Evasion Gastronomique

En 1968, Michel Audiard sortait son premier long métrage : Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, et même si ce n’est pas le propos de cet article, je profite de l’opportunité pour vous recommander ce délire cinématographique riche en répliques cultes, en  situations absurdes et autres cocasseries bien françaises. Ce premier petit écart étant fait, j’entre dans le vif du sujet : je ne parlerai pas du film mais je vais tout de même vous parler de canards et pas n’importe lesquels.

 

A ceux qui un soir se promèneraient dans Paris et se trouveraient en rade de bonne adresse, ceux qui veulent se faire plaisir, oublier une heure ou deux les problèmes du boulot, le stress causé par les spectaculaires avancées de la modernité et l’angoisse des surprises plus ou moins drôles que cette même modernité nous réserve, à ceux qui aspirent à s’évader de l’actualité pour découvrir une autre France, je vous conseille vivement d’aller errer à la croisée du 9ème et du 10ème arrondissement, rue du Faubourg Poissonnière. Vous ne pourrez manquer de tomber au début de la rue sur le restaurant Les deux canards, dont vous trouverez immanquablement la porte fermée. La tradition veut en effet que ce soit le patron qui vienne vous ouvrir, une habitude qui remonte à l’occupation.

Là commencera votre initiation : les nouveaux venus sont soumis au rite initiatique de la recette de cuisine; il s’agit d’une recette toute simple, à chaque fois différente, enseignée par le patron en personne, elle pourrait bien vous servir un jour qui sait?

Ces premières étapes de l’évasion effectuées, le voyage se poursuit, et après avoir testé la voie des airs en prenant en apéritif le Rouge Gorge – à découvrir!-, à vous de choisir si ce sera par voie terrestre ou maritime. Vous pourrez par exemple commencer par des couteaux à la persillade, ou si vous êtes plus terre à terre des escargots, puis plonger dans le sud-ouest avec un foie gras poêlé, son accompagnement de pommes de terre et son coulis de myrtille  – à moins bien sûr que le canard à l’orange ne vous tente – , le tout sur fond de côte du Rhône.

Seule règne en souveraine la gastronomie française, avec son cortège de traditions, de richesses et de saveurs dont l’agencement savant suscite l’apaisement

Le service est prompt, mais c’est vous qui prenez le temps, par la force des choses : la configuration, la décoration, le patron et ses plats, tout vous pousse à rester, à ne rien brusquer, à savourer. Ici la modernité n’existe pas, la dictature du « toujours plus vite » n’a pas cours, seule règne en souveraine la gastronomie française, avec son cortège de traditions, de richesses et de saveurs dont l’agencement savant suscite l’apaisement, véritable luxe de nos jours. Ajoutez à cela la convivialité naturelle qui naît de cet ensemble : les tables vous rapprochent les uns des autres, et les clients peuvent facilement devenir, le temps d’un dîner, des personnes avec lesquels se noue le dialogue…bien entendu toute conversation partira d’une appréciation des mets ou d’une demande de conseil auprès des habitués.

Les desserts ne décevront pas non plus, en particulier la crème brûlée, qui est brûlée sous vos yeux, et que vous découvrez avec ravissement une fois l’épaisse fumée et les rires dissipés. Le digestif est de mise et vous permet un retour en douceur à la cynique réalité.

De cette expérience gastronomique je retiens l’impression d’évasion : le cadre, les plats et les vins ravissent le corps, l’ambiance, le patron et les convives ravissent l’esprit. Et si on prenait plus souvent le temps de s’évader?

Ultime précision, avec comme nous avions commencé, une référence à Audiard : « Le prix s’oublie, la qualité reste! »

 

 

Commentaires

commentaire