Elisabeth Vigée Le Brun : le sourire et la grâce

Sous les ors du Grand Palais nous sont présentées , depuis le 23 septembre et jusqu’au 13 janvier, près de cent trente œuvres d’Elisabeth Vigée Le Brun, en une rétrospective qui fera date. Aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est en effet la première exposition qui lui est consacrée en France, alors que le pinceau léger de l’artiste illumina, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles, l’Europe entière de ses portraits rieurs et délicats. Avec Elisabeth Vigée Le Brun, nous pourrions ainsi dire qu’en peinture, tout est poésie, tout est grâce…

Née en 1755, décédée en 1842, Louise-Élisabeth Vigée Le Brun a connu tour à tour, dans une époque mouvementée, les fastes de l’Ancien Régime et les heures sombres de la Révolution, l’exil, l’Emigration, l’éclat éphémère de l’Empire, la douceur de la Restauration. A travers ses nombreux voyages, entre classicisme et romantisme naissant, elle a su incarner la continuité du portrait à la  française, dont elle sut diffuser, jusqu’à l’accomplissement, les beautés et la grâce, tout au long de sa vie d’artiste.

Pourtant, parmi les peintres majeurs des XVIIIe et XIXe siècle, Élisabeth Vigée Le Brun reste aujourd’hui encore largement méconnue du grand public. Est-ce le hasard d’être née femme ? Ou peut-être l’éclat jugé trop aristocratique, trop brillant, trop heureux, de ses portraits de l’ancienne Cour ? Ou encore son image de peintre attachée à Marie-Antoinette, cette Reine si admirée et à la fois honnie ?

Sans doute, cette double condition et de femme et de peintre de cour explique pourquoi, malgré son immense talent et une activité féconde, Élisabeth Vigée Le Brun n’a, jusqu’au milieu du XXe siècle, que trop peu retenu l’attention.

Certes, les amateurs éclairés ont toujours reconnu en elle un toucher délicat, et les quelques portraits royaux revenus à Versailles à la Restauration, ou encore La tendresse maternelle, exposée au Louvre, sont ainsi passés à la postérité.

Sans doute pour des raisons financières, Elisabeth Vigée Le Brun se concentra sur les portraits (on en compte 660 sur la totalité de son œuvre estimée à 900 tableaux), genre alors injustement considéré comme mineur, où elle excella particulièrement.

Peintre d’un talent précoce, formée par les conseils avisés de son père, le pastelliste Louis Vigée, puis de Briard, Vernet et Greuze, elle fut à dix-neuf ans, en 1774, et par son seul mérite, reçue à l’Académie de Saint-Luc. A vingt-huit ans, grâce à la faveur royale, et malgré son conservatisme, c’est l’Académie royale de peinture et de sculpture qui lui ouvrit ses portes, comme une preuve éclatante de la maturité de son génie. Finalement, l’Ancien Régime était peut être plus ouvert aux femmes qu’on le prétend. La Révolution française mit d’ailleurs un terme à la présence des femmes dans les académies.

En effet, loin des clichés qui jalonnent, ça et là, les explications qui accompagnent l’exposition, il nous semble que la vie de l’artiste, les sujets représentés, sa liberté de style et de pinceau,  la montrent – à l’inverse de beaucoup d’hommes – plus naturelle et libre, vivant la peinture sans enfermement, ni concurrence, ni rupture, comme une respiration. A travers Elisabeth Vigée Le Brun, peintre ô combien féminin, et non féministe, comment ne pas s’émerveiller devant l’intelligence et la sensibilité du regard d’une femme sur le monde et les visages qui l’entourent ?

Ici, nulle arrière-pensée politique ou guerrière : sa perception artistique est sensible, aimante, féminine.  Sous son pinceau, c’est une recherche constante de l’harmonie du visage et des traits, de l’attitude, du regard, du mouvement. Au gré de ses voyages et des commandes, dans la vie parfois difficile de l’Emigration, Élisabeth Vigée Le Brun peint l’homme – ou la femme –, comme un être délicat et vivant, riche de personnalité – songeur ou triste, sérieux, joyeux, vif, détourné – . Nous sommes loin des portraits magnifiant la puissance du prince ou la gloire des armes. « Peindre et vivre n’a jamais été qu’un seul et même mot pour moi », avoue-t-elle dans ses Souvenirs, rédigés au soir de sa vie.

Les sujets peints par l’artiste sont tous pour la plupart issus du monde fortuné de l’aristocratie européenne, seul assez fortuné pour ce genre de fantaisies. Mais Elisabeth Vigée Le Brun les peint en vérité, d’une vérité bienveillante qui n’oublie aucun trait –parfois disgracieux, on le voit avec Marie-Antoinette – mais leur donne un contour profond et aimé. Le talent de l’artiste n’idéalise pas son sujet mais le rend plus doux, plus aimable, le modèle en bonté, cherchant en lui ce qui l’élève. Comme pris au vif, les modèles d’Élisabeth Vigée Le Brun expriment à travers le pinceau de l’artiste l’instantanéité du quotidien, embelli par la grâce d’un sourire.

C’est peut-être le sentiment qui domine dans cette exposition. Comme une leçon d’humanité, dans une promenade artistique à la recherche du Beau, du Bien et du Vrai, Elisabeth Vigée Le Brun célèbre l’homme et la femme, les élève. A travers son génie créateur et sa sensibilité d’artiste, elle les humanise, les re-figure, leur rend leurs lettres de noblesse…  et, pour nos yeux, comme un parfum léger de tendresse et d’éternité.

Exposition Elisabeth Vigée Le Brun au Grand Palais du 13 octobre 2015 au 23 janvier 2016. Informations sur le site internet du Grand Palais. 

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Grégoire Renaud

Grégoire Renaud

Ingénieur de formation, Grégoire Renaud s'est investi ces dernières années dans le monde associatif. Président et fondateur du site Cyrano.net, il est passionné par les voyages, la littérature, l'histoire et la poésie.