L’Hermione, frégate de la Liberté

Deux-cent-trente cinq ans après le départ de la frégate qui emmena le marquis de La Fayette et ses compagnons en Amérique rejoindre les insurgés américains, l’Hermione appareille ce week-end pour un nouveau voyage vers les Etats-Unis.

C’est amoureusement que depuis 1997, à Rochefort, dans l’ancien arsenal abandonné par la Marine nationale, une équipe de passionnés constitués en association a lentement reconstruit l’emblématique frégate, symbole de l’aide que la France apporta aux États-Unis dans la conquête de l’Indépendance et de la Liberté.

De la barre à roues au mât qui culmine à 54 mètres au-dessus de la quille, sans compter le millier de poulies, la frégate, qui navigue depuis quelques mois, représente un immense puzzle d’environ 400.000 pièces de bois et de métal, façonnées à l’ancienne mais épousant toutes les contraintes de la modernité.

Avec 65 mètres de longueur, 11 mètres de large, et  5 mètres de tirant d’eau, l’Hermione a tout d’une grande ! Sur une bonne brise, elle peut gonfler ses 1500 mètres carrés de voilure, qui lui donnent l’allure fine et majestueuse d’un oiseau filant sur l’eau.

L’heure de gloire du Héros des Deux Mondes

Le marquis de La Fayette n’avait pourtant pas, a priori, le pied marin. Rien n’indiquait que ce rejeton d’une des plus vieilles familles de la noblesse d’Auvergne, l’une des premières fortunes de France, irait faire le coup  de feu en Amérique. Riche orphelin de 19 ans, entré dans la puissante famille de Noailles à l’occasion de son récent mariage avec la fille du duc d’Ayen, il se montre cependant tout à fait dépourvu d’esprit courtisan, ce qui représente à Versailles un véritable obstacle à la brillante carrière administrative ou militaire à laquelle il pourrait rêver. Finalement, les choses n’ont pas tellement changé : la jeunesse, hier comme aujourd’hui, se refuse aux compromissions… Il lui faut une entreprise et un idéal !

Voilà donc La Fayette jeune officier, en garnison à Metz en 1775. Enthousiaste et passionné, le marquis,  y fréquente salons, loges et clubs, où l’on débat des idées nouvelles et de la Révolution américaine, qui est dans toutes les conversations.  A l’occasion d’un fameux souper organisé par le comte de Broglie pour le duc de Gloucester,  il prendra la résolution de prêter son épée aux Américains à combattre contre le Roi d’Angleterre et à conquérir leur indépendance. Alors que la France est encore officiellement en paix, un héros romantique naît !

Il faut dire que l’engagement de La Fayette, contre la volonté personnelle de Louis XVI, aura un retentissement énorme. Les Anglais sont des adversaires constants et insatiables. Le jeune âge de La Fayette, sa  fougue désintéressée – il paiera son équipement et son voyage interdit – ont de quoi plaire à la bourgeoisie et la noblesse, en mal de service et de générosité.

En cela, on peut dire que le futur Héros des Deux Mondes tira la bonne carte. Il connut là son heure de gloire, qu’il ne cessera toute sa vie de rechercher ! Auréolé de son image romanesque, personnage peu politique mais aimé, il traversera ainsi la Révolution, l’Empire et la Restauration sans heurt ni génie, conservant un prestige sans égal parmi ses contemporains mais sans jamais jouer le rôle crucial qu’il aurait cru à sa mesure.

Les voyages en Amérique

Tout le monde connaît l’Hermione, mais peu savent que le premier voyage de La Fayette, en 1777, se fit sur un navire marchand de 250 tonneaux, La Victoire, armée de 2 canons et trente hommes d’équipage et transportant une cargaison de 5 à 6 000 fusils.

Après une courte-poursuite destinée à duper les espions anglais et le ministère royal, La Fayette embarque finalement, le 26 avril 1777, en Espagne, pour l’Amérique. Après les combats de l’été et l’hiver rigoureux qui suit, le jeune Français se fait accepter par les chefs des Insurgents, qui ne peuvent qu’admirer son courage et son désintéressement. De retour en France, alors que l’alliance franco-américaine vient d’être signée, il sert de relais à la cause américaine : sa propagande est un véritable succès, l’opinion française soutient l’intervention.

En 1780, c’est donc les honneurs et très officiellement que notre héros revient, sur l’Hermione !

Le 18 avril, il débarque à Boston et annonce au général Washington l’arrivée imminente des renforts envoyés par Louis XVI. La suite est connue : en 1782 la victoire de l’amiral de Grasse dans la baie de Chesapeake permet la reddition du général britannique Cornwallis à Yorktown. La guerre est terminée, la cause américaine et La Fayette triomphent !

L’Hermione, fier symbole de la Liberté

On comprend mieux le prestige de La Fayette aux Etats-Unis. Sans le courage un peu fou de ce jeune homme riche et désœuvré, qui aida à l’alliance franco-américaine, la guerre d’Indépendance Américaine n’aurait pas basculé en faveur des Insurgents. Ainsi est l’Histoire, souvent faite de clins d’œil et de brillants coups d’éclat, que le meilleur sociologue n’aurait pas prévu !

Ce panache et cette abnégation, c’est également celui de ces amateurs d’histoire qui patiemment ont travaillé pendant des années à la renaissance de ce bateau ! Devant de 4000 personnes sur des embarcations et 70.000 spectateurs attendus, quand l’Hermione remontera lentement la Charente vers l’Amérique, ce sera aussi leur fête ! Et quand le 5 juin, au terme d’un long voyage transatlantique, l’Hermione, ses 56 gabiers volontaires et ses 17 marins, accostera enfin à Yorktown, nous célèbrerons ensemble l’amitié franco-américaine, inaugurée par La Fayette et par la Monarchie.

 

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Grégoire Renaud

Grégoire Renaud

Ingénieur de formation, Grégoire Renaud s'est investi ces dernières années dans le monde associatif. Président et fondateur du site Cyrano.net, il est passionné par les voyages, la littérature, l'histoire et la poésie.