Saint Remi reçoit l’hommage de Brahms

Saint Remi reçoit l’hommage de Brahms

Sobre, présente, la première note s’extirpe avec douceur du silence. Avec la même excellence, chaque instrument, chaque voix se découvrira peu à peu au-dessus du néant préexistant et sur lequel avec une finesse et un à propos qui ne se démentiront pas, Hervé Niquet tissera toute la majestueuse partition de Brahms, lui donnant lustre et âme, sans jamais se départir de la douceur, de la rondeur chatoyante du velours. Parfaite unité du chœur et de l’orchestre s’unissant sur une même ligne, se tressant d’un même fil, avec une fluidité extrême et structurante. Pas une note laissée à elle-même, pas une retombée maladroitement épuisée pour briser la ligne musicale et le discours, tenu de bout en bout, jusqu’à l’intérieur de chaque note jouée pour elle-même. Tout n’est que respiration. L’âme de ce requiem est toute entière portée par ceux qui prient pour le mort et jusqu’au mort lui-même exaltant et suppliant d’outre-tombe un Dieu campé dans sa puissance et sa tendresse.
Ce fut comme un chant d’orgue uni dans un orchestre que jouait son chef et dont l’ondée magique, parfois éclatante, souvent feutrée, se propageait sous les voûtes et les croisées d’ogives de la basilique Saint-Remi de Reims. Brahms retrouvé dans sa puissance et sa finesse, perceptible au travers de ces incroyables montées en puissance, formant un tout d’une même trempe du pianissimo au fortissimo. Loin des rouleaux compresseurs auxquels la génération Karajan avait cantonné Brahms, l’orchestre comme le chœur et les solistes glissent sur le silence et l’habitent d’une émotion si profonde qu’il nous semble entendre pour la première fois ce Requiem allemand que Bizet déjà portait aux nues.
Une soirée d’une douceur aussi angélique que le sourire de l’ange de la cathédrale de Reims, aussi suave que son champagne et d’une dignité qui n’avait rien à envier aux cérémonies du sacre. Reims, ce jeudi soir, s’est toute entière retrouvée entre ces murs, comme un hommage vibrant au saint qui reposait dans le chœur de la basilique embaumé une nouvelle fois par la grâce d’un concert émouvant de vérité et de profondeur.

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre