L’illusion statistique – (2/2)

Qui indique l’indicateur ?

Il convient pour finir de nous intéresser à l’application desdites statistiques au monde actuel, et à ses incohérences.

Un premier exemple est décelé dans la différenciation des indicateurs de mesures, rendant proprement cacophonique les échanges entre statisticiens prétendant à l’économie. L’on citera ainsi le fameux Produit Intérieur Brut (PIB), censément mesure de la richesse nationale, et pose le souci de la valeur d’un produit de marché sélectionnée à un instant t de manière arbitraire ou basée sur la moyenne des prix dudit produit au cours de l’année, en rappelant qu’en économie prix et valeur ne sont pas toujours synonymes…

Un autre est perceptible dans les mesures elles-mêmes. Ainsi, en statistiques, si deux données se succèdent régulièrement, la première détermine d’une certaine manière la seconde, et par une fraction quantifiable, pensez-vous bien. Ceci tombe naturellement sous le joug de la fameuse locution latine post hoc, ergo propter hoc, rappelant bien que le fait que de traverser la rue tous les matins à huit heures ne détermine pas à 0,3% l’apparition de la marée basse 200 kilomètres plus loin. Penser autrement relève de la théorie du chaos, laquelle n’est, précisément, au mieux qu’une théorie, au pire l’équivalent macroéconomique du vaudou.

Mais, si de telles conceptions et mesures n’étaient que prétention au savoir amenant une économie fictive dont on laisserait la course se poursuivre, ce papier n’aurait, au fond, aucun autre mérite que son humour douteux et sa prose hésitante. Bien entendu, ces « indicateurs » et leurs inventeurs n’arrêtent point leur démarche ici. Débute alors le métier d’ingénieur social, appellation ignoble s’il en est, liée là encore à une vision purement mécanique et inhumaine du monde.

Soulevons le lièvre capricieux de l’inflation. Son ouïe, hors du commun lorsqu’il s’agit d’altérer la mesure de la hausse des prix **, est close quand certains éléments, pourtant cruciaux dans les vies des hommes, échappent à son regard. La hausse du prix du baril de pétrole ne fait pas l’objet de cet agrégat, contrairement à celui du grille-pain, entre autres. Le biais de l’observateur est absolument évident ici…

Revenons au PIB. Est quantifiée ici la richesse totale d’un pays. Pourquoi cela, demande-t-on ? Le monde dans sa globalité n’est-il pas concerné ? Non, assurément, et la cause demeure évidente : au sein d’une économie nationale, un état est plus à même de justifier son action, quand bien même son évaluation serait biaisée, manipulée, et truquée par cette fausse perfection algébrique.

Cet article s’achèvera sur un consensus. Léon Walras appelait au développement de son « économique mathématique », et à la gloire de celle-ci. Nous poursuivrons son rêve qu’un jour, justice lui soit rendue.

 

**Puisque l’inflation n’est que cela au sein de l’école dominante, et non, comme la logique pourrait le supposer, l’accroissement de la quantité de monnaie en circulation. La raison en est simple : cette nouvelle définition rendrait caduque l’idée qu’inflation et chômage ne peuvent aller de concert, ce que pourtant toutes les crises nient déjà. Ceci est un nouvel exemple de biais vers le contrôle étatique.

Aux lecteurs désirant accroître leur connaissance du sujet :

-Sur la question du calcul en économie socialiste : Lucas Engelhardt,« Central Planning’s Computation Problem » in Quarterly Journal of Austrian Economics, Summer 2013 (en anglais)

-Sur le rôle de la sociologie : Raymond Aron « L’opium des intellectuels », 1955 et Friedrich Hayek « Scientisme et sciences sociales »

-Sur l’insuffisance des mathématiques dans la problématique du savoir : Friedrich Hayek « La présomption fatale » (1988), « Individualisme et ordre économique » (1948) et « The Use Of Knowledge In Society » in The American Economic Review, 1945, ainsi que les premiers chapitres de Ludwig Von Mises, « L’Action Humaine » (1949)

-Enfin, pour s’enivrer de la prose égotiste de Léon Walras, le passage cité est issu de l’introduction à ses « Etudes d’Economie Sociale » (1874).

 

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Léopold Le Ruyet

Etudiant en master de recherche économique à l'Université Panthéon-Sorbonne