Aimer se conjugue à deux

Qui sait vraiment de quoi il est question lorsque nous parlons d’amour ? Aimer, n’est-il pas aujourd’hui verbe plus galvaudé ? Comprenons-nous du reste encore que c’est un verbe et que, comme tel, il suppose action, mouvement et conséquence(s) et donc acteurs au pluriel.

L’amour, au fond, est ce qui résulte de la manière avec laquelle nous conjuguons ce verbe aimer. Et il n’en va pas de même d’aimer les myrtilles, la nature, ses parents ou la femme de sa vie. La différence ne réside pas tant dans le degré d’amour pour la chose ou la personne aimée que dans l’objet de notre amour. Celui qui est l’objet de notre de notre amour va qualifier notre amour. Je peux aimer tout aussi parfaitement les myrtilles que ma femme. C’est la perfection de la myrtille ou de ma femme qui va changer cet amour. Je ne proportionne pas mon acte d’aimer à l’objet que j’aime, mais la qualité de l’amour à ce que j’aime. J’aimerai plus ou moins tel ou tel paysage. Mais je ne ferai pas de comparaison entre mes enfants et ce paysage. La nature de cet amour est différente.

Or, comme mon amour est ce que je fais du verbe aimer, mon acte d’amour (c’est-à-dire aimer), lui, sera dimensionné, ordonné à ce qui est aimé. Je n’aimerai pas de la même manière en fonction de ce qui a suscité mon amour. Car l’amour, comme la peur, comme la haine, comme toutes les passions de l’âme a ceci de particulier qu’il a besoin pour devenir actif (réel) d’être sollicité par l’objet même de cet amour. J’aime parce que cette femme a éveillé en moi un sentiment, et ce sentiment je vais le traduire en actes conscients (la regarder, lui offrir une fleur) ou non (rougeur, sueur, palpitations…). Dès l’origine l’amour se joue à deux. L’objet de mon amour est en fait le sujet de l’émotion qui agit en moi. Et ce sujet agit de façon différente selon sa nature. Une fleur provoque une certaine émotion qui va déclencher en moi une réaction à laquelle la fleur ne pourra pas répondre, parce qu’elle est sujet passif. En revanche, la femme aimée va répondre d’une manière ou d’une autre à ma réaction. Et j’attends cette réponse, car c’est du double mouvement de l’un vers l’autre, et réciproquement, que peut naître l’amour humain entre amis, frères, parents, amants. Mais comme chaque acte humain, l’acte d’aimer engage et porte des conséquences dont les acteurs sont responsables.

Il y a donc dans l’amour une responsabilité vis-à-vis de l’être aimé, mais aussi de l’ensemble de la société, car aimer impacte non seulement l’autre, mais les autres. Ce que nous faisons de notre amour rejaillit sur nos proches. Un amour exclusif couperait le couple de sa famille et de ses amis. En effet, chaque acte posé par l’Homme engage toute la société par la chaine des conséquences qui nous rend solidaires les uns des autres.

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Cyril Brun

Cyril Brun

Docteur en histoire et enseignant aux Universités de Bretagne Occidentale et de Rouen, Cyril Brun est directeur de la rédaction de Cyrano.net. Chef d'orchestre de formation, critique musical, historien et essayiste chrétien, il a publié plusieurs ouvrages dont "Pour une spiritualité sociale chrétienne" (Tempora, 2007) et "Le Printemps français : le grand réveil de notre civilisation" (Ed. A. de Saint-Prix, 2013).