Diplomatie : le Vatican rappelle l’urgence du Bien Commun

Notre spécialiste des questions romaines, Rose de Sainte-Claire, a décrypté le discours du Pape au corps diplomatique. En recevant, comme chaque début d’année, les ambassadeurs auprès du Saint-Siège, François en a profité pour faire un tour du monde des défis et perspectives à mener ! Dénonçant clairement l’individualisme, l’indifférence, le repli sur soi, il a appelé à une ouverture du cœur et à une plus grande solidarité internationale.

Le Pape François n’a pas l’habitude de la langue de bois, ou de buis. Face à la grave urgence migratoire, il juge utile de marteler : « les conséquences des choix de chacun retombent inévitablement sur la Communauté internationale tout entière » ! Tout est lié. Dans la conjoncture actuelle, un Etat ne peut ainsi penser à des solutions de façon individualiste, sans prendre en considération le développement des autres nations ! Soulignant que « les migrations constitueront un élément fondamental de l’avenir du monde, plus qu’elles ne l’ont fait jusqu’à présent, et que les réponses pourront être seulement le fruit d’un travail commun, qui soit respectueux de la dignité humaine et des droits des personnes. », il poursuit alors : « C’est l’arrogance des puissants qui instrumentalisent les faibles ».

Tout est dit dans cette phrase clef du discours de François. Le monde contemporain souffre trop  des calculs politiques, économiques ou géostratégiques des Etats plus développés, dont l’attitude est malheureusement bien souvent dictée par des motifs intéressés. A l’échelle des nations comme des personnes, la bienveillance vers le faible, qui n’est pas la naïveté et qui n’exclue pas la fermeté, doit être le principe fondateur des relations internationales, dans le désir du Bien Commun.

Puis, poursuivant son discours, le Pape a fait part de sa gratitude envers « toutes les initiatives prises pour favoriser un accueil digne des personnes » et pour « l’engagement des pays qui ont eu une attitude généreuse de partage », nommant explicitement le Liban, où les réfugiés constituent un quart de la population globale. Il a appelé les diplomates à engager « un dialogue franc et respectueux entre tous les pays impliqués dans le problème – de provenance, de transit ou d’accueil – pour que, avec une plus grande audace créative, on recherche des solutions nouvelles et durables » !

Le fond du problème, c’est l’individualisme, que dénonce avec vigueur Jorge Bergoglio.  Pour le Pape argentin, cet esprit constitue « un terrain fertile pour la maturation de cette attitude d’indifférence envers le prochain ». Cette manière d’être revient à traiter l’autre comme « simple objet d’achat et de vente, qui pousse à se désintéresser de l’humanité des autres et finit par rendre les personnes craintives et cyniques. » Une façon d’interpeler nos contemporains sur les dégâts causés par le matérialisme ambiant et la course à la consommation et aux richesses, dans nos sociétés occidentales déchristianisées.

Alors que le terrorisme a lourdement frappé l’Europe en 2015 et que l’Etat Islamique poursuit son œuvre destructrice aux Proche et Moyen-Orient, le Pape François a finalement abordé l’extrémisme et le fondamentalisme. Ces deux idéologies « trouvent un terrain fertile, non seulement dans une instrumentalisation de la religion à des fins de pouvoir, mais aussi dans le vide d’idéaux et dans la perte d’identité – aussi religieuse – que connaît dramatiquement l’Occident ».  « D’un tel vide, poursuit le Pape, naît la peur qui pousse à voir l’autre comme un danger et un ennemi, à se refermer sur soi-même en se retranchant sur des positions préconçues ».

Très active, la diplomatie vaticane mène un jeu discret, mais essentiel pour la résolution des crises dans le monde. On l’a constaté sur le dossier cubain récemment. Devant les chocs répétés que vit le monde aujourd’hui – en Ukraine, Irak, Syrie, Corée du Nord, mais aussi par la menace internationale que constitue le terrorisme islamiste –  l’appel du Pape sonne comme un cri destiné à nous ouvrir le cœur et nous organiser pour trouver des solutions plus franches, pour le Bien de tous.

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Rose de Sainte-Claire

Ancienne correspondante d'une agence de presse à Rome, spécialiste des religions et de l'Eglise catholique, Rose de Sainte-Claire est journaliste et collabore à Cyrano.net et à d'autres revues religieuses et profanes.