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A la recherche de l’Être…
Ambroise Georges, l'être et l'un se convertissent

A la recherche de l’Être…

La seule voie possible qui s’ouvre à l’intelligence pour appréhender le mystère de l’Être, c’est finalement l’être lui-même. Appréhender, percer, entrevoir ne sont à dire vrai pas les termes les plus adéquats. Ils supposent une part active de l’intelligence qui si elle n’est pas à négliger n’est cependant, à mon sens, que seconde. L’Être est un mystère. Comme tout mystère, on ne le perce pas, on se laisse habiter par lui. C’est l’Être lui-même qui se dévoile, qui, dans une véritable révélation de lui-même, nous livre les clefs de sa propre interprétation. Ce n’est pas l’intelligence qui révèle l’être, qui fait l’être. L’être préexiste à ce que mon intelligence en perçoit. L’être est et se donne peu à peu à mon intelligence.

 

Mon intelligence, faîte pour la connaissance de l’être, peut se reposer lorsque l’être une fois révélée se laisse capter par elle. L’intelligence, comme un soleil qui se lève peu à peu éclaire l’être qui se laisse comme phagocyter par celle pour qui il est fait. Ainsi c’est comme si une bataille s’engageait entre un être qui se révèle peu à peu et une intelligence qui déploie toute une armada de sens pour tenter de faire le tour de cette énigme qui cache un mystère.

 

Car qu’est-ce que l’être ? Un mystère qui se tient en lui-même, défendant son  intégrité, la restaurant au besoin. Mais saisi à son origine c’est un acte qui se veut comme une poussée opérée au sein de la matière. L’être est ce qui entre dans la lumière en s’épanouissant. Un véritable et formidable effort déployé de l’intérieur même de la chose et demeurant en son intérieur et accompli pour elle-même. Véritable mystère, admirable par cette force organisatrice qui l’orne de tout ce dont il a besoin pour être.

 

Mystère insondable qui s’étire de la naissance à la mort, qui malgré les mutations et les injures du temps reste le même.

 

L’intelligence, elle-même fruit de cette mystérieuse organisation, s’acharne comme assoiffée, à percer le mystère de l’être. Elle le découpe, l’ampute pour mieux le connaître dit-elle. Ses cinq sens se répartissent sa dépouille pour l’offrir au sixième sens, ce sens commun sensé reconstituer l’être ainsi déchiqueté. Mais une peau cicatrisée est-elle la même qu’une peau intacte ? L’être ainsi présenté à l’intelligence n’est-il pas défiguré ? N’est-il pas réduit à son intelligibilité ? Mon intelligence peut-elle se repaître de la quiddité ? Qu’a-t-elle reçu de l’être sinon ce qu’elle en a pris ? Comme un être est sans vie s’il lui manque son âme, c’est un être sans vie que l’intelligence s’est accaparée. Car les sens qui relèvent de la matière ne peuvent saisir cette âme qui relève de l’esprit.

 

Ainsi est-ce dans l’esprit, par cette fine pointe de l‘âme que l’intelligence pourra se laisser habiter par la présence de l’être. Dans un véritable face à face, où contemplant l’être, mon intelligence acceptera de se laisser toucher par l’âme de l’autre, alors le mystère se dévoilera. Car c’est l’âme qui unifiant l’être lui donne vie et lui donnant vie en fait ce qu’il est avec cette singularité qui tel un parfum émane de lui. Ce parfum que l’être lui-même est seul capable de donner au bout d’un long et patient  dialogue avec l‘intelligence qui attend et se laisse habiter.

 

Le mystère de l’être n’est autre que la profondeur  de l’être qui telle une tour d’ivoire ne se prend pas mais s’offre. Percer le mystère de l’être c’est en réalité le laisser s’ouvrir devant notre intelligence avec l’unique clef : l’aimer. On ne peut connaître si l’on aime, on ne peut aimer sans connaître. Ainsi, dans cet élan infini de la connaissance à l’amour et de l’amour à la connaissance, l’intelligence trouve son bien, sans jamais pouvoir l’épuiser, car il demeurera toujours quelque chose de l’être qui nous échappe. Dès lors, si l’origine de cet infini est dans les sens, sa perfection est dans la contemplation.

 

Alors de l’être minuscule à l’Être majuscule, il n’y a qu’une voie et Dieu contemplé dans le mystère des choses nous ouvrira peu à peu les portes du mystère de l’Être. Et ainsi, nous pouvons dire avec un chartreux, « le contemplatif n’est pas celui qui découvre des secrets ignorés de tous, mais celui qui s’extasie devant ce que tout le monde sait. » Cette définition cartusienne du contemplatif est pour le moins surprenante et pourtant bien profonde. Nous percevons deux voies apparemment différentes et pourtant toutes deux sortent d’une même souche et se poussent vers une même fin : le savoir et la jouissance, toutes deux pour l’extase. L’une rationnelle, l’autre plus insaisissable. Toutes deux cherchent pourtant à percer ce qu’il y a de plus cher à l’homme, l’être. L’être en tant qu’il est. Ce qui le définit, ce qui le différencie d’un autre, ce qui fait ce que le philosophe appellerait ‘son essence’. L’être en tant qu’il est lui et non un autre, ce qui lui donne tant de prix, ce qui bien qu’en gommant toute différence fait que c’est lui et non un autre.

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A propos de Cyril Brun

Cyril Brun
Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).