La grand-messe de l’antiracisme bobo

Fin de séance. La salle, comble, applaudit. Dans le public, 99 pour cent de versaillais de bonne famille communient, au cours de cette grand-messe de l’antiracisme, avec leurs alter-ego imaginaires de toutes nations. Le film suscite un plaisir immédiat et facile à consommer : une trame simple, parsemée de lieux communs, des dialogues ciselés, un humour caustique et franchement communicatif. On reconnaitra que « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » évite l’écueil du raciste blanc, rappelé à leur humanité commune par son frère africain ; chacun en prend pour son grade. Mais au-delà du traditionnel credo sur la tolérance et l’ouverture, par ailleurs inutile auprès d’un public d’avance conforme, c’est une destitution idéologique d’un autre type que ce film consacre.

Ce n’est pas un hasard si ce sont quatre filles que les français de la famille Verneuil marient. Interrogeons-nous un instant : le film aurait-il opéré le même attrait sur ses spectateurs avachis, s’il s’était agi des quatre fils Verneuil épousant des femmes de couleurs? Non, évidemment.

Pourquoi donc cette inversion des rôles changerait-t-elle tellement la donne? Considérant la place que ce film accorde aux hommes blancs, on comprend mieux le courant qui sous-tend l’édifice. L’homme européen est sur le déclin et les protagonistes du film en donnent un témoignage éclatant. Tout d’abord le prêtre : d’une trentaine bien sonnée, il semble à la limite de la névrose et incapable de réprimer des bruits fort peu virils. Ensuite le fils de bonne famille catholique, inintéressant, pédant et supérieur. Seul le père de famille gaulliste, semble devenir fréquentable quand, en fin de film, il se découvre une amitié irrépressible pour le patriarche ivoirien. Les blancs de la génération actuelle sont hors du coup.

 

Ce film participe, malgré ses bonnes intentions, de cette sape de l’image de l’homme européen.

Je lisais récemment dans un manuel de préparation aux concours de Sciences Po que l’objectif des politiques égalitaristes et de discrimination positive était de retirer à l’homme blanc, chrétien et hétérosexuel ses prérogatives historiques et de le ramener au rang de citoyen lambda. Ce film participe, malgré ses bonnes intentions, de cette sape de l’image de l’homme européen.

L’avenir de l’Europe semble reposer dans une alliance entre la femme occidentale, incarnation de la sagesse et de l’émancipation, et l’homme de couleur, pourvu d’une virilité colorée, plus originelle, censée pallier l’absence du pater familias chrétien des siècles derniers. La femme européenne ne se contente plus des hommes de son crû, amputés d’une partie de leur virilité. Il lui faut du neuf. L’homme de couleur incarne cette nouveauté, lui qui revêt certains atours de l’homme blanc qu’il remplace tout en lui refusant une paternité spirituelle.

Une marseillaise au coin d’un verre servira de ciment unificateur pour les hommes de la famille et, on l’imagine aisément, pour la nation. Si ce patriotisme assumé a le mérite d’assumer une posture que des mauvaises langues qualifieraient de réactionnaire, un esprit soupçonneux pourrait y déceler une matérialisation des intérêts de l’Elysée : on connait en effet l’amour des jeunes issus de l’immigration pour leur hymne national aux si douces paroles. Le faire chanter à l’écran par des jeunes issus de l’immigration constitue une belle tentative de le légitimer.

« Intouchables » avait ouvert la voie, « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » s’engouffre dans la brèche : l’Occident moderne a absolument besoin de l’apport d’humanité de ses frères de couleur pour se définir, pour se retrouver. Certains y décèlent un « éloge discret d’une France traditionnelle et enracinée », au risque d’oublier que cet éloge recèle et légitime la chronique d’une mort annoncée. Si l’on fait l’impasse sur la vision du mariage véhiculée et sur le manque de réalisme des conditions économiques des différents protagonistes, si l’on fait exception de l’aspect idéologique soulevé ci-dessus, bref, si l’on ne réfléchit pas, ce monument en puissance du septième art reste familial, agréable à voir et très drôle. Bonne séance à tous !

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Damien Thomas

Fier belge féru de France, Fidèle défenseur de la famille, de l'enfance, Frondeur favorable au Roi, à ses façons, Farouche et cyranesque fanfaron, Damien Thomas, contributeur régulier de Cyrano.net, nous fait découvrir son amour immodéré de la politique, des arts et de la culture.