Tous à la tour de Nesle !

Lorsqu’Amaury de Nesle, prévôt de l’Isle (de France), vend à Philippe le Bel, son hôtel particulier situé non loin de l’ancienne enceinte de Philippe Auguste, dont dépendait la tour qui prendra son nom, il n’imaginait sans doute pas ainsi immortaliser le nom de sa famille. Drame célèbre, légende dramatique, l’affaire de la Tour de Nesle est avant tout une affaire d’État dont le romantisme d’un Dumas ou d’un Zevaco a quelque peu obscurci l’outrage.

Alors qu’aujourd’hui un chef d’État quitte sans surveillance le palais présidentiel sur son scooter pour aller secrètement tromper sa maîtresse officielle, le scandale des brus royales découchant peut sembler bien disproportionné. Pourtant, il y a une même dignité entre le pouvoir présidentiel et la famille royale. Indépendamment du régime et de sa légitimité, le chef de l’État incarne la permanence du pouvoir et son infrangibilité. Lorsque ce pouvoir est porté par une famille de laquelle est issue l’incarnation même de ce pouvoir, le roi, la dignité comme l’offense faite à cette dignité concerne l’intégralité de la famille. Mais dans le cas d’un pouvoir héréditaire, toucher à la légitimité du lit c’est mettre en péril la dynastie. C’est bien pour cela que le châtiment fut exemplaire et que la peine centrale, avant la mort, fut l’émasculation ! Meurt par où tu as péché ! A bon entendeur salut !

Ironie de l’histoire ─ ou symbole de la transmission ─ c’est aujourd’hui l’Institut de France, gardien de la mémoire et des traditions de notre pays, qui s’élève sur les ruines de cette tour devenue légende. Après être passée de mains royales en mains royales, servant au passage d’écrin aux feux d’artifice de la Saint-Louis 1613, la tour fut finalement rasée en 1663 ou 1665 pour bâtir le collège des Quatre-Cents qui abrite aujourd’hui la sobrement magnifique bibliothèque mazarine. Légataire de l’impressionnante bibliothèque privée du cardinal Mazarin, la célèbre salle boisée accueille, jusqu’au 12 décembre 2014, une exposition précisément dédiée à ses « racines » : « La tour de Nesle, de pierre, d’encre et de fiction ».

Dans cet écrin unique, vous découvrirez la formidable « aventure de la légende ». Littérature fantastique, jeu de cache-cache (trouver Buridan), mais aussi, vieux grimoires, costumes de scènes constituent l’univers romanesque né d’une légende et d’un « fait divers ». Gravures anciennes, dessins animés restituent pour un temps le cadre de cette épopée pourtant plus dramatique que chevaleresque, où l’on retrouve toute l’âme du romantisme que le XIXe siècle sut puiser dans l’imaginaire médiéval.

Site de l’exposition

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