L’intelligence, faculté de l’âme

Nous l’avons vu dans d’autres articles, l’intelligence est ordonnée à la recherche de la vérité. Nous en sommes tous capables mais de façon différente. Ce qui, au passage, pose la question d’un système scolaire uniformisé.
Nous avons chacun des domaines de compétences dans lesquels nous excellons presque de manière innée. Ce que certains reconnaissent lorsqu’ils se découvrent la bosse des maths.

– Il est important, dans la connaissance de soi de reconnaitre, sans fausse modestie, ces domaines d’excellence, parce qu’ils forment notre atout dans la vie en même temps que le talent que les autres sont en droit d’attendre de nous.
– Nos talents ne sont pas pour nous, mais ils forment avec ceux des autres la complémentarité entre les membres d’une même société.
– Ces domaines de compétences sont assez faciles à repérer. Souvent, cependant, celui qui les possède met du temps à s’en apercevoir, précisément parce que c’est pour lui tellement facile qu’il pense que tout le monde possède cette qualité. Et il est parfois tout aussi difficile d’accepter un talent qu’une faiblesse, car il peut nous pousser dans une voie que nous ne souhaitons pas, pour diverses raisons, j’y reviendrai.
Pour équilibrer notre personnalité, nous avons des domaines de faiblesses naturelles, c’est-à-dire des limites intellectuelles réelles que nous ne parvenons pas à dépasser quels que soient nos efforts.
– Il est fondamental pour notre équilibre psychologique de nous rendre compte que ces faiblesses ne dépendent pas de nous.
– D’une part cela permet de ne pas culpabiliser, ensuite c’est un puissant moyen de ne pas se tromper de chemin. Si je suis dyslexique, c’est une donnée de ma personne et non une faute, ni une honte. C’est ainsi.
– Et il est capital d’accepter sa réalité, sans quoi la tristesse peut nous conduire à la dépression comme nous le verrons.
A côté de ces faiblesses naturelles, se trouvent les faiblesses dégradées, c’est-à-dire des domaines de compétences qui ont été abîmés, amoindris, voire détruits et qui m’empêchent d’avancer.
– Par exemple, si par la suite d’un accident je perds l’usage de mes jambes, certaines activités me seront désormais interdites. Là encore, il ne faut pas culpabiliser, ni sombrer dans le regret.
– C’est une réalité à prendre en compte pour avancer et précisément construire sur du réel. Si douloureux que ce soit, cela fait partie de la personne ainsi affectée.
– Et il convient de considérer que la personne n’est pas diminuée, dans la mesure où son potentiel de personne humaine capable de relation, lui, reste entier.
– Ce qui change c’est sa relation au monde, toujours capable de donner et de recevoir. A nous de ne pas la regarder comme un être diminué, mais comme un potentiel et une richesse différente au même titre que n’importe qu’elle autre personne différente.
Il reste un autre domaine de faiblesse, celui de la faiblesse négligée. Il s’agit des compétences pour lesquelles nous avons un potentiel (fort ou moyen du reste) mais que nous avons négligé par peu, lâcheté, orgueil, découragement, paresse, etc.
– C’est le seul domaine sur lequel nous avons une prise, parce qu’avant d’être une faiblesse, c’est une puissance dormante.
– Là se situe une richesse souvent inexploitée, clef de bien des déséquilibres et dépressions.
– C’est une partie de nous-même qui est atrophiée, étouffée et qui ne peut s’épanouir.
Cela étant, il convient aussi de connaître sa forme d’intelligence. Est-elle intuitive, spéculative, reproductive, pratique … ? Ce n’est pas parce que nous ne réussissons pas à entrer dans le système scolaire officiel que nous manquons d’intelligence. Nous avons tous une manière d’aborder un problème qui nous correspond et qui n’est pas celle des autres, fût-il le prof.

Là encore, l’intelligence étant fait pour la vérité, il serait ô combien handicapant de ne pas utiliser l’instrument qui nous est propre pour cette recherche du vrai. Connaissant notre forme d’intelligence, nous sommes plus à même de trouver les formations, ou informations qui nous sont adaptées, sans subi de façon culpabilisante, voire dénigrante le modèle majoritaire, si tant est qu’il y en ait un.
Que ce soit physique ou intellectuel, nous possédons une réserve. Nous le voyons en faisant du sport, nous sommes, dit-on, capables de nous dépasser. Ce dépassement n’est autre que le déploiement un peu plus avant de notre potentiel. Ne nous prenons pas pour des dieux.

– Nous ne déployons que ce que nous avons en nous. Nous sommes meilleurs parce que sur ce potentiel nous avons travaillé dur pour lui donner sa plénitude, non pour lui en rajouter.
– Aussi pouvons-nous comparer deux potentiels similaires, mais pas deux personnes différentes. Deux frères n’ont pas le même potentiel dans les mêmes domaines. Les mettre en rivalité est une erreur profonde source de crises de personnalités violentes.
– Connaître ses domaines de compétences, c’est aussi connaître (plus ou moins et c’est évolutif) sa capacité de progression. Une telle appréhension est capitale pour un choix de carrière ou de vie, pour une progression professionnelle.

En miroir, il convient donc de nous avouer aussi nos domaines de négligences. Qu’est ce qui en moi n’est que « ça », parce que je n’ai pas approfondi, j’ai été paresseux… ? Un regard sur soi sans complaisance permet tout autant d’écarter l’autojustification stérile que la fausse modestie atrophiante.

Enfin, nous faisons un usage plus ou moins régulier de ces compétences. Au point que certaines deviennent un réflexe, (ce qu’on appelle une vertu) et d’autres demandes à chaque fois de se remettre en condition. L’usage de nos compétences ne détermine pas notre personnalité, mais ce que nous en faisons.

Toutes les compétences ne peuvent servir en même temps. Lorsque je conduis ma voiture je ne fais de vélo. L’important est d’ordonner ces compétences à la réalisation de notre personnalité, c’est-à-dire de son bonheur comme être de relation. Plus encore, l’enjeu est de ne pas laisser s’asphyxier une compétence qui serait vitale pour notre équilibre ou de déployer des efforts éreintants pour exercer une compétence qui en fait n’en serait pas une. Nous verrons en abordant les mécanismes des passions ce qu’il « en coûte »

Pour aller plus loin Connais-toi toi-même en 7 étapes

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Cyril Brun

Cyril Brun

Cyril Brun est chef d'orchestre et historien. Titulaire d'une maîtrise en histoire médiévale et d'un doctorat en histoire de l'antiquité, il a été chargé de TD sur Rome et la Grèce archaïque à l'université de Rouen, puis chargé de cours sur la Grèce archaïque et classique, la Mésopotamie et l'Egypte à l’université de Quimper. Les travaux de sa thèse portent sur l'Afrique romaine au IIIème siècle après Jésus Christ, mais il s'est ensuite spécialisé sur la Grèce classique tant pour sa religion que pour ses philosophes. Il parcourt la France pour donner des conférences sur l'anthropologie classique, les peuples mésopotamiens mais aussi la musique. Chef d'orchestre depuis l'âge de 16 ans, il a dirigé divers ensemble en se spécialisant dans la musique symphonique (avec une prédilection pour Beethoven) et la musique Sacrée. Il est actuellement directeur artistique et musical de diverses structures normandes : Les jeunes chambristes, la Grande chambre, Classique pour tous en Normandie, les 24 heures de piano de Rouen, le festival Beethoven de Rouen, Le Panorama Lyrique Ces compétences en philosophie, en histoire, en musique, mais aussi en littérature l'ont amené a écrire dans diverses revues musicales ou historiques, comme critique ou comme expert. Poussé par des amis à partager ses nombreuses passions, ils ont ensemble fondé Cyrano.net, site culturel dans lequel il est auteur des rubriques musicales et historiques. Il dirige le site musical CyranoMusique dont il est le propriétaire ainsi que du média culturel Rouen sur Scène. Il est directeur d'émissions culturelles (le salon des Muses) et musicales (En Coulisses), sur la chaîne normande TNVC Il est l'auteur de Le Requiem de Mozart, serein ou Damné ? Les fondements de l'anthropologie chrétienne Une nuit square Verdrel La Vérité vous rendra libre