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Festival de Belle-Ile, un Cosi à la plage plein d’humour et de talent

Festival de Belle-Ile, un Cosi à la plage plein d’humour et de talent

C’est dans une mise en scène moderne, en parfaite symbiose avec la chaleur tropical de l’île, que la troupe du Festival de Belle-Ile a donné, avec un succès flamboyant, une version de Cosi « à la plage ». Il fallait bien la bonne humeur des chanteurs et des choristes, l’esprit de jeunesse et d’académie pour oser, sans mauvais goût, camper les frasques de Don Alfonso dans un vingt-et-unième siècle plagiste, entre maillot de bain et crème solaire. Ce fut à s’y méprendre. Comme si la farce combinée de Da Ponte et de Mozart avait été écrite, dans sa légèreté, pour un tel décor. L’humour de la partition, les moqueries misogynes du livret (qui n’épargne pas non plus les hommes) et le talent burlesque des chanteurs, visiblement très à leur aise dans cette interprétation, se sont comme alliés pour donner, à frais nouveaux, un opéra battu et rebattu.
Il est de bon ton de nos jours de ne pas omettre de signaler la misogynie du livret, pour « sauver » Mozart de l’infamie du moment et lui trouver mille excuses pour s’être commis dans une telle injure faite aux femmes. C’est oublier d’abord comment le compositeur, dans sa partition, réduit à néant le livret par une musique en miroir du texte. C’est ensuite faire une série de mauvais procès anachroniques très typiques de notre bien-pensante époque qui, à force de condamner, en a perdu le sens de l’humour et de l’autodérision. Car si cosi non fan tutte, il y a bien des femmes qui se comportent ainsi, tout comme il existe bien des retors Don Alfonso et des fiancés capables d’êtres aussi sots que nos deux militaires. L’objet d’une farce est bien de dénoncer des travers, des penchants par la caricature extrême, non de stigmatiser le genre humain en stéréotype. Malheureusement, aujourd’hui, bien des comiques sont castrés avant de pouvoir s’exprimer, par peur de tomber sous le coup d’un « phobe quelque chose ». En viendra-t-on à interdire Cosi, comme, la chancelière allemande a fait censurer Don Giovani, pour le président Erdogan ?
Heureusement, à Belle-Ile, on a encore, et ô combien, le sens de l’humour et de l’autodérision. Un sens aigu du spectacle servi admirablement par un art au-dessus de tout soupçon. Sans flagornerie, ils furent tous bons, voire très bons. Toutefois, soyons juste et vrai, il y eut bien quelques couacs dans l’équilibre entre l’orchestre couvrant certaines voix, notamment la pauvre Jazmin Black Grollemund, un peu faible en puissance dans ses basses, ainsi que Jonathan Beyer. Disons, pour être complet, que la salle Arletty se prête difficilement à un ensemble aussi important qu’un orchestre (même réduit) et un chœur. De là des difficultés d’équilibre que compense (par rapport à la citadelle) une meilleure visibilité de la scène.
Pourtant, Philip Walsh, avec son indéracinable génie, sut, une fois encore, réduire la partition sans rien lui ôter de sa finesse, de sa force et de son équilibre. L’unité de la réécriture du maître créa, ce soir encore, ce formidable « trompe l’œil » qui fait d’une fresque murale, un dédale profond de pièces et de recoins. Tout y était, dans le détail, comme dans l’impression d’ambiance interprétée avec art et maîtrise du style mozartien, tant par le chef que par chaque musicien et chanteur. A n’en pas douter, quoiqu’en bermuda bariolé, sur une plage napolitaine de 2016, nous étions bien à Vienne dans l’hiver 1790.

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).