Rouen – Boieldieu retrouve Corneille par la magie de ses enfants musiciens.

Si la chapelle du lycée Corneille, toute parée de neuf, n’a pas retrouvé sa vocation liturgique initiale, elle a cependant, hier, repris sa destination première en accueillant un ensemble d’enfants-musiciens du collège Boieldieu de Rouen, pour un programme, ma foi, fort à propos et plaisant. A l’occasion d’un projet musical associant l’orchestre de l’opéra de Rouen et les classes de sixième du collège, placé sous le patronage du grand musicien rouennais, le compositeur Karl Naegelen a écrit pour eux un éveil sonore, particulièrement bien pensé, au-delà du plaisir musical réel qu’il sut procurer au public de la chapelle, pour grande part constitué des familles et amis des jeunes musiciens.
Pour qui s’aventure dans l’expérience particulière de la musique d’ensemble pour jeunes enfants, il faut tout autant avoir à l’esprit le niveau technique que la difficulté réelle de coordination d’un groupe à qui il convient d’abord d’apprendre à « être ensemble au même moment ». Le tout perdu derrière un orchestre éloignant d’autant le chef, qui, pour des jeunes, reste toujours un impressionnant personnage. Premier semestre réussi en tout cas. Certes, il y eut un ou deux dérapages, mais autant dire rien et sans aucune gêne pour la musicalité du moment. Performance d’autant plus remarquable que la partition, fruit de l’histoire même du compositeur, n’avait rien de commun avec la simplicité d’une ligne mélodique traditionnelle, agrémentée d’accords ou de doubles voix. Loin s’en faut ! Revenu de Java, où il enrichit sa passion pour les musiques extra-européennes, c’est avec une écriture rythmée et riche de cette « diversité » musicale qu’il a écrit, en pensant à ces protégés de Boieldieu, cet éveil sonore en sept parties qui puisent l’histoire « du chant des hommes-lianes » dans un conte de Papouasie Nouvelle Guinée. Rythme utilisant les diverses possibilités du corps, mains, jambes, bouche, mais aussi quelques percussions originales, partie déclamée nécessitant un véritable travail de diction et d’élocution et chant qui, s’il n’avait pas les techniques vocales de l’art, avait assurément pour lui une certaine justesse, quoique les fins de phrases aient pâti de la déficience technique. La composition, surprenante, déconcertante de prime abord, tient cependant une véritable unité dans la durée expressive comme dans l’épaisseur, pourtant variée du matériel sonore, qu’il soit vocal ou instrumental.
Si l’orchestre s’est révélé tout à fait à son aise dans cette modernité, donnant parfois l’impression de se distraire lui-même, Liszt, comme Mendelssohn ne semblent pas, en revanche, l’avoir convaincu. Dans l’une comme dans l’autre pièce, les retours d’archets, couinaient sans soin, les départs des pizzicati étaient approximatifs, à l’image de l’unité de la ligne musicale qui semblait n’enfiler qu’une juxtaposition de parties, comme d’instruments. Les pupitres eux-mêmes semblaient en leur sein se désolidariser, laissant à Liszt, comme à Mendelssohn, une désagréable discontinuité hachée, saccadée, d’où grinçaient des nuances plus scolaires que délicat rapport au silence. Désagrément d’autant plus dommageable à l’Angélus de Liszt que son écriture trouve normalement son relief dans ce tissage de respirations où les notes respirent du silence, dialoguent avec lui pour s’y plonger à l’infini.
Forgée d’une même pâte approximative, la Symphonie de jeunesse de Mendelssohn confina au pénible l’anguleuse succession de notes et d’accords, réduits à des coup de nuances faisant grincer les archets, dans un individualisme étonnant pour une composition dont le classicisme fait son lit davantage dans l’harmonie unifiée de l’ensemble que dans la particularité singulière des pupitres. Passer au crible les interminables minutes de cette seconde partie de soirée reviendrait pourtant à l’impression générale d’un orchestre livré à lui-même, chacun contraint, faute de direction, de donner sa version de la suite de notes qu’il lui revient de faire vibrer, au milieu d’une confusion sonore que le chef saccadait de brisures rythmiques et d’aspérités en guise de nuances.

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre