l’argumentaire des partisans de cette loi et en particulier celui de Mme Taubira. “Qu’est-ce que cette loi enlèvera aux hétérosexuels? Rien”, “En vous opposant à cette loi vous privez des personnes de réaliser leurs rêves, vous leur ôtez des droits” et bien d’autres encore arguments inquiets présentant la raison menacée par la passion.

Cette loi est incontournable pour comprendre notre temps. Elle inaugure une série de lois toutes aussi fortes où la raison souhaite se dissocier de la vérité. Dans ce cas n’est-elle pas tout simplement un mensonge? La logique implacable de la rationalité utilitariste est troublante. Jusqu’où ira l’homo economicus que nous voyons aujourd’hui à l’oeuve?

En effet, avoir les moyens de faire des recherches sur l’embryon suffit à lever un interdit. Le moyen est aujourd’hui l’ersatz de la volonté. Pourquoi interdire lorsque c’est possible? Pourquoi priver un individu de poursuivre un projet s’il en a les ressources? L’homo economicus refait surface. Notre jeune économiste s’interdit bien de juger des choix de son individu. En maximisant sa fonction d’utilité il a obtenu des résultats, il a devant lui l’étendue des choix possibles mais rien ne l’autorise à en exclure un. Ainsi a joué le gouvernement. Dès lors qu’une option est réalisable elle semble exister. Refuser de la réaliser serait s’opposer à la réalité et donc aller contre une certaine conception de la liberté. Nous comprenons alors combien cet arbitrage devient périlleux lorsque des valeurs sont en jeu.

Le nihilisme d’un individu utilitariste est compréhensible voire normal. Cet individu ne supporte rien de plus qu’une critique et comme chacun sait, la critique est aisée mais l’art est difficile. Alors comme l’homo economicus, mettons-nous en mouvement. Etudions toutes les options, faisons des choix positifs, améliorons notre satisfaction, nos préférences, mesurons nos ressources et maximisons notre désir. A tous ces moyens donnons un sens. Donnons un sens à nos actions, à nos projets. Si la raison de l’homo economicus réside dans la révélation de tous ses choix soyons plus ambitieux et poursuivons un choix et un choix qui nous humanise. Choisir de poursuivre la vérité par exemple. L’homo economicus a des vérités, mais n’ayons pas peur de croire qu’il y a une vérité, qu’elle est humainement audible et viable. C’est ainsi que nos choix peuvent trouver une unité dans cette vérité et réaliser pleinement et authentiquement l’homme que nous sommes appelé à devenir. Nous avons de nombreux indices pour cela: la joie, la paix, l’unité. La jeunesse et les universités peuvent donner des mots à cette quête, et élaborer un langage qui parle aux hommes en vérité. N’ayons pas peur de croire que ces motivations sont plus enrichissantes que la simple tolérance ou la poursuite de l’égalité. Affaire à suivre.

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A propos de Barthélemy Touvet

Etudiant en master de finance à l'Université Paris-Dauphine