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Livre – Les églises et chapelles de Rouen

Livre – Les églises et chapelles de Rouen

Églises et chapelles de Rouen. Un patrimoine à (re)découvrir, s/dir. J.-P. et N.-J.Chaline, Cahiers des Monuments rouennais 10, Les Amis des Monuments rouennais, Rouen 2017, 252 p., 35 €.

L’intérieur lumineux de l’église Saint-Romain manifeste en couverture l’intention des auteurs : faire redécouvrir des édifices religieux peu ou mal connus, occultés par la notoriété des plus prestigieux, cathédrale Notre-Dame, abbatiale Saint-Ouen, église Saint-Maclou.
« Que reste-t-il des « cent clochers » ? » suite aux vicissitudes subies au cours du temps : vétusté, incendies, destructions sous la Révolution et durant la Seconde Guerre mondiale, églises sacrifiées aux plans d’urbanisme ou vendues, encore récemment, bouleversement de la géographie des paroisses à plusieurs reprises, évolution de la pastorale. Si de certains édifices il n’est que des restes discrets, d’autres ont bénéficié de restaurations, agrandissements et embellissements. Des reconversions réussies en ont sauvés, telle l’église Saint-Laurent, bijou du gothique flamboyant, devenue musée.
Rouen, cité gothique par excellence, possède aussi des témoins superbes des siècles classiques : église Saint-Louis du collège des jésuites (Chapelle Corneille), église néo-classique de la Madeleine, chapelle de l’Hospice général (hôpital Charles-Nicolle), église Saint-Romain d’inspiration baroque.
L’augmentation de la population au XIXe siècle suscite des constructions nombreuses souvent de style « Renaissance » (Saint-Sever) ou néo-roman (Pensionnat Jean-Baptiste de la Salle). L’essor urbain de l’Entre-deux guerres puis des Trente Glorieuses, entraîne dans les quartiers périphériques la construction d’églises nouvelles, que ce livre a le mérite de faire découvrir.
Les ensembles de vitraux de Saint-Ouen, Saint-Godard, Saint-Patrice, Saint-Vivien, Sainte-Jeanne d’Arc sont les témoins d’une tradition verrière d’excellence à Rouen du XVIe au XIXe siècle. De belles photos permettent d’admirer les plus célèbres : au triomphe de Marie du vitrail des chars à Jeanne-d’Arc on comparera le triomphe du Christ à Saint-Patrice, tandis qu’à Saint-Godard à l’arbre de Jessé marial du XVIe siècle (témoin de la dévotion à Marie immaculée) fait face le vitrail du XIXe illustrant la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception.
L’emploi de technologies innovantes et de matériaux tels que la fonte de fer pour la flèche de la cathédrale, la charpente métallique de Saint-Jean de la Salle (rive gauche), la brique et le béton armé à Saint-Jean-Eudes dont la coupole rivalise avec celle à claire-voie de Saint-Nicaise, le béton pour le clocher élancé de Saint-François d’Assise, sont autant de réalisations d’un art sacré contemporain, comme les décors de mosaïque et les peintures, telle la vaste fresque de Maurice Denis dans la discrète chapelle des franciscains.
La modernité est inscrite au cœur de la ville quand, au lieu même du supplice de Jeanne, marqué par la statue offerte par Andrea Real del Sarte, l’église Saint-Vincent-Sainte-Jeanne d’Arc est inaugurée en 1979. Mémorial, sanctuaire lumineux où sont enchâssés les splendides vitraux de l’église Saint-Vincent détruite et Vieux Marché forment l’ensemble architectural remarquable conçu par Louis Arretche ; il allie pureté absolue du plan, harmonie des volumes, usage du béton, du bois et des ardoises.
Mais l’art religieux n’a de sens qu’au service de la foi et de la spiritualité. Dans son unité et sa beauté magnifiquement restaurée, l’église du collège des jésuites (certes reconvertie pour un usage culturel) en est un parfait exemple : ouverte à tous, outre les élèves, « l’église entière est conçue comme un véritable ouvrage de spiritualité » en vue de l’éducation et de l’élévation spirituelle des fidèles. Églises et chapelles témoignent de la foi, des dévotions dans leur permanence et leurs évolutions : dévotion à Marie depuis le Moyen Âge, au Saint-Sacrement à partir du XVIIe siècle, au Sacré-Cœur au XIXe, à Jeanne d’Arc enfin vénérée comme héroïne nationale et comme sainte à l’issue de la Grande Guerre.
Tous ces aspects et bien d’autres passionneront le lecteur de ce beau livre, incité à aller voir ou revoir ces édifices dont on ne peut que souhaiter l’ouverture la plus large possible et le nécessaire entretien. Les monographies de la troisième partie sont de vrais guides de visite, montrant, à travers une iconographie soigneusement choisie, ces tableaux, retables, éléments de décor que « l’on n’avait jamais remarqués » ! La première et la deuxième partie fournissent les clefs pour comprendre un riche patrimoine que l’on n’a pas fini d’admirer.

Françoise Thelamon

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A propos de Françoise Thelamon

Françoise Thelamon
Agrégée d’Histoire et géographie. docteur es Lettres et ancienne élève de Henri-Irénée Marrou, Françoise Thélamon est professeur émérite en histoire de l'antiquité à l'Université de Rouen. Spécialiste de l'histoire du christianisme et en particulier de Ruffin d'Aquilée, elle est présidente de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Rouen.