Thanks mister George ! un peu d’âme jazz sur le lac d’Aix les bains !

Pour leur neuvième année, les nuits romantiques du lac du Bourget recevaient Gershwin. Comment ce fils d’exilé russe, imprégné de cette culture populaire noire américaine, aurait-il mis en musique ce lac romantique s’il l’avait connu ? Lui, habitué à ce qu’aujourd’hui nous appelons le choc des cultures, auraient assurément trouvé l’unité profonde entre ce qui fit l’émoi de Lamartine et l’étonnement de l’américain.

C’est en tout cas un concert bien policé qui nous attendait, ce samedi, soir pour clore cette saison, dédiée pourtant à celui qui sut faire jazzer les canons les plus classiques de notre grande musique. L’exécution était techniquement excellente ! Le niveau individuel des musiciens de l’orchestre Jan Talich de Prague n’avait d’égal que l’excellence qu’ils ont su donner en commun. Mais, si le cœur y était, si la joie était bien là, tout droit sortie du bain des jeunes instrumentistes dans les eaux un rien fraiches du lac, il manquait de bout en bout (ou presque) cette âme d’un peuple pour qui blues et jazz sont les autres nom du sang qui coule dans leur veine.
Assurément, si la soirée fut des plus agréables, il lui a fait défaut ce feu qu’on étouffe toujours quand l’excellence de la technique n’est pas portée par une histoire, une vibration presqu’existentielle. En fait, la soirée était trop « philharmonique ». L’épaisseur orchestrale, qui fut parfaite pour Chostakovitch, se révéla un vêtement trop raide, pour réellement danser avec les notes. Les syncopes, trop « classiques », alourdissaient une ligne musicale finalement décousue, particulièrement dans un Américain à Paris, dont l’exécution ressemblait trop à une juxtaposition de motifs disjoints. Nuançons tout de même ces propos, peut-être un peu secs, en faisant une mention particulière de sa reprise en bis, beaucoup légère et enlevée. Porgy and Bess, quoiqu’opéra « noir » s’il en est, ne se départit pas non plus d’un certain embonpoint orchestral. Mais ce qui fit la différence se trouve dans l’excellent jeu de nuances et d’épaisseur, de volume instrumental qui surent donner par là, un peu de ce relief qui manquaient au rythme.

I got rythm, par contre, fut le moment le plus réussi. Expressif, libre et finalement joyeusement sobre, toute l’âme à laquelle Gershwin nous a habitué était bien là et ce fut un moment de plaisir d’autant plus appréciable que la Rhapsodie in blue fut pour sa part très convenue et même, décevante. Le piano souvent noyé dans la masse de l’orchestre ne donna rien de très émouvant. Il est surprenant de voir un soliste comme David Bismuth arriver avec sa partition surtout pour un morceau si court. Sans doute cela explique-t-il le manque d’élan et de liberté de cette rhapsodie décidément bien éteinte.

Mais sous ces remarques, un peu sévères et peut-être exigeantes, notons surtout que le public par ses rappels a bel et bien témoigné qu’il avait passé une soirée agréable. Alors Thank’s George !

Samedi 4 octobre 2014
20h30 – Centre des Congrès – Aix-les-Bains
« Bye Bye George »
Orchestre Philharmonique Jan Talich de Prague
David Bismuth, piano
Johan Farjot, direction

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est journaliste du vin, critique gastronomique, historien, philosophe et ancien chef d'orchestre Diplômé de maitrise du vin, il est dégustateur et formateur, journaliste et critique gastronomique pour plusieurs magasines ou sites. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique, rédiger un guide oenotouristique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il a été directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il en est le directeur de la rédaction. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre