L’amour, du rêve à la vie de l’âme au palais de Luxembourg

Mêler songe, rêve et vision sans tomber dans l’ésotérisme ou le freudisme n’est pas, de nos jours, un pari gagné d’avance. Faire traverser les âges à ces trois notions apparemment si proches et pourtant si différentes est d’autant plus difficile que le songe antique, n’est pas le songe médiévale, pas plus que la vision mythique n’est la vision chrétienne. Quant au rêve de la Renaissance qu’a-t-il de commun avec ses modèles anciens ?

 

C’est pourtant la véritable réussite de cette exposition « la Renaissance et le rêve » qui se tient au palais de Luxembourg jusqu’au 26 janvier 2014. De prime abord, le fil conducteur est ardu. La représentation du rêve, du songe ou de la vision requiert le génie de l’artiste ainsi qu’un langage symbolique commun avec le public. Comment sur une toile ou dans le marbre traduire le rêve, si évanescent par essence ? Comment distinguer, le songe de la vision ? La question se complique lorsque l’œuvre d’hier s’adresse au public d’aujourd’hui. Qui connaît encore le songe d’Enée ? Qui peut parler de la vision de Saint Augustin ? A qui s’adresse Hypnos ou les satyres ? La déchristianisation de notre âge, la disparition des classiques de nos livres d’histoire ou de lettres réduisent au silence nombre de chefs-d’œuvre.

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Benvenuto Tisi, Le Soir (Diane et Endymion), huile sur toile

Avec un souci pédagogique méritoire, l’exposition consacre à presque toutes les pièces exposées un cartel précis décrivant la scène, explicitant les personnages et leur fonction symbolique, mythologique ou artistique. Véritable cours illustré, comme autrefois on emmenait les jeunes gens se former dans les musées, nous progressons aux côtés d’un pédagogue invisible comme jadis les jeunes grecs aux côtés de l’esclave se rendaient à la leçon. La nuit nous accueille, peinte et dépeinte dans sa symbolique et sa vérité. Le rêve peut alors s’installer avec ses artifices et sa rhétorique propre. Même les théoriciens sont cités. Comment mieux qu’en ce lieu poser la question de ce que Marcil Ficin appellait « la vacance de l’âme », ce temps, ce lieu, cette réalité, ce moment où l’âme prend congé du corps et se transporte au pays du rêve, du songe ou de la vision. Le rêve où tout est permis. Le rêve par qui le réel s’exprime avec parfois plus de netteté qu’en plein jour. Le songe par lequel Dieu, les dieux s’adressent à leurs fidèles, les pères à leurs fils. La vision qui apparaît à l’âme qui, sans être endormie, entame un colloque avec la divinité, avec l’au-delà.

 

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Jacopo Zucchi,  Amour et Psyché , 1589, huile sur toile

Car c’est bien l’âme qui est sollicitée, tant par le rêve que par le songe, tant par la vision que par la nuit elle-même. La nuit où l’amour sublimé vient faire son lit. La nuit où le vice devient tentant parce qu’invisible.

Image de la mort physique, le sommeil devient alors l’allégorie du choix entre le bien et le mal, la vie ou la mort de l’âme.

Pour en voir plus, le site de l’exposition : www.museeduluxembourg.fr

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