Derniers jours de l’exposition – La déferlante Hokusai au Grand Palais

« Il est le dernier mais le plus brillant personnage d’une lignée de plus de dix siècles – l’exubérant et exquis produit d’une époque de paix profonde et d’incomparable raffinement. » disait Louis Gonse, l’un des premiers spécialistes français de l’art japonais, à propos d’Hokusai. Cet artiste japonais, dont l’influence fut majeure pour l’art occidental du XIXe siècle, ne se limite pas à sa célèbre estampe Sous la vague de Kanagawa – également connue sous le nom de La Grande vague.

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Pêcheurs, marchands, courtisanes, samouraïs, mais aussi cascades et ponts – réels ou inventés -, faune et flore ainsi que fantômes et dieux protecteurs sont autant de motifs qui peuplent son œuvre prolifique. Ce « fou du dessin », comme il se désignait lui-même, aurait réalisé plus de 30 000 dessins et peinture. Ainsi, ses Mangas, colossal travail de 15 volumes et 4000 dessins qu’Edmond de Goncourt désigna comme « une œuvre qui n’a pas de pareille chez aucun peintre de l’Occident » offrent une véritable encyclopédie du Japon et seront source d’inspiration pour les artistes européens, fascinés par la liberté de trait et le perfectionnisme qui transparait dans l’œuvre du maitre japonais.

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Ces soixante-dix ans de création artistique intensive sont mis à l’honneur au Grand Palais, à travers une rétrospective monumentale de cinq cent peintures et dessins. Le commissaire de l’exposition et expert du peintre, M. Nagata a obtenu le dépôt d’œuvres de Hokusai par des collectionneurs privés qui s’ajoutent à sa propre collection ainsi qu’à des prêts provenant de musées européens et japonais. Une partie des œuvres exposées au Grand Palais intégreront par la suite les collections d’un musée consacré à Hokusai qui ouvrira au Japon en 2016 et resteront donc au pays du Soleil-Levant, ce qui renforce le caractère exclusif de cette exposition française.

 

Celle-ci introduit le visiteur dans l’univers d’Hokusai en soulignant l’influence que celui-ci  eut sur l’art français du XIXe. L’œuvre du « fou du dessin » est ensuite exposée à travers un parcours chronologique, délimité en six périodes qui correspondent aux six principales identités artistiques qu’Hokusai revêtit tout au long de sa vie. Délicates estampes, surimonos, manuels de dessin, livres illustrés, kakemonos, peintures, les diverses techniques utilisées par Hokusai sont présentes dans chacune de ces pièces, dans des proportions différentes : ainsi les peintures sont particulièrement nombreuses à la fin de sa vie.
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La diversité des techniques utilisées fait écho à la diversité des sujets : peintre de la vie quotidienne, Hokusai n’a pas hésité à croquer ses contemporains dans des scènes triviales de la vie de tous les jours ou à célébrer la nature à travers l’art de l’ukiyo-e, ces « images du monde flottant » dont il est l’un des maitres. On admire au fil des salles l’évolution artistique de cet artiste dont le trait devient de plus en plus libre et précis avec le temps. Les œuvres délicates sur papier de soie ou sur bois sont mises en valeur par une scénographie de qualité où les niches profondes et les couleurs sombres des différentes salles servent d’écrin aux estampes et peintures subtilement éclairées.

La fragilité des peintures et dessins impose une exposition en deux volets de sept semaine avec une période de battement pour permettre un système de rotation des œuvres dont certaines, très fragiles, ne peuvent être exposées durant toute la période de la rétrospective et seront donc remplacées pour la seconde partie par des estampes ou dessins similaires.

Cette rétrospective représente donc une occasion unique de découvrir l’œuvre monumentale de l’un des artistes japonais les plus connus au monde et offre une immersion dans le Japon d’Edo, en plein renouveau.

 

« Depuis l’âge de six ans, j’avais la manie de dessiner les formes des objets. Vers

l’âge de cinquante, j’ai publié une infinité de dessins ; mais je suis mécontent de tout ce

que j’ai produit avant l’âge de soixante-dix ans. C’est à l’âge de soixante-treize ans que

j’ai compris à peu près la forme et la nature vraie des oiseaux, des poissons, des plantes,

etc. Par conséquent, à l’âge de quatre-vingts ans, j’aurai fait beaucoup de progrès,

j’arriverai au fond des choses ; à cent, je serai décidément parvenu à un état supérieur,

indéfinissable, et à l’âge de cent dix, soit un point, soit une ligne, tout sera vivant. Je

demande à ceux qui vivront autant que moi de voir si je tiens parole. Ecrit, à l’âge de

soixante-quinze ans, par moi, autrefois Hokusai, aujourd’hui Gakyo Rojin, le vieillard

fou de dessin. »

 

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Hokusai (1760-1849)

Du 1er octobre 2014 au 18 janvier 2015

(relâche entre le 21 et le 30 novembre 2014)

Grand Palais, entrée Clemenceau

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Anne-Laure Debaecker

Diplômée de l'université Paris-Dauphine, Anne-Laure Debaecker est journaliste et collabore en particulier au Figaro et à Cyrano.