Le Trône de Fer ou la tragédie merveilleuse : La dure réalité du trône (3)

La saga du Trône de Fer est une œuvre de fantasy définitivement originale : l’auteur y mélange un réalisme vulgaire à un merveilleux enchanteur et ses personnages, loin d’être des archétypes sans âmes, sont des Hommes pleins de grandeur et de misère.

Mais ce n’est pas tout. Georges R. R. Martin place ses fantoches humains dans un monde gouverné par l’implacable trône de Fer. A contrario de ce que nous avons dit précédemment, l’auteur se calque ici sur le genre et fait du trône l’allégorie du pouvoir.

Ainsi, la saga n’est pas seulement la chronique d’un monde ancien et rêvé, elle devient plus que cela. En faisant du trône de Fer la quintessence du pouvoir, la saga devient la quête de l’homme pour arriver au pouvoir, et les péripéties qui la jalonnent ne sont que les effets de ce dernier sur les héros.

(3eme partie) Eddard Stark mis à mort par le roi Jeoffrey à Port-Réal

Et si l’on reprend notre personnage de Jaime Lannister, celui-ci brise l’armure et devient plus humain, donc moins caricatural, dès lors qu’il s’éloigne de Port-Réal, siège du pouvoir. De même, Sandor Clegane, le célèbre Limier, trouve un semblant de rachat en quittant le giron du trône de Fer et sauvant la petite Arya Stark. Ce trône de Fer paraît donc avoir un halo, une aire d’influence dans laquelle les personnages sont contrôlés, charmés, par le pouvoir et hors de laquelle ces derniers retrouvent une certaine humanité.

Par ailleurs, le « jeu des trônes » est une expression reprise de nombreuses fois dans les romans, et l’adaptation télévisuelle l’a même repris comme titre. Elle n’est pas anodine et constitue la clef de lecture de la saga. Le Trône de Fer n’est pas une aventure épique exaltant les anciennes valeurs chevaleresques comme pouvait l’être le Seigneur des Anneaux, non c’est une fable – un divertissement – sur le pouvoir politique.

Le cas de la famille Stark est emblématique. Cette vieille maison noble, jadis reine du Nord, est l’illustration parfaite des vieilles valeurs chevaleresques. Eddard Stark est un seigneur juste et bon, guidé par l’honneur et non par les vanités du monde. Il refuse même le ministère de la Main du roi, pouvant devenir le deuxième homme du royaume, avant de céder par fidélité à son ami le roi Robert. Son code de valeurs lui vaudra d’être décapité en place publique.

De même Robb Stark, son fils, lève le ban et l’arrière-ban de son pays pour déclencher une guerre afin de venger l’honneur de son père. Il gagne l’ensemble de ses batailles, épouse une jeune femme par amour. Pourtant la romance s’arrête là. Le Jeune Loup sera lâchement assassiné par les Frey, qui bafoueront les règles ancestrales de l’hospitalité.

Enfin Sansa Stark, la fille, rêve de seigneur délicat et d’amour courtois. Elle est impatiente de connaître la capitale et d’y découvrir les bals et banquets fabuleux. Elle ne trouvera à l’ombre du trône de Fer que la cruauté et l’horreur des vices d’un roi fol.

Chez Georges R. R. Martin, la maison Stark représente les valeurs de justice et d’honneur qui sont sacrifiées sur l’autel de la conquête du pouvoir. Le chevalier est tué par le lâche manipulateur. Le cynisme politique brise les anciens codes d’honneur. Et c’est ici la troisième originalité de l’auteur qui ne cherche pas à relater une chanson idéalisée du monde mais va plutôt retranscrire fidèlement les vicissitudes de la nature humaine face à un pouvoir absolu.

Certains jugent cruels les traitements infligés par l’auteur à ses personnages, d’autres sont offusqués par la violence tant sexuelle que physique qui jonche les pages de la saga. À ceux-là, il faut leur rappeler la tirade de Macbeth : « La vie est une fable, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ».

Le Trône de Fer n’est pas un conte de Perrault, c’est une tragédie de Racine. La saga est à l’image de notre monde : désenchanté en partie, rempli d’hommes à la fois bons et mauvais, un monde cruel et beau. L’auteur a su faire un équilibre entre merveilleux et réalisme, mais surtout créer des personnages iconoclastes dans une histoire où tout peut donc arriver.

En sommes, Georges R. R. Martin n’est pas un ménestrel de château jouant de la harpe et chantant l’amour courtois. Non, c’est un dramaturge qui met en scène les gloires et les vanités de l’homme. Et c’est sans doute la raison de ce succès.

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Robin Gouedard-Comte

Lyonnais, diplômé de droit, passionné de littérature et de politique mais avant tout empanaché d’indépendance et de franchise.