Cinq ans déjà – Hommage touchant à René Girard par son neveu

Cher René, cher Oncle,
Il y a tout juste cinq ans, dans la nuit du 4 au 5 novembre 2015, tu t’éteignais dans ta maison de Stanford, en Californie. Vingt-quatre heures après ton dernier soupir, toi, penseur de la violence, du sacré et du religieux, la fusillade terroriste du Bataclan éclatait. Je t’imagine, à l’heure où je te parle et bien que là où tu te trouves le temps ne compte plus, observer les derniers soubresauts convulsifs de notre société avec ton œil bon et ironique à la fois. Oui, bon et ironique à la fois. C’est possible. Car avant d’être un immense penseur, tu étais surtout un homme d’une immense finesse. Ton ironie touchait toujours sa cible car elle était fine et cultivée. Rien n’échappait à ton sens aigu du second degré car tu te l’appliquais d’abord à toi-même. Mais je vois aussi briller dans ton œil une lueur de satisfaction. Une satisfaction quelque peu coupable certes. Car qui pourrait se réjouir de notre déchéance collective, entre guerres civiles latentes, pandémie, gouvernements aux abois, terrorisme religieux, disparition de la valeur sacrée de la personne humaine, détournement massif de l’expression démocratique, triomphe de la survie sur la vie…, la liste pouvant s’allonger indéfiniment jusqu’à la guerre du tous contre tous ? Mais satisfaction quand même. Ne nous avais-tu pas tout prédit ? Tu ne nous l’avais pas prédit tel un prophète de malheur qui, au vu de la nature humaine, a toujours quelque part raison. Tu nous l’avais prédit car tu l’avais d’abord vécu en pensée et peut-être dans ta chair.

L’esprit maladivement libre que tu étais t’avait permis de surplomber la Comédie Humaine, d’en comprendre les ressorts fondamentalement violents et mensongers.

L’esprit maladivement libre que tu étais t’avait permis de déceler au sein même de cette violence les mécanismes de régulation de cette dernière.

L’esprit maladivement libre que tu étais t’avait permis d’alerter sur les dangers d’une société chrétienne ou postchrétienne incapable d’accepter et donc de gérer cette violence nécessaire et civilisatrice.
Cet esprit maladivement libre qui te faisait déjà détester, petit, les cours de récréation t’a par la suite fait passer pour un original, ou pire, pour un escroc de la pensée. Tu as dû faire la totalité de ta carrière aux Etats-Unis d’Amérique avant d’être reçu au soir de ta vie sous la coupole de l’Académie par les Immortels de ta nation.

Oui, cher Oncle René, immortel tu es, lumière dans les ténèbres à venir, tu seras !

Grégoire Grégoire GIRARD Violoniste, directeur artistique du festival Vallée du Rhône en Musique Membre du conseil d’administration de la Société Joseph et René Girard

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