Une halte gastronomique dans la ville des Roses de Le Sidaner

Lorsqu’Henri Le Sidaner plantait une rose pour chacun de ces nouveaux tableaux peints à Gerberoy, se doutait-il qu’un jour ce petit village médiéval fortifié se souviendrait davantage de ses fleurs que du séjour du bon Roy Henri, au point de se surnommer « ville des roses » ? Sa discrétion légendaire ne devait pas même espérer un tel honneur, bien qu’il fût celui qui redonna à ce village endormi un second souffle aux arômes de roses.

C’est sur ces saveurs sucrées que le chef du Vieux logis de Gerberoy propose une cuisine du terroir. Terroir du pays de Bray avec ses délicieux formages (à découvrir sans réserve) ; terroir des roses du jardin Le Sidaner (à visiter absolument) ; terroir ancestral avec les barbecues médiévaux.

Les avis très contrastés sur cette auberge nous laissent pantois et bien que nous ayons été fort bien accueilli pour une très bonne table de saison, la sécheresse des avertissements au lecteur sur la page de garde du menu, le peu d’allant des serveuses nous laissent malgré tout subodorer que, parfois, l’accueil peut se révéler plus froid. Il est vrai que nous sommes tellement bien mis en garde que nous nous demandons si celui qui aurait la hardiesse de sortir des clous bien plantés ne se trouverait pas sur le champ pendu aux fourches patibulaires qui durent se dresser au faîte du village du temps des seigneurs du lieu.

Toutefois, pour celui qui accepterait les règles du jeu, nous n’aurions aucun mal à recommander cette belle salle ornée de cuivres rutilants et sa cuisine sachant tenir la rudesse du terroir forestier et la finesse de sauces équilibrées. C’est ainsi que nous avons su apprécier le feuilleté aux trompettes de la mort dont l’équilibre entre la délicatesse de la sauce et la légèreté des sous-bois nous ont ouvert l’appétit par une petite traversée sylvestre jusqu’à la croisée des chemins où nous avons pu nous délecter d’un civet de biche aux cerises parfaitement cuit. Une viande bien gouleyante, sans aucune sécheresse de la chair, accompagnée d’une purée de pomme de terre vanillée tout-à-fait à propos.

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Après cette promenade champêtre, nous vous conseillons de tester les surprenants fromages locaux qui mériteraient à eux seuls un article cyranesque. Que ce soient la tomme au foin, le chèvre du pays de Bray ou plus encore le fameux Rollot et bien entendu le célèbre Neufchâtel qui ne se présente plus, voilà autant de saveurs laitières à découvrir sans retenue.

Bien que la carte soit peu variée et relativement chère, vous pourrez découvrir un crémant de Bray à la Rhubarbe qui vaut le détour. Un ensemble sans aspérité, ni acidité, bien tempéré par le fruit filandreux, à prendre en apéritif ou avec le dessert.

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Desserts à base de rose, Le Sidaner oblige, mais aussi de violettes ou de lavande, pour terminer votre promenade sylvicole par un retour apprécié en longeant l’olfactif jardin de plantes qui, pour être odorant, réussit la prouesse, qu’il faut souligner, de ne pas être écœurant, comme ces parfumeries où se mélangent jusqu’au dégoût les effluves débridées à la mode. Ici, au contraire, les arômes tiennent colloque entre eux avec la légèreté de l’insouciance en laissant au gastronome comme l’effluve d’un parfum de femme déjà disparue aux yeux de l’amant envoûté.

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